Christophe Barbier : "Le projet de Daesh vise l'extinction de notre civilisation"

Julie Torterolo - 16.11.2015

Edition - Société - Christophe Barbier - terrorisme - Philippe-Joseph Salazar


La semaine passée se déroulait la remise du Prix Bristol, récompense saluant la pensée des Lumières et l'esprit des philosophes d'alors. Pour son livre Paroles armées (Lemieux éditeur), le philosophe Philippe-Joseph Salazar avait été salué, dans la catégorie essais français. Un livre tristement d’actualité, puisqu'il décrit les rouages du Califat et permet de « comprendre et combattre la propagande terroriste ». Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express et membre du jury Bristol, louait alors ce choix.

 

Christophe Barbier, cérémonie du prix Bristol (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Sollicité par ActuaLitté, l'homme à l'écharpe rouge soulignait le caractère indispensable du livre primé, tout en alertant sur la réalité de menaces terroristes à venir. Des propos tenus la veilles des attentats, mais qui prennent une tout autre dimension, trois jours à peine après les tragédies survenues ce vendredi 13 novembre à Paris. Il est plus troublant encore d'avoir à l'esprit que, dans les 24 heures qui ont suivi cet entretien, le pays était pendu aux moindres informations permettant de savoir ce qui se déroulait dans la capitale.

 

 

« Le livre de Salazar est le livre qu’il faut aujourd’hui. Je suis sûrement déformé, car je suis journaliste, mais aujourd’hui il y a un problème qui persiste : c’est le problème de la résistance de notre civilisation à ce que Daesh veut faire, que ce soit à travers des attentats ou à travers des actions militaires en Syrie, en Irak et peut-être demain au Liban », expliquait alors Christophe Barbier. « Le projet de Daesh est un projet d’extinction de notre civilisation. Donc tous les livres de philosophie, de réflexion sur comment mener un combat d’idées sont utiles. »

 

Le livre de Philippe-Joseph Salazar met ainsi l’accent « sur un combat par la pensée, les idées et la parole. Il ne nous dit pas que Daesh est supérieur, car ils ont plus de soldats, de kamikazes ou qu’ils sont mieux entraînés. Non, c’est parce qu’ils parlent mieux, ils parlent plus clairement, ils parlent plus fort ». 

 

Et de poursuivre : « Nous n’avons pas, nous, démocratie une voix assez forte et assez unie. C’est une très belle leçon, car ce qui fait la richesse de la démocratie est la subtilité et la complexité, mais ça fait aussi notre faiblesse. Quand il faut mener la guerre, il faut retrouver une certaine forme de simpliste, une certaine force de la parole, que pour l’instant nous n’avons pas. »

 

 

 

« Si on compare avec le combat contre le nazisme, on a réuni des idéologies incompatibles, le communisme de Staline, le libéralisme anglo-saxon, la démocratie ancienne européenne autour de quelques slogans et d’un seul but : abattre Hitler. »

 

Or, analysait le journaliste, nous ne serions pas à ce jour en mesure de monter une pareille union. « Alors est-ce qu’on est incapable de le faire, car ce n’est pas le même ennemi, qu’il ne faut pas confondre, et que cela va se régler autrement, par d’autres moyens ? Ou alors est-ce qu’on est incapable de le faire parce que l’on n’a pas compris que notre vie était en jeu, ou encore pire, est-ce qu’on est incapable de le faire, car on est déjà vaincu ? » 

 

D'ailleurs, Philippe-Joseph Salazar l'affirme dans son livre : la force argumentative, et de persuasion, déployée par la propagande intégriste est une vague qui submerge. « Contre ce style-là, nous sommes démunis : notre langage politique est pauvre, banal et déficitaire, il a perdu la force des convictions. Il reste qu’on ne combat un modèle rhétorique qu’en comprenant comment fonctionne le modèle à détruire. »

 

Et Christophe Barbier de conclure : « Alors le livre dans ses conclusions a suscité le débat dans ses conclusions, car il a des réponses assez bellicistes. Moi, j’ai tendance à penser que dans le combat total il faut frapper aussi fort que l'on parle. Et puisque l'on n’a pas su parler avant, il faut frapper maintenant très fort, militairement. »


Pour approfondir

Editeur : Lemieux
Genre : essais de sociologie
Total pages : 96
Traducteur :
ISBN : 9782373440294

Paroles armées ; comment combattre la propagande terroriste ?

de Philippe-Joseph Salazar

Sur la Toile, dans ses récits et ses déclamations, par ses mises en scène et ses vidéos, c'est à une guerre planétaire de communication et surtout de persuasion bien réelle et intensive que se livre le salafisme djihadiste. Cedant arma togae : que les armes cèdent la place à la parole. Voire. Pour Philippe Salazar, l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de la rhétorique, il s'agit d'une illusion d'optique. Car les armes aiment les paroles. Elles font même des paroles des armes neuves. Après l'attaque contre Charlie Hebdo, les services anti-terroristes français ont pris conscience du pouvoir rhétorique, persuasif du Califat, et tenté de répliquer par une vidéo, Stop-Djihadisme. Mais sommes-nous vraiment bien armés en rhétorique ? Philippe Salazar décrypte la puissance argumentative du djihadisme, et sa simplicité redoutable, à travers sa propagande multimédias. Il souligne aussi nos propres faiblesses collectives dans l'art oratoire de la conviction. La république sait-elle encore parler ?

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