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Christophe Girard râle : la Culture victime de Sarkozy

Clément Solym - 07.02.2012

Edition - Société - Christophe Girard - culture - Paris


Il y a foutage de gueule et foutage de gueule. Celui du gouvernement, qui prêche en faveur de la Culture, et nous matraque un Hadopi, ou encore remonte la TVA sur le livre, et coupe des budgets. Et celui de la Mairie de Paris, qui croit intelligent, par le bras armé de son adjoint à la Culture de fanfaronner...

 

C'est que, la crise est là : Paris et la Région Île-de-France se sont fait rétrograder par l'agence de notation Standard and Poors, passant du AAA au AA+. Et ce, fin janvier alors que la France tout entière avait également été rétrogradée. 

 

Bertrand Delanoë, maire de Paris avait signaler que l'année 2012 serait difficile, peu après l'adoption du budget annuel pour la Ville, avec 7,9 milliards €. L'avertissement était également lancé : 24 à 25 millions seraient économisés durant l'année par la Ville. 

 

C'est un peu comme au niveau du pays : la rigueur est de mise, alors on fait des coupes. Ou on monte la TVA. Christophe Girard, adjoint chargé de la Culture ne s'y est pas trompé. Dans un fameux billet, il recense l'écueil sarkozyste, d'une année sur l'autre. 

En janvier 2011, il affirmait ainsi, lors d'un discours au Grand Palais que « la réponse de la France à la crise, c'est de continuer à investir dans la culture, dans la recherche, dans l'éducation, dans les universités ». Un an plus tard, son discours a radicalement changé, portant uniquement sur les efforts que les acteurs culturels doivent faire dans un contexte de crise et sous-entendant très clairement qu'il n'y aurait aucun dégel des crédits en 2012. Plus qu'une déception, c'est une vague de froid polaire qui frappe les opérateurs culturels.

 

Et à raison, l'adjoint s'insurge : la TVA sur le livre qui augmente, bien qu'Hervé Gaymard ait promis, mi-février de reparler de cette situation à l'Assemblée nationale, ou encore les subventions qui diminuent, avec 6 % de baisse. Ah, oui, la sanctuarisation du budget de la Culture, par Frédéric Mitterrand, voeux pieux d'un ministre qui ne sait plus sur quel pied danser pour rester dans le rythme... 

 

« Pour ne prendre que quelques exemples parisiens, cette mesure signifie une baisse de 165 000 euros pour l'Orchestre de Paris, de 70 000 euros pour le Théâtre de la Bastille, de 118 000 euros pour le Théâtre du Rond Point, de 72 000 euros pour le festival d'Automne, de 76 000 euros pour le Théâtre de la Cité Internationale… », ajoute Christophe Girard.

 

Alors que le budget du ministère de la Culture ne pèse que 1 % dans celui de l'État, l'adjoint dénonce avec force « les cadeaux fiscaux » de Sarkozy, et « une politique aussi injuste qu'inefficace ». Et sur le fonds, on ne lui donnera pas tort, à m'sieur Girard. 

 

Balayer devant son huis...

 

Mais qui rappellera à m'sieur Girard que cette année, la Ville de Paris aussi porte son lot d'impair vis-à-vis de la Culture. Notamment l'abandon de Paris en Toutes Lettres, manifestement à repenser intégralement, et qui, plutôt que d'être remplacée, est tout bonnement supprimée pour son édition 2012. Une décision qui résonne si étrangement avec la possibilité, envisagée en juillet 2011, de couper définitivement court à la manifestation...

 

Une note interne faisait en effet valoir « l'arrêt de Paris en toutes lettres », dans le cadre du budget annuel de la Ville qui devra être adopté en octobre 2012. Et pour le coup, Paris qui envisageait de faire des coupes franches dans ses dépenses culturelles, ne s'arrêtait pas là : plusieurs établissements de théâtre étaient concernés, et les bourses pour auteurs tout autant menacées. 

 

À l'époque, Christophe Girard avait nié, avait réfuté, avait contesté... mais finalement entre la suspension, et l'arrêt définitif, il n'y aura que quelques mois à attendre... 

 

Alors oui, bien sûr, la manifestation Maghreb des livres, qui se tiendra à Paris est maintenue, nous y reviendrons, mais enfin, m'sieur Girard, quand on se fait prendre la main dans le sac de la sorte, est-il bien raisonnable de clamer que ce n'est pas du tout ce que l'on croit ?

 

Ministre de la Culture

 

Surtout que, dernièrement, un petit livre rouge de la Culture est parvenu à la rédaction, signé, justement de Christophe Girard, autre candidat au poste de ministre de la Culture qu'il aurait pu briguer à l'époque de la nomination de Frédéric Mitterrand, justement. Frédéric Martel n'avait pas raté le coup.  

Dans ce non-livre de moins de 100 pages, relevons tout d'abord que des passages entiers sont empruntés à une note de la fondation Terra Nova datée de octobre 2010, et notamment à son groupe de travail « culture », coordonné par Olivier Poivre d'Arvor, et dont la note est rédigée par Gaspard Gantzer et Catherine Sueur. Étrangement, cette note n'a pas été publiée : elle a servi en interne à nourrir le projet de la gauche. Reste qu'il suffit de lire le livre et la note pour constater qu'au moins une vingtaine de pages sont parfaitement identiques.

 

Il faisait campagne à l'Élysée, à Matignon et utilisait tous ses réseaux pour entrer rue de Valois. Il s'est même poussé du col auprès de Carla Bruni-Sarkozy qu'il connaissait via les milieux de la mode, de son passé chez YSL, et de la lutte contre le sida. C'est un fait : Girard a rêvé d'être ministre d'ouverture de Sarkozy.

 

Il est allé plus loin. Girard a pris contact avec Martin Hirsch, alors Haut Commissaire du gouvernement Sarkozy, avec rang de ministre, et l'a mis dans la confidence. Il lui a annoncé sa nomination imminente comme « ministre de la Culture, de la Communication et du Numérique » de Sarkozy et lui a demandé des conseils pour préparer son entrée au gouvernement.

 

Alors, oui da, Christophe Girard partait en guerre pour obtenir un poste qu'il n'aura finalement pas. Et la voilà, déconfit, quelques années plus tard, à critiquer vivement le gouvernement, oubliant passablement ce que sa mairie fait actuellement. Ou projette de faire. 

 

Contacté via Twitter, parce qu'absolument impossible à joindre à la Mairie, Christophe Girard n'a toujours pas daigné nous répondre.