La parole "libre" de Christophe Honoré pour "ouvrir le débat" sur les livres jeunesse

Antoine Oury - 08.10.2015

Edition - Les maisons - Christophe Honoré - littérature de jeunesse - critique Le Monde


Il est rare que la critique fasse à ce point réagir de nos jours, et il faut bien laisser cela à Christophe Honoré : l'auteur, réalisateur et nouveau président du Centre de Promotion du Livre de Jeunesse (CPLJ) a récemment signé deux critiques peu élogieuses dans le journal Le Monde. La première évoque une écriture « miteuse » et « pauvre », la seconde une auteure qui « ne croit pas dans la littérature », et les réactions des intéressés et des auteurs n'ont pas été moins virulentes, étant donné le poste occupé par Honoré. Sylvie Vassallo, directrice du CPLJ, défend la liberté de parole du président de l'association.​

 

Sylvie Vassallo - Salon du Livre et de la Presse Jeunesse

Sylvie Vassallo, directrice du Centre de Promotion du Livre de Jeunesse (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les deux critiques de Christophe Honoré, publiées dans Le Monde des Livres du 3 septembre et du 10 octobre (version abonnée), sont précédées du titre « Jeunesse oblige », et il faudra probablement s'attendre à lire d'autres textes assassins dans les colonnes du journal. D'autant plus que le poste de président du CPLJ ne gêne aucunement la prise de parole, tient à souligner Sylvie Vassallo, directrice de l'association qui organise le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil.

 

« Quand nous avons proposé à Christophe Honoré d'être président de notre association, nous nous sommes mis tout de suite d'accord, l'un et l'autre, sur une question qui nous semble assez essentielle, celle de la liberté de ton que les uns et les autres pouvaient avoir », explique-t-elle à ActuaLitté. « Quand Christophe Honoré est président du CPLJ, il est président du CPLJ, quand il est critique littéraire dans Le Monde, il est critique littéraire dans Le Monde, et, comme il nous l'a dit, il a une parole qui est libre et qui n'engage que lui. »

 

D'ailleurs, les différentes réactions s'adressent à Christophe Honoré : par les intéressés, des confrères, ou d'autres.

 

Cette liberté de parole est quelque chose de « très important à respecter pour les artistes, et pour tous », mais, de l'avis de Sylvie Vassallo, elle est également utile à la littérature de jeunesse. « L'organisation du Salon montre que nous promouvons la grande diversité des lectures et de la littérature de jeunesse, et faisons aussi valoir son excellence : que, dans ce cadre-là, des auteurs, des critiques, puissent ouvrir le débat sur certains ouvrages, ne me choque pas. C'est son regard sur ces livres-là, chacun peut le contredire et le critiquer, et amener avec rigueur une critique plus positive de ces ouvrages, s'il le souhaite », souligne la directrice du CPLJ.

 

L'aspect choquant des critiques de Christophe Honoré viendrait peut-être d'un manque, dans le secteur de la littérature jeunesse : celui d'une critique aussi rigoureuse que celle que l'on veut bien produire pour la littérature adulte. « Peut-être s'est-on habitué au fait qu'il y ait trop peu de critiques de la littérature de jeunesse dans l'ensemble de la presse, et cette rareté fait qu'on aime bien que ce qui paraît soit plutôt des invitations à lire », avance Sylvie Vassallo. « Je crois que Christophe Honoré se positionne sur un autre terrain, qui est le terrain de la critique de l'exercice littéraire, d'une langue. »

 

Pour l'invitation au débat, c'est réussi.