Christophe Lucquin : la difficulté de la diffusion pour les éditeurs indés

La rédaction - 20.10.2014

Edition - Les maisons - Christophe Lucquin éditeur - livre diffusion distribution - papier numérique création


Christophe Lucquin a ouvert sa maison d'édition éponyme voilà bientôt quatre ans. Éditeur contrariant, il affirme que sa maison est « arrivée au papier grâce au numérique », mais uniquement « pour faire mentir les pessimistes ». Sauf que, depuis 2012, il ne produit plus que des livres imprimés. Auteurs français et étrangers se retrouvent dans un catalogue aujourd'hui reconnu pour ses qualités. 

 

 

 

L'éditeur ne vit cependant pas qu'une belle histoire d'amour avec son projet. Il nous a fait parvenir une tribune dans laquelle il expose les difficultés de son activité, et les méthodes à déployer pour sortir de ce qui pourrait être une impasse – en l'absence de réaction. Nous la reproduisons ici dans son intégralité.

 

 

 

Aujourd'hui, j'appelle à un financement participatif sur la plateforme Kisskissbankbank, afin d'assurer la survie de la maison d'édition et de pouvoir faire face sereinement aux prochaines échéances. Vous trouverez tous les détails du projet ICI.

 

La première année, je ne proposais que des livres au format numérique. Puis je me suis lancé dans le papier, car c'était ce que j'avais toujours souhaité. J'ai commencé avec des éditions limitées et numérotées à la main que j'allais proposer en librairie.

 

Les libraires ont progressivement accepté les livres en dépôt et, à la fin de 2012, j'ai trouvé un premier diffuseur qui a permis à la maison de franchir un pas supplémentaire et non des moindres : entrer dans un réseau, même petit, de librairies.

 

Peu à peu, Christophe Lucquin Éditeur a, lentement mais sûrement, gagné en visibilité. Deux des publications ont été reprises en poche (Chercher Proust, L'été à Lulaby). Chercher Proust est sorti en Italie chez Voland, rejoint bientôt par Polleri (Baudelaire) chez Gli Elettrici ; Lento sortira bientôt en Roumanie. J'y vois le signe encourageant d'une certaine reconnaissance de professionnels.

 

Depuis le 1er mai, date de prise en diffusion de Christophe Lucquin Éditeur par les éditions de La Différence, j'ai enfin eu la fierté de voir les livres arriver dans un réseau beaucoup plus vaste de librairies.

 

 

 

 

Une fois les nouveautés sur les tables des libraires, le cercle des lecteurs s'est un peu élargi. Après un ou deux papiers dans la presse — miracle ! — les perspectives ont d'abord semblé mille fois plus réjouissantes... et les auspices d'autant plus favorables : la maison allait enfin pouvoir commencer à vivre.

Aujourd'hui un constat s'impose : l'ensemble est encore beaucoup trop précaire.

 

Je suis ce qu'on appelle un petit éditeur et par conséquent ma voix ne porte pas assez loin, et si je ne la fais pas entendre plus vite, elle risque de s'éteindre.

  

Sans le capital (100.000 euros) que demandent les dirigeants des principales structures de diffusion existantes, je n'arrive pas à faire voir davantage les publications de la maison. Ne pouvant rendre l'ensemble plus visible, je tourne en rond, confronté à de constants problèmes de trésorerie. Je n'ai aucune réserve pour assurer les dépenses urgentes, l'argent qui entre sort presque aussitôt.

 

Personne chez Christophe Lucquin Éditeur ne reçoit encore de rémunération, mais tous nous y croyons, persuadés qu'ensemble nous parviendrons à grandir pour vous proposer toujours plus de beaux textes.

 

J'ai beau avoir l'inconscience ou le culot de faire en dépit de tout, avec en prime la chance de savoir trouver des auteurs talentueux et des textes singuliers, l'humeur tourne parfois à la colère – pour ne pas céder au découragement. Ce sont les passionnés qui me rassurent : chaque nouveau lecteur, libraire, chroniqueur qui accepte de découvrir les titres du catalogue et en parle.

 

Il n'y a ni petits ni grands éditeurs, il y a les éditeurs qui disposent de moyens financiers et les éditeurs qui n'en disposent pas.