"Chronique d'une mort annoncée" : l'angoisse de la librairie face au géant Amazon

Orianne Vialo - 22.04.2016

Edition - International - commerce en ligne - Amazon commerce - recettes foncières taxes


Depuis plusieurs années, l’association des libraires américains, l’American Booksellers Association et l’agence d’analyses et de stratégie Civic Economics collaborent pour établir un compte rendu appelé « Amazon et les magasins physiques : chronique d’une mort annoncée ». Ce compte rendu se focalise sur le commerce de détail indépendant en ligne aux États-Unis, en fonction des États. Pour ce faire, le partenariat s’est penché sur la société Amazon, leader de la vente en ligne. Ensemble, les deux enseignes se sont intéressées à l’impact des changements sur le plan fiscal (en terme de recettes publiques) et sur le plan immobilier et foncier (modes d’évolutions à l’échelle locale).

 

(Mike Seyfang / CC BY 2.0)

 

 

En analysant des données datées de 2014 — la dernière année sur laquelle les données de ventes en ligne sont fiables, et disponibles —, l’American Booksellers Association et la Civic Economics se sont rendues compte que le commerce en ligne faisait perdre de l’argent aux États. Plus particulièrement, les données ont démontré qu’Amazon exerçait une influence négative sur le commerce dit « physique ».

 

Avant d’avancer de telles conclusions, les deux associations ont quantifié les ventes d’Amazon dans chaque État des États-Unis, afin de déterminer l’ampleur des taxes sur les ventes non perçues par l’État et les administrations locales, mais aussi la différence que cela pouvait causer en terme de recettes foncières, si un magasin physique se mettait à la vente en ligne. 

 

Uniquement pour l’année 2014, Amazon a réalisé 48,6 milliards $ de ventes de détail aux États-Unis (il s’agit des dernières informations connues concernant les ventes du géant américain, puisque ce dernier surprotège toutes les informations relatives à ses activités).

 

Le but de l’analyse de ces données : fournir aux consommateurs davantage de transparence et d’élément de compréhension de l’impact de la croissance continue du commerce en ligne, mais aussi mettre en exergue les effets de cette croissance sur les communautés. 

 

Un impact fiscal des ventes en ligne affolant 

 

L’American Booksellers Association et la Civic Economics en sont arrivés au constat que « près de la moitié des États américains ne perçoivent toujours aucune taxe sur les ventes réalisées par Amazon, tandis que d’autres ne prélèvent que des taxes partielles », peut-on lire dans l’étude complète. 

 

Additionnées, ces chiffres représentent un manque à gagner de près de 625 millions $ aux États-Unis, somme à laquelle vient s’ajouter les 420 millions $ de taxes foncières non perçues par le pays, en raison de la diminution nationale d’espaces commerciaux. Si l’on cumule ces deux sommes — déjà astronomiques — la somme « perdue » par le gouvernement américain prend des proportions effrayantes : l’on atteindrait plus de 1 milliard $. 

 

Afin de combler ce manque de recettes — et combler le déficit élevé — les États et administrations locales du pays doivent trouver des solutions de secours, et redoubler d’inventivité pour ne pas voir leurs caisses se vider à mesure que le commerce en ligne se développe. 

 

Ainsi, depuis le 1er janvier 2016 — seuls — 27 États américains — sur les 51 — ont instauré des taxes sur les ventes pour les achats effectués sur Amazon. Cependant, ils n’ont pas tous adopté la même démarche auprès du site de vente en ligne. Certains États n’ont instauré des taxes que sur les ventes revenant à l’État, d’autres ont appliqué des taxes sur les ventes à taux plein.

 

L’American Booksellers Association et la Civic Economics ont déterminé les sommes reversées à chaque Etat en fonction des ventes réalisées en ligne. Pour cela, ils ont comparé la portion du revenu disponible global d’un État au revenu disponible global de la nation, aux ventes d’Amazon sur cette base. « La Californie possède 12,9 % du revenu disponible de la nation, et s’est donc vu octroyer 12,9 % des recettes issues des ventes d’Amazon, à savoir 6,5 milliards $ », peut-on lire dans l’étude. 

 

Une conclusion peu optimiste

 

« Tout comme pour les grandes surfaces qui ont précédé le géant de la vente en ligne, les gens et les communautés sont probablement prêts à faire des compromis en échange des aspects pratiques que propose Amazon. Nous sommes d’avis que les Américains ne sont pas encore conscients de la nature des concessions qu’ils vont devoir faire à l’avenir », préviennent les commanditaires de l’étude.

 

Par ailleurs, l’American Booksellers Association et la Civic Economics n’ont pas hésité à se montrer peu enthousiastes quant à la poursuite d’un tel modèle économique.

 

D’après eux, la « déferlante qui s’abat actuellement sur ce secteur ne se limitera pas à changer le profil des gestionnaires et les modes de management des magasins. Elle entraînera un transfert des lieux de vente vers des parcs industriels reculés et des camions de livraison. La gestion de ces changements constituera un défi déterminant pour les communautés américaines du XXIe siècle ».