Chute des revenus des auteurs : l'interdépendance de l'édition bat de l'aile

Clément Solym - 02.07.2018

Edition - Economie - revenus auteurs édition - Royaume Uni édition - industrie livre économie


La dernière enquête sur les revenus perçus par les auteurs fait peur. Ainsi, outre-Manche, la chute de 15 % constatée montre que les écrivains perçoivent 10.500 livres sterling par an. Depuis 2005, date de la première étude, ce montant n’a cessé de diminuer donc. Et la réalité des auteurs de l’écrit va de pair avec ces résultats.


the shrinking dollar
frankieleon, CC BY 2.0

 

 

Portée par l’ALCS (Authors Licensing and Collecting Society), l’étude de 2017 n’est vraiment pas des plus réjouissantes. En 2005, les revenus moyens étaient, après impôt, de 12.330 £, avant de tomber à 11.000 £ en 2013. La dernière édition fait état d’un revenu média de 10.437 £ — ce qui, en tenant compte de l’inflation, montre une diminution de 15 % des ressources depuis 2013 et 42 % depuis 2005. 

 

Ce sont 5523 écrivains qui ont témoigné pour l’enquête, destinée à brosser un tableau le plus précis possible de leurs revenus. Or, une fois de plus, apparaît une réalité sociale terrible : le niveau de vie socialement acceptable pour une personne célibataire, au Royaume-Uni, est de 17.900 £. On parle d’un salaire minimum de 7,83 £ pour un jeune de 25 ans, et les gains horaires médians d’un écrivain tournent autour de 5,73 £.

 

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Bien entendu, les grands noms de l’édition britannique sont montés au créneau. Philip Pullman en atteste : « Nombre d’entre nous sont maltraités parce qu’une partie de ceux qui portent nos livres vers le public agit sans conscience, et sans penser à l’avenir économique de son commerce dans l’ensemble... Cela compte parce que la santé intellectuelle, émotionnelle et artistique de la nation importe ; et ceux qui écrivent contribuent à la soutenir. »

 

En 2005, 40 % des auteurs professionnels percevaient leurs revenus uniquement de leurs écrits : en 2017, ce chiffre tombe à 13,7 %. Or, les recherches de l’ALCS indiquent qu’un écart croissant s’observe entre les sexes : les revenus des femmes ne représentent que 75 % des revenus médias des hommes, contre 78 % en 2005.   

 

En tant que président de la Society of Authors, il assure ne pas être étonné par les données communiquées. Et ce alors que les industries créatives du territoire sont désormais actuellement évaluées à 92 milliards £. Les données de l’étude sont à retrouver à cette adresse.



 

De son côté, Stephen Lotinga, directeur général de la Publishers Association, campe solidement sur sa position : les chiffres de l’étude ne reflètent pas la réalité des investissements réalisés par les maisons. « Si nous souhaitons avoir une conversation vraiment constructive sur ce point, alors nous avons besoin d’une base de preuves beaucoup plus solide... Il est essentiel que les éditeurs soient inclus dans cette importante discussion. »

 

Pourtant, la réalité est évidente : Nicola Solomon, directrice de la Society of Authors, la résume facilement : « Si les auteurs ne peuvent plus se permettre de vivre de leur travail, l’apport d’une écriture nouvelle et innovante va tout bonnement se tarir, ce qui conduira à une réduction de la littératie, à la fois indispensable pour l’alphabétisation et pour la lecture. »

 

De l'interdépendance à la mauvaise foi ?
 

Dans une lettre ouverte diffusée sur The Bookseller, elle insiste, interpellant directement Stephen Lotinga.

 

Nicola Solomon rappelle d’abord que ces données se retrouvent un peu partout dans les industries du livre — et que toujours les auteurs se retrouvent dans la position la plus faible, alors même que les maisons, elles, parviennent à se maintenir. Sur l’année 2017, les ventes de moins de 10.000 exemplaires représentaient 44 % du total des ventes sur le territoire. 
 

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« Étant donné que les revenus des auteurs sont considérablement inférieurs à ceux générés par les ventes — généralement autour de 5 à 7 % (ou moins de 1000 £ sur 10.000 £ de ventes) il n’est pas surprenant que les revenus globaux soient si bas », pose-t-elle. Et comme les éditeurs britanniques ont refusé de s’impliquer dans la réalisation d’études plus approfondies, seuls les chiffres de l’ALCS demeurent. 

 

D’autant que d’autres études, comme celle menée par l’Union européenne, permettent de constater que les ventes moyennes d’un livre sur l’ensemble de sa durée de vente est de 6000 £. Une donnée « totalement compatible avec les conclusions de l’ALCS ». 

 

Et de poursuivre : « Notre industrie repose sur l’interdépendance des auteurs et des éditeurs, et nous apprécions bien entendu la contribution vitale des éditeurs à la production de meilleurs livres et l’écosystème général de l’industrie. » Pour autant, ce partenariat ne peut aller que dans un sens quasi hiérarchique... 

 

Sans oublier la place de la diffusion/distribution — bien que cette dernière soit nécessairement une composante des grands groupes éditoriaux. ActuaLitté avait publié une analyse assez limpide de la situation économique en octobre 2015, toujours aussi actuelle.

 

Après que les commandes sont passées, c’est le distributeur qui achemine les livres jusqu’aux librairies. C’est aussi lui qui récupérera les invendus, les retours et les amènera au stock de l’éditeur. Les livres sont l’un des rares produits que l’on peut retourner si on ne les vend pas. Les libraires ont un an pour retourner leurs invendus à l’éditeur. Ils achètent les livres, mais s’ils ne peuvent les vendre ils sont remboursés. La distribution est rémunérée sur les flux aller et retour. 

En moyenne, la diffusion/distribution représente 55 % à 60 % du prix public hors taxe d’un livre. Dans ce pourcentage est comprise la rémunération du libraire qui peut varier entre 35 % et 40 %.

 

Certes, l’éditeur représente souvent la figure d’opposition, puisqu’il est l’interlocuteur premier des auteurs. Pour autant, sa dépendance à la diffusion n’en est pas moins réelle. Et l'on gagnerait probablement à mieux cibler les responsables, plutôt qu'à demeurer dans cette généralité « des éditeurs », sorte de bête sans visage.

 




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