City on Fire, ou la promotion par les chiffres

Antoine Oury - 16.01.2016

Edition - Economie - City of Fire livre - 2 millions dollars prix - Knopf Plon


La littérature par les chiffres : le roman de Garth Risk Hallberg est précédé par le montant de son contrat de publication, qui s'élève à 2 millions $. Un chiffre d'autant plus impressionnant qu'il s'agit là d'un premier roman : l'essor de l'autopublication laissait croire qu'un succès à plusieurs zéros se trouverait derrière ce montant, mais City on Fire est totalement inédit, et déjà auréolé d'une solide réputation.

 

 

 

Contrairement à certaines affirmations, City on Fire n'est pas « le livre le plus cher de l'histoire », puisque, pour ne citer qu'un exemple, l'auteur britannique Amanda Hocking avait signé un contrat à 2 millions £, soit près de 3 millions $, en 2011. La grande différence, c'est qu'Amanda Hocking avait déjà énormément vendu par le biais de l'autopublication, alors que City on Fire est le premier roman d'un illustre inconnu, Garth Risk Hallberg, bien sûr assisté d'un agent au cours des négociations.

 

Les enchères ont donc littéralement flambé autour du titre, finalement acquis par l'éditeur Knopf à l'automne 2013, après deux jours d'offres et de surenchères. Depuis, l'éditeur s'efforce de garantir une parution réussie pour son titre : au cours d'un congrès de libraires, il a fait monter l'attente autour du pavé de 900 pages en ne distribuant que 300 exemplaires du roman en avant-première, alors que le nombre d'ouvrages pour la librairie se compte généralement en milliers.

 

Publié en octobre 2015 aux États-Unis après deux années de hype, City on Fire a rencontré un accueil en demie teinte, certains saluant l'ambition de ce premier roman, et d'autres, comme le New Yorker ou le New York Post, qui assurent que toute cette histoire n'en vaut pas vraiment la chandelle. Le pari était risqué pour l'éditeur, avec pratiquement 2 millions $, et certains journaux ne se privent pas de remarquer que le titre peine à gravir les classements d'Amazon.

 

Pour Plon, qui publie l'ouvrage en France, avec des droits de traduction payés 150.000 € selon Le Figaro, le pari est tout aussi délicat, voire plus. City on Fire pouvait compter sur l'intérêt des New-Yorkais, puisque City on Fire aborde à la fois le meurtre d'une jeune fille dans la ville, au cours de la décennie 1970, et le 11 septembre. En France, l'ouvrage et ses 900 pages seront probablement beaucoup plus difficiles à vendre.

 

Si l'on remonte à l'achat des droits de traduction, en 2013, on trouve déjà une dépêche AFP centrée sur le prix du contrat d'édition américain. Visiblement, c'est un dossier du Figaro sur les montants astronomiques désormais courants dans le métier qui a relancé la promotion du livre... La possible adaptation cinématographique du livre, qui remonte elle aussi à 2013, participe également au flot d'articles sur City on Fire.

 

Le cachet astronomique de Garth Risk Hallberg ne doit pas faire oublier que la plupart des contrats d'édition sont bien moins fournis en zéro : d'ailleurs, les associations d'auteurs anglophones ont récemment alerté sur la baisse de leurs revenus, tout comme les écrivains français.

 

Le livre est disponible depuis ce jeudi 14 janvier dans les librairies, traduit par Élisabeth Peellaert.