Clash : “La littérature Young Adult, c'est à 90 % de la merde”

Cécile Mazin - 31.08.2016

Edition - International - littérature Young Adult - livres lectures adulte - Tolstoï Dostoïevski livres adultes


On croirait une mauvaise redite : durant le festival du livre d’Édimbourg, la question de la littérature jeunesse est revenue sur le tapis, avec un prisme très différent. En vertu de la loi de Sturgeon, établie par l’écrivain de SF Theodore Sturgeon, 90 % de n’importe quoi est « de la merde ». Et c’est en se rappelant au bon souvenir de l’écrivain que cette loi improbable a été évoquée – et appliquée à la littérature jeunesse. Et plus spécifiquement au Young Adult.

 

SJSA Grade Six -  The Year I Rebelled

Michael 1952, CC BY 2.0

 

 

C’est à mi-chemin entre le constat amusé et la provocation gratuite, que l’on en arrive à cette conclusion : « 90 % de la littérature Young Adult, c’est de la merde. » Jean-Pierre Coffe, en son temps, n’aurait pas renié la formule-choc. Mais derrière l’agressivité d’Anthony McGowan, qui l’a lancée devant le public, la réaité du débat tournait surtout autour de la définition du Young Adult

 

Clairement pas un genre, au mieux une catégorie, soupirent les intervenants de la table ronde. Mais rapidement, le débat a tourné en jugement de valeur entre les auteurs invités, souligne le Guardian.

 

« Je ne pense pas que les adultes devraient lire des trucs de YA », balance McGowan, manifestement en verve. Et clairement en désaccord avec Elizabeth Wein et Philip Womack, qui étaient face à lui. « Je pense qu’ils devraient s’abstenir et lire Tolstoï ou Dostoïevski ou Dickens, et arrêter la lecture de Twilight ou de The Hunger Games. Il faut savoir se montrer adulte et laisser tomber ces trucs. »

 

L’intervention de Patrice Lawrence aura été salvatrice pour le reste de la conférence : « J’ai 49 ans, donc j’ai vécu plus d’années de ma vie qu’il ne m’en reste à vivre, et je ne vais pas les perdre en lisant Dostoïevski ou Tolstoï. » Une standing ovation se déclenche, preuve que le sujet commençait à devenir très lourd.

 

La théorie, le théorème et ses applications

 

Définir le Young Adult ou juger le style et la production ? Les préadolescents, cible de la littérature Young Adult, restent une énigme pour l’édition. Et déjà dans la manière d’aborder la classification des œuvres.

 

Les romans proposés au « middle grade » doivent comprendre entre 30 000 et 50 000 mots, éviter la violence, les injures et la sexualité. Un premier baiser sera toutefois autorisé. Les personnages ont entre dix et treize ans. L’intrigue se concentre sur les amis et la famille du protagoniste, laissant peu de place à l’introspection, ce qui est renforcé par une narration à la troisième personne. 

 

À l’inverse, les fictions pour Young Adult dépassent les 50 000 mots et les restrictions de contenu ne s’appliquent pas aussi strictement que pour la littérature middle-grade. La narration à la première personne donne lieu à des réflexions sur l’individu et à son analyse du rapport au monde.

 

Mais avant toute chose, rappelle le quotidien britannique, Theodore Surgeon avait le sens de la formule, sans pour autant oublier de réfléchir. La futilité de sa théorie vaut autant qu’elle est vraie : parce qu’en fin de compte, cela revient à se demander comment définir... la merde. 

 

À son époque, les années 60, la science-fiction était considérée comme un genre mineur, destiné aux adolescents qui n’avaient pas encore franchi le cap de la véritable littérature. On la qualifiait de médiocre, et pour répondre du mieux possible, Sturgeon généralisa tout bonnement les critiques. Si la SF était merdique à 90 %, finalement, pourquoi ne pas étendre et appliquer cette assertion à tout domaine ?