Classes fermées, postes supprimés : le qualitatif, selon Chatel

Clément Solym - 18.04.2011

Edition - Société - chatel - remplacements - enseignants


Les non-renouvellements de postes que le gouvernement a décidés dans le secteur de l’Éducation nationale n’ont rien à voir avec des économies d’échelles. Le monde éducatif n’avait donc rien compris. En décidant de supprimer 5000 postes d’enseignants, Luc Chatel souhaite mettre l’accent sur le qualitatif. Alors, rassurés ?

Car en matière d’argent, le ministère de l’Educnat n’a aucun problème de budget. En effet, avec 65,5 milliards € votés par le Parlement, le secteur ne manque pas d’argent du tout.

Chiffre, Mlle Chiffre

En 2010, ce derrnier représentait 60,8 milliards €, déjà en hausse de 1,56 % en regard de 2009. Donc, le problème, rassure Chatel, ce n’est pas l’argent. Mais d’où sortent ces 65,5 milliards ?

C'est que le chiffre n’existe nulle part, et au contraire, pour l’année 2011, il était annoncé 60,505 milliards... légèrement moins qu’en 2010, donc. (voir Le Point et les chiffres officiels du ministère, qui n'a d'ailleurs pas actualisé les données de 2011)

Politique de la tête brûlée

Bon, laissons de côté les éléments, il est notoire qu’on leur fait dire ce que l’on veut. Car de toute manière, plus de moyens ne signifie clairement pas, dans l’esprit chatelien, que l’on obtient de meilleurs résultats. « Est-ce que cette fuite en avant de “toujours plus de moyens” a obtenu des résultats ? La réponse est non ! La France - cinquième puissance mondiale - est entre la 22e et la 26e place dans les classements éducatifs », demande-t-il. (via Europe 1)


La question tout oratoire appelle évidemment un ‘non’ de circonstance, qui pointe d’une part, que le budget par élève a augmenté de 80 % depuis 1980, alors que « le nombre d’élèves qui accèdent au baccalauréat n’augmente plus ». Perplexe ? Point du tout. C’est simplement qu’il faut parvenir à une utilisation plus sensée des ressources. Et pour cela, la méthode miracle est à portée de main.

Le monde des meilleurs élèves

« On s’aperçoit qu’il y a des pays qui investissent moins que nous dans l’éducation, comme la Corée, Singapour ou encore la Pologne et qui ont de meilleurs résultats que nous, et a contrario, il y a des pays qui mettent beaucoup plus d’argent que nous, comme les États-Unis, et qui ont de moins bons résultats », déclare le ministre.

Ce qui l’amène à conclure que les postes ne seront donc pas renouvelés, dans le premier degré, simplement parce qu'« il y a eu un décalage entre le recrutement et les départs en retraite. Il y a eu moins de départs en retraite ». Revoyons donc les recrutements à la baisse pour mieux équilibrer tout cela.

2011, 2011 2011, morne rentrée ?
(variante hugolienne...)

Mais que répondre alors aux associations de parents d’élèves, qui estiment qu’entre 1500 et 3000 classes de primaires et de maternelles seront fermées à la rentrée 2011, du fait de la suppression de 9000 places d’enseignants ? La FCPE accuse notamment le ministre de l’Éducation nationale de pratiquer « une certaine désinformation », et envisage une manifestation le 18 mai prochain.

Le président de la FCPE, Jean-Jacques Hazan réclame à ce titre « l'arrêt de la politique de démantèlement de l'École publique ». Et d’ajouter : « Nous demandons au gouvernement de revenir, par le biais d'un collectif budgétaire, sur les suppressions de postes votées l'an dernier. » (via JDD)

Ouvre une école, ferme une prison. Et ferme une classe ?

Sur la question des remplacements, sous-jacente, le ministre dénonce une caricature de l’absentéisme des enseignants, avec arguant des fameux 5 % de taux d’absence. Mais surtout : « Aujourd’hui, plus de 80% des absents sont remplacés par des titulaires remplaçants. Pour atteindre un taux de 100 %, nous avons créé, aux côtés de ces titulaires, ce statut de contractuel. »

Chez nos confrères du JDD, un inspecteur d’Académie se montre particulièrement pessimiste : la rentrée « 2011 marquera la mort des remplaçants ». Quid ? « Cela ne posera pas trop de problèmes en septembre, mais il faut s’attendre à une hécatombe en hiver au moment de la grippe et ce sera encore pire au printemps ! » Et de rappeler que les congés maternité étant souvent programmés pour cette période, les classes se retrouveront sans enseignante...

Des ressources insoupçonnées - insoupçonnables ?

C’est que Chatel a prévu de faire appel aux jeunes retraités de l’Educnat, usés de leur parcours - et passe joyeusement sous silence le statut de vacataire, permettant de profiter, par exemple, d’un étudiant diplômé d’une licence, qui peut effectuer 200 heures maximum de remplacement, dans des conditions de rémunérations déplorables.

Et de même que les académies peuvent faire « appel ponctuellement » aux jeunes retraités, de même, les vacataires deviennent le nerf de la guerre dans le domaine du remplacement. (voir Wikipedia) Et que penser des suppressions de postes pour le CAPES que l'on compense justement avec lesdits vacataires, qui n'en sont pas moins compétents pour autant, mais servent clairement à faciliter la vie de la rue de Grenelle.


Pourtant, le JDD pointe que même le président de la République pourrait lâcher du lest sur la question des non-remplacements. En effet, pour les fonctionnaires - plus généralement - la politique du 1 sur 2 remplacé pourrait ne pas avoir la popularité nécessaire alors que les présidentielles sont désormais sur toutes les bouches... Les départs en retraite poseraient des problèmes abordés d’un point de vue plus électoraliste ?

Laïcité et abandon de l'école au dessert

Mais foin de ces questions de remplacements ou de suppression de poste, puisque la nouvelle orientation du ministère permettra un suivi qualitatif, et surtout un meilleur accompagnement des élèves « qui ont abandonné l’école ». Luc Chatel précise en effet : « Nous voulons nous attaquer aux racines du mal. Dès avril, nous allons leur offrir un interlocuteur direct, afin que les élèves puissent trouver une autre voie. Nous allons mobiliser l’ensemble de nos équipes pour proposer une solution à chacun. »

Enfin, l’intervention du ministre se conclura sur la question de la laïcité, prônant une neutralité impérative de l’école. Un point de bon sens donc, qui concerne tant les élèves que les encadrant du système éducatif, volontaire ou professionnel. « Cet accompagnateur a donc des droits, mais aussi des devoirs. Et dans ces devoirs, j’ai considéré qu’il y a le principe de neutralité qui doit être respecté. »