Clearstream : Denis Robert, la liberté d'expression l'emporte

Clément Solym - 10.02.2011

Edition - Justice - clearstream - denis - robert


Le procès dans lequel Denis Robert était embarqué dans l'affaire Clearstream se sera finalement bien fini. La Cour de cassation a rendu justice au journaliste et écrivain : « L'intérêt général du sujet traité et le sérieux constaté de l'enquête, conduite par un journaliste d'investigation, autorisaient les propos et les imputations litigieux. » (notre actualitté)

Accusé de diffamation, c'est le journaliste qui revient au galop, particulièrement heureux que le pot de terre soit venu à bout du pot de fer. Véritable « victoire du journalisme », Denis Robert s'enthousiasme surtout de ce que « c'est une décision qui va faire jurisprudence, car la Cour a reconnu que j'ai mené de bonne foi mon enquête qui couvre un sujet d'intérêt général dans le milieu opaque de la finance », rapporte l'AFP. Et surtout, la chambre de compensation internationale Clearstream, située au Luxembourg, est piquée au vif. Dans un communiqué, elle crache avoir pris « acte de la décision de la juridiction suprême française ».

Liberté d'expression contre diffamation

C'est avant tout la liberté d'expression qui a été opposée à la plainte en diffamation déposée par Clearstream, justement. Une problématique bien connue de nos voisins anglais, dont les éditeurs ont sollicité que la législation soit modifiée. (notre actualitté) Face à des procès particulièrement coûteux, il devient en effet difficile de publier des ouvrages à charge, alors même que le travail est scrupuleux et découle d'enquête comme celle de Denis Robert.

Bilan des courses, le journaliste jubile : « Tout mon travail est validé, les arrêts sont définitifs, tout le monde peut maintenant citer partout ce que j'avais écrit. » Les deux ouvrages qui avaient été condamnés à être retirés des étals de librairies, Révélation et La boîte noire, de même que le documentaire diffusé sur Canal+, se trouvent donc réhabilités. « Par leur harcèlement, leur entêtement, leurs mensonges, leur acharnement judiciaire, Clearstream et ses communicants sont responsables de dix années à bien des égards perdues », ajoute-t-il.

Coup de chapeau de l'éditeur

Contacté par ActuaLitté, Laurent Beccaria, éditeur aux Arènes, qui a publié les livres en question, salue le courage du journaliste qui avait décidé de poursuivre le procès au-delà de la cour d'Appel. « C'est la fin de 10 ans d'obstination pour Denis, qui mérite un large coup de chapeau, particulièrement après ce qu'il a enduré. C'est aussi pour nous la confirmation d'un sentiment par rapport à cette enquête et sa qualité. Il est facile d'aller chercher dans des dossiers d'instruction de quoi publier un livre de révélations. Mais obtenir des informations réelles et inédites, dans un milieu difficile et opaque comme celui-ci... »

Les Arènes, maison spécialisée dans les essais à caractère polémique, n'en était pas à son galop d'essai en matière de procès. « En 20 années d'édition, j'ai connu quelque chose comme 70 procès, et j'ai très rarement été condamné. La dernière en date, c'était pour les livres de Denis », se souvient Laurent Beccaria. Mais pour lui, il n'existe pas de ressemblance entre la législation anglaise, particulièrement dure et celle de France, qui lui semble plus juste. D'ailleurs, dans ce type d'affaires, l'auteur n'est que complice. C'est à l'éditeur de prendre la responsabilité - et la charge de culpabilité, puisqu'il est celui qui met le texte à disposition du public. « L'éditeur est là pour assumer ! »

Dont acte !


Dans cette histoire, il note autant le « camouflet pour Clearstream que pour la presse dite d'investigation, qui s'est montrée parfois prudente à l'excès. Cette histoire a été traitée du bout des lèvres, alors même que la décision rendue en faveur de Denis lui rend justice, mais à tous les journalistes également ».

Petite précision par ailleurs, les livres de Denis Robert n'ont jamais été interdits. « Ils étaient épuisés, mais dans le cadre de cette procédure, si nous les avions réédités, nous donnions plus d'armes à Clearstream pour sa plainte. Il a fallu attendre. Aujourd'hui, il faudrait évidemment que toutes ces informations puissent être livrées au public, dans une version complète et enrichie. »