Climat délétère : l'insécurité sociale des artistes-auteurs

Nicolas Gary - 18.12.2019

Edition - Société - ministres gouvernement auteurs - régime sécurité sociale - auteurs sécurité sociale


EXCLUSIF – La crise sociale se prolonge du côté des artistes-auteurs. Alors que le pays est dans la rue pour dénoncer le projet de réforme du régime de retraite, s’ajoute pour les créateurs la question du régime de sécurité sociale. Dans un courrier adressé aux ministres de la Culture, Franck Riester, et des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, 12 syndicats et organisations d’artistes-auteurs tentent une nouvelle fois de se faire entendre.


au bout du couloir... la lumière ? pixabay licence
 

Franck Riester n’a pas encore fait part de ses états d’âme de la même manière que sa collègue – l’affaire du message Whatsapp, où Agnès Buzyn se « demande pourquoi [elle] reste », fait des ravages. Pour autant, cela ne règle en rien ce qu’il est désormais convenu de désigner comme un chaos administratif, où s’entassent réunions de concertation annulées, mutisme face aux courriers, et on en passe, sans les oublier. 
 

Des propositions, et de sourdes oreilles ?


Dans ce courrier, dévoilé par ActuaLitté, la défiance des artistes-auteurs atteint des paroxysmes : le gouvernement, à travers les deux interlocuteurs désignés comprend-il les enjeux ? La succession rapide de réformes autour des métiers de la création multiplie les hiatus et perpétue tout bonnement l’insécurité de ses acteurs.
 
Le 22 novembre dernier, une réunion de concertation très attendue devait traiter le sujet de la gouvernance du régime de sécurité sociale des artistes-auteurs. Pour la première fois, des syndicats représentant des métiers créatifs variés ont construit ensemble des propositions et argumentaires solides pour répondre aux incertitudes et dysfonctionnements actuels. Entre autres demandes, la première est la clarification de la gouvernance, pour une reprise en main du régime de sécurité sociale des auteurs par les auteurs eux-mêmes :
 
• La création ad hoc d’un seul et même organisme agréé compétent pour la protection sociale des artistes-auteurs.
• Une révision de la composition du conseil d’administration de la protection sociale des artistes-auteurs.
• Le rétablissement du mode électif pour la désignation des syndicats professionnels des artistes-auteurs qui siégeront dans le conseil d’administration de l’organisme de protection sociale des artistes-auteurs (OPSAA).
• Que soient explicitement spécifiés les pouvoirs et le rôle du conseil d’administration de l’organisme de protection sociale des artistes-auteurs par voie réglementaire. 
 

Le côte URSSAF de la Farce


Or, depuis quelque temps maintenant, l’URSSAF est entrée dans la boucle, ajoutant un nœud — un amas de nœuds — qui n’arrange finalement rien. Les auteurs, dès 2020, devront en effet s’adresser à ce nouvel organisme pour le recouvrement de leurs cotisations. Mais depuis une semaine, c’est la panique : bugs, courriers reçus par certains et pas par d’autres, flou sur les modulations... aucune information claire et exhaustive n’a été communiquée pour accompagner les artistes-auteurs dans cette transition pourtant administrativement complexe. 

« Rien ne change, soupire une autrice de littérature jeunesse. On croyait qu’enfin, les concertations allaient nous apporter plus d’informations, mais elles sont annulées, et c’est toujours autant le bazar. »
 
Le rapport Bruno Racine, annoncé par le ministre de la Culture comme une réponse forte, réfléchie et concrète à la densité des problèmes rencontrés par les artistes-auteurs, n’est toujours pas sorti. Annoncé pour mi-novembre, rien n’a été rendu public à ce jour. 

« La Ligue des auteurs professionnels communique souvent autour de la mission Bruno Racine comme d’une étape fondamentale pour nous tous, déclare un illustrateur, mais il est où, ce rapport ? On aimerait bien croire à la bonne volonté des pouvoirs publics, mais franchement, quand on voit notre situation catastrophique, la fonte des rémunérations, la jungle des contrats, le n’importe quoi administratif, et qu’aucune figure politique ne fait rien, ça devient difficile... les mots, c’est sympa, mais les actions, c’est mieux. On est abandonnés, point. »
 

Année de la BD, pour Ben Dommage !


Les premiers couacs de l’année de la BD sont encore dans les mémoires. Les auteurs depuis Twitter avaient tiré la sonnette d’alarme sur un concours spéculatif, invisibilisant le travail des artistes. Les modalités avaient été rectifiées rapidement grâce au dialogue entre le CAAP, la Ligue des auteurs professionnels, ainsi que SNAC BD et le cabinet du Ministère de la Culture, pour aboutir à un appel à projets. 
 
Preuve qu’une écoute des organisations professionnelles peut aussi déboucher à des évolutions positives pour plus de respect des artistes-auteurs. 

L’Année de la BD arrive, et les auteurs déplorent être toujours dans la même situation de crise économique et sociale, sans aucune réponse à leurs problématiques concrètes. Auront-ils le cœur à la fête ? Rien n’est moins sûr — sauf à accepter d’être les dindons de cette farce.




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