Cloud Atlas : des versions “presque incomparables” du roman de David Mitchell

Clément Solym - 23.08.2016

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Le livre de David Mitchell, véritable best-seller mondial, a fait l’objet d’une étude attentive et comparative. Un universitaire anglais s’est penché sur les éditions américaine et britannique, pour découvrir que le nominé au Man Booker Award 2004 présentait de sérieuses différences d’un texte à l’autre. Selon les analyses les versions « sont tout à fait différentes de l’une à l’autre ». Étonnant.

 

David Mitchell © Paul Stuart

 

 

Le professeur Martin Paul Eve de Birkbeck, Université de Londres, a dernièrement livré une étude s’appuyant sur la version poche parue chez Sceptre, et sur l’édition Kindle – résultant du grand format. C’est en s’apercevant qu’il ne parvenait pas à retrouver dans l’ebook des phrases du poche, qu’il s’est lancé d’ans une approche comparative. 

 

Le pitch de l’éditeur français

Adam Ewing est un homme de loi américain, embarqué à bord d’une goélette partie de Nouvelle-Zélande et faisant route vers San Francisco, sa ville natale. Il n’a rien à voir avec Robert Frobisher, lequel, un siècle plus tard, se met au service d’un compositeur génial pour échapper à ses créanciers. Ni l’un ni l’autre ne peuvent connaître Luisa Rey, une journaliste d’investigation sur la piste d’un complot nucléaire, dans la Californie des années 70. Ou Sonmi~451, un clone condamné à mort par un État situé dans le futur.

Pourtant, si l’espace et le temps les séparent, tous ces êtres participent d’un destin commun, dont la signification se révèle peu à peu. Chaque vie est l’écho d’une autre et revient sans cesse, telle une phrase musicale qui se répéterait au fil d’innombrables variations.

 

 

Les différences qu’il a mises en évidence sont véritablement étonnantes. Que ce soit à travers des variantes linguistiques mineures ou des modifications de textes, l’universitaire n’en est pas revenu. Il a d’ailleurs produit un document, pour montrer les différentes versions du livre.

 

 

 

Selon l’universitaire, en 2003, l’éditeur de Random House, branche américaine, qui travaillait avec David Mitchell, a été remplacé. Et durant plus de trois mois, personne n’était véritablement en charge du roman. Au cours de cette période, l’édition britannique a fait l’objet de plusieurs modifications, et réécritures, sans que jamais les versions ne soient harmonisées. 

 

Qui a laissé bébé sans surveillance ?

 

Ainsi, quand David Ebershoff a repris la direction éditoriale de Random House, à New York, deux versions coexistaient : l’une par l’éditeur britannique, l’autre dans les bureaux américains. Ce qui a abouti à la production de versions numérique et papier distinctes. 

 

« La principale conclusion que je suis en mesure de tirer de ces comparaisons, est qu’en vertu des modifications apportées – les différentes versions de Cloud Atlas sont si distinctes qu’[elles sont] presque incomparables », explique-t-il. Au point que la version traduite par les éditions de l’Olivier, et paru sous le titre Cartographie des nuages, en 2007 (trad. Manuel Berri), s’est appuyé sur la version américaine numérique. 

 

Jusqu’au film, qui en réalité découle de cette même version américaine – assez logiquement, puisque c’est Hollywood qui est derrière cette production. On pourra retrouver l’intégralité de son analyse à cette adresse, et proposé en Creative Commons.

 

Toute l’analyse a d’ailleurs été confirmée par le romancier, qui explique au Guardian avoir bien retenu la leçon, « ne pas laisser des manuscrits achevés seuls trop longtemps ». Et de poursuivre : « La version UK a été présentée en premier lieu, puis est venue la version américaine, quelques semaines ou mois plus tard. Alors – si j’étais mort et que je ne pouvais pas le nier –, je dirais que la version américaine est plus “définitive”. » 

 

Et encore, le livre est sorti chez le même éditeur, Random House, dans ses filiales américaine et britannique. De quoi ajouter un peu plus de piment à un ouvrage régulièrement présenté comme l’univers romanesque le plus étrange de ce jeune XXIe siècle. Nous ne sommes pas parvenus à joindre les éditions de L'Olivier pour recueillir leurs commentaires.

 

Retrouver Cartographie des nuages, Cloud Atlas, de David Mitchell