Collection série Noire : La "dame en noir et jaune" célèbre ses 70 ans

Julien Helmlinger - 21.03.2015

Edition - Les maisons - Série Noire - Gallimard - Roman policier


La célèbre collection de romans policiers de l'après-guerre, Série Noire, initialement confiée au traducteur Marcel Duhamel par Claude Gallimard, célèbre cette année son 70e anniversaire. Ce label alors animé par ce proche de Jacques Prévert et de Raymond Queneau, qui semblait résolu à empêcher ses lecteurs de dormir, a d'abord misé sur titres en anglais, avant de s'ouvrir aux voix françaises et s'étendre à d'autres territoires. À ce jour 2885 titres y sont parus, plusieurs ont été adaptés au cinéma, des films parfois cultes. 

 

 

Toute l'équipe de Série Noire, en 1953 

 

 

À l'occasion du Salon du livre, en partenariat avec Le Point, les éditions Gallimard ont ressorti un lot de documents de leurs archives pour dresser une exposition. On y trouve des documents plus ou moins rares, couvrant toute la période de 1948 à nos jours : fac-similés de manuscrits, éditions originales, affiches de films, mais aussi des courriers de l'éditeur, qui valent le détour.

 

Par ailleurs, divers auteurs contemporains ont choisi chacun leur titre préféré au sein de la collection, pour une recommandation façon « pont jeté entre passé et avenir ». Doa préconise Les racines du mal, par Dantec, Jean-Bernard Pouy a choisi Fais pas ta rosière, de Raymond Chandler. Jo Nesbo suggère 1275 âmes par Jim Thompson, quand Elsa Marpeau opte pour La position du tireur couché, signé Jean-Patrick Manchette, parmi d'autres suggestions...

 

Lors de la libération de paris en 1944, Marcel Duhamel était notamment le traducteur en français de Steinbeck et Hemingway. En septembre 1945 allaient paraître chez Gallimard trois premiers titres au rayon noir, dont deux de Peter Cheyney. Claude Gallimard confia en 1948 la collection au traducteur qui allait en pondre le manifeste, et sur lequel reposerait bientôt la responsabilité de Série Noire.

 

« Que le lecteur non prévenu se méfie : les volumes de la “Série noire” ne peuvent pas sans danger être mis entre toutes les mains. L'amateur d'énigmes à la Sherlock Holmes n'y trouvera pas souvent son compte. L'optimiste systématique non plus. L'immoralité admise en général dans ce genre d'ouvrages uniquement pour servir de repoussoir à la moralité conventionnelle y est chez elle tout autant que les beaux sentiments, voire de l'amoralité tout court.

 

L'esprit en est rarement conformiste. […] À l'amateur de sensations fortes, je conseille donc vivement la réconfortante lecture de ces ouvrages, dût-il me traîner dans la boue après coup. En choisissant au hasard, il tombera vraisemblablement sur une nuit blanche », écrivait Duhamel en 1948.

 

La collection avait trouvé son premier directeur et sa mythique jaquette noir et jaune, même si plusieurs maquettes de couvertures allaient se succéder, en 1945, 1948, 1979 et 1995, jusqu'au passage en grand format en 2005. Désormais Série Noire publie des auteurs comme Ingrid Astier, Ken Bruen, DOA, Caryl Férey, Jo Nesbø ou encore Alessandro Perissinotto…

 

Et ça, « mon coco », ça valait probablement une augmentation...