Collège et primaire : une école sans livres pour 2016, s'inquiètent les éditeurs

Nicolas Gary - 26.06.2015

Edition - Les maisons - manuels scolaires - collège primaire - Najat Vallaud Belkacem


La grande réforme des programmes occupe l’esprit de l’ensemble des éditeurs scolaires. Pourtant, cette refonte originellement prévue pour la rentrée 2015 devra patienter, et attendre 2016, pour l’élémentaire et le secondaire. La maternelle sera seule concernée. Et les inquiétudes ne manquent pas dans les rangs des maisons concernées.

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’une des réalités auxquelles tous feront face, c’est la réduction des crédits pédagogiques : depuis deux ans, les mesures d’économies frappent les manuels scolaires. En 2014, un budget de 20 millions €, contre 45 millions € en 2013. Pour l’année en cours, on peine à atteindre l’enveloppe de 2014, notent les éditeurs. 

 

Aux difficultés budgétaires s’ajoutent les contraintes temporelles. Le calendrier et le financement de cette réforme devaient originellement s’appliquer entre 2015 et 2017. Devait... « L’hypothèse qui, à ce jour, semblerait avoir la faveur du ministère est désormais celle d’une application simultanée, tous niveaux et toutes disciplines, du CP à la 3e à la rentrée 2016 », note le Syndicat national de l’édition dans un document présenté ce 25 juin. 

 

« Tout cela sans aucune anticipation sur la faisabilité même par les auteurs et les éditeurs scolaires d’un tel chantier, ni la moindre visibilité sur les moyens alloués, et ce, à quelques mois seulement de la mise en œuvre des nouveaux programmes. » Autrement dit : panique à bord. 

 

Selon Savoirs et Connaissances, « après une baisse de 4,0 % des ventes en valeur en 2012, c’est un recul de 13,1 % qu’ont dû affronter les éditeurs en 2013. « En volume, la baisse est plus mesurée à -4,7 %. Les segments les plus touchés sont le secondaire qui affiche une très forte baisse de 34,4 % en valeur et le préscolaire et le primaire qui reculent de 3,4 % en valeur. » 2014 aura été une nouvelle année difficile à surmonter.

 

"Du jamais vu !"

 

Selon nos informations, l’ambiance serait aux lourdes interrogations. « Les perspectives de 2016 ? C’est un défi éditorial inédit », nous précise un acteur. « Le changement de tous les programmes, appliqué à toutes les classes, c’est du jamais vu. » Et pourtant, il faudra le voir, et redoubler d’efforts...

 

« Ce n’est pas raisonnable : la création d’un manuel nécessite une année d’élaboration, avec des contraintes temporelles déjà très fortes. Et beaucoup de choses dépendent des finances publiques. » 

 

Les besoins sont estimes à 480 millions d’euros pour la constitution des nouveaux manuels, pour le collège, et on parle de 300 millions pour le primaire. « Quelles sont les réponses de l’État, et des communes ? Sans parler même du plan numérique, avec l’annonce de 400.000 élèves équipés pour 2016. » 

 

Le plan annoncé par François Hollande tarde également à se faire connaître. En septembre 2014, le président avait en effet promis, lors d’un passage au collège Louise Michel de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis « un grand plan numérique pour l’école de la République ». Mais depuis, la question du financement est toujours en suspens : qui va payer pour la production de manuels scolaires numériques, afin que les tablettes prévues pour les élèves ne soient pas des machines vides ?

 

« Aujourd’hui, notre problème n’est plus de convaincre le ministère de l’Éducation nationale, Najat Vallaud Belkacem, mais le président de la République et son Premier ministre. Il faut que les enfants aient des livres scolaires pour la rentrée. Mais il faudra également que les moyens soient déployés. »