Pris en otage contre Amazon, Haruki Murakami sert de bouc émissaire

Nicolas Gary - 05.09.2015

Edition - International - Amazon librairie - internet livres - Murakami romans


Quand la chaîne de librairies japonaises Kinokuniya s’est lancée dans sa vendetta, Haruki Murakami a apporté un soutien subtil. Certes sans nuance, mais prudent. La chaîne a en effet décidé d’acheter 90 % du premier tirage, pour court-circuiter les libraires en ligne. Bonne idée ? En tout cas, idée...

 

 

 

Après tout, cela ressemble bien aux méthodes d’Amazon, que de prendre les auteurs en otage. Comme le soulignait le porte-parole de Kinokuniya, l’édition a besoin de solidarité : une solidarité qui signifie se serrer les coudes, faire de gros dos, montrer les crocs, sortir les griffes... Bref, faire peur. « Nous ne faisons pas là une expérimentation, mais nous adaptons notre économie avec un certain risque calculé. »

 

Fort bien. Sur les 100.000 exemplaires de Novelist as a Vocation, la chaîne a donc raflé 90 %, ne laissant plus que 5000 titres à Amazon. Avec la volonté de renvoyer, quitte à ce que cela se passe de force, les internautes vers les librairies – ou, d’une certaine manière, priver l’auteur de lecteurs, tout dépend du référentiel. 

 

Répondre à la force par la force, aux menaces qu’Amazon portait contre Hachette Book Group, aux menaces contre les clients, n’a rien de la solution miracle. Déployer les mêmes méthodes revient à dire que la guerre est déclarée – sans avoir consulté le romancier, toujours d’une discrétion sans nom. 

 

Mais comment ne pas se demander ce que peut penser Murakami de cette stratégie ? Pris entre le marteau et l’enclume, le best-seller japonais ne peut pas non plus désavouer une entreprise locale. De même qu’il ne peut pas apporter officiellement de soutien à Amazon, il y a encore des choses qui ne se font pas.

 

Dans ses messages sur Facebook, Murakami s’est contenté d’une recension des articles publiés sur le sujet, sans aucun commentaire. Il observe, vieux sage sur sa montagne (ou plutôt au fond de sa grotte) : surtout, s’abstenir de prendre position trop clairement, parce que le risque est important. 

 

Le bras de fer... déjà biaisé

 

Certes Murakami s’est hissé au rang d’institution patrimoniale et de monolithe littéraire au Japon. Mais un auteur recherche des lecteurs, et des ventes. Pas certain que la procédure du libraire puisse lui garantir librement les deux. Et dans le même temps, aucune candeur possible : l’éditeur a nécessairement évoqué le sujet avec son auteur, et ce dernier s’est forcément exprimé.

 

Puisque la chaîne de librairies s’est procuré les 90 % du stock, il s’est trouvé un accord – Murakami n’a, personnellement, aucun intérêt à ce que les entrepôts d’Amazon et des autres vendeurs en ligne ne disposent pas de son ouvrage...

 

 

 

La réaction du géant américain ne semble pas évidente : sur la page du livre, en boutique japonaise, rien n’indique une particulière campagne revancharde, ni de mise en avant spécifique de la version numérique... Probablement parce que le marchand sait qu’il disposera rapidement d’un levier. Cette édition de Murakami va devenir une chose précieuse, rare, et la nature humaine conduira évidemment certains malins à n’acheter le livre que pour le revendre.

 

De quoi attirer l’attention sur la vente... d'occasion. « La réalité de l’industrie aujourd’hui devient de plus en plus difficile pour les librairies physiques, quand il s’agit d’acheter des exemplaires de nouveaux ouvrages attendus », estimait la chaîne de librairies, pour expliquer son geste.

 

Et les livres vendus en seconde main, à qui profiteront-ils, lors du prochain tour ?


Pour approfondir

Editeur :
Genre :
Total pages :
Traducteur : hélène morita
ISBN :

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerin ...

de Haruki Murakami

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. A Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Omi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché. Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort. Il est devenu architecte, il dessine des gares. Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible. Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. A Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle. Après la trilogie 1Q84, une oeuvre nostalgique et grave qui fait écho aux premiers titres du maître, La Ballade de l'impossible notamment.

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