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“Comme tous les paresseux, je travaille énormément“, Jean-Pierre Carasso

Cécile Mazin - 11.02.2016

Edition - Société - Jean-Pierre Carasso - traducteur décès


Traducteur de la biographie d'Orson Welles, Jean-Pierre Carasso est décédé à l’âge de 74 ans. « Il fut l’un des plus grands traducteurs et c’est grâce à lui que les Français ont pu découvrir l’univers de nombreux grands auteurs, comme Raymond Carver, Ian McEwan, Jay Mc Inerney, Norman Mailer ou encore Hubert Selby Jr », indique le Centre national du livre dans un communiqué.

 

 

 

Il fut en effet membre, entre 1989 et 1992, de la commission Littératures étrangère. « C’est une figure incontournable de la traduction qui disparaît », poursuit le CNL. 

 

Invité d’honneur au Festival Vo-Vf, Jean-Pierre Carasso était venu parler du métier de traducteur. « Si l’art était mort et le travail d’écrivain un boulot méprisable, alors la traduction constituait un bon moyen de se masquer. » 

 

On lui doit La Conjuration des imbéciles en français, livre mythique de la littérature américaine contemporaine qualifié par certains critiques de « meilleur roman du XXe siècle », de « gros bouquins difficiles » qu’il range parmi les chefs d’œuvre littéraires, par exemple La cité de Dieu de Doctorow ou Un sale type de Stanley Elkin, mais aussi tous les livres de Howard Buten, de Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué à Buffo, et plus d’une centaine d’autres traductions d’auteurs aussi divers que Philip Roth, Jay McInerney, Philip K. Dick… réalisée au cours de quarante années d’un dur labeur. 

 

Il a également porté de grandes voix féminines d’outre-Atlantique, Jamaïca Kincaid, Cynthia Ozick ou encore Alice Munro, mais peu importe le genre (de l’auteur) pourvu que l’on ait le style, estime Jean-Pierre Carasso, prêt à une démonstration efficace. Car, dans le cas contraire, faudrait-il alors « faire traduire les mémoires d’un conducteur de locomotive par un conducteur de locomotive, une femme par une femme, un auteur américain par un auteur américain », voire confier la traduction du livre « d’un auteur juif à un traducteur israélite », comme il lui fut proposé jadis par un éditeur… Une vieille histoire qu’il raconte à présent en se moquant d’un si consternant aveu d’antisémitisme.