DOSSIER – À l’occasion de la rentrée littéraire, ActuaLitté revient dans une série d’articles sur le métier d’agent. Proposée par David Pathé-Camus, cette série d’articles tente de dresser un état des lieux, tant de la profession, que de ses interactions avec les différentes professions du livre. Et ce, à travers un prisme établissant aussi son propre parcours.


 

J’ai coutume de dire qu’agent littéraire est « un métier de vieux ». Pourquoi ? Parce qu’il implique de connaître et d’être connu des acteurs du monde de l’édition, et que cela demande du temps. 

La plupart des agents français de ma connaissance ont exercé, parfois pendant plusieurs années, d’autres métiers avant de s’établir comme agent littéraire — d’éditeur à responsable des cessions de droits, en passant par attaché(e) de presse, agent artistique, etc. 
 

“Un désir de justice et d’égalité”


En ce qui me concerne, je suis devenu agent en février 2015, après 17 ans passés à travailler dans l’édition — comme éditeur, auteur et traducteur, lecteur, etc. Mais peut-être était-ce avant 2015, à en croire certains de mes amis et professionnels de l’édition. D’ailleurs, devient-on agent ? Ou cela ne correspond-il pas plutôt à un désir de justice et d’égalité, à un souci de rééquilibrer les rapports de force entre certains intervenants du métier du livre : défendre le faible (l’auteur) face au fort (la maison d’édition) ?

Ce souci, je pense l’avoir toujours eu, depuis tout petit (comme on dit). L’un des tout premiers à m’avoir alerté sur la manière dont les auteurs étaient traités par les maisons d’édition est le regretté Ayerdhal : initiateur du collectif de défense des droits des auteurs Le droit du Serf, auteur (entre autres) des formidables Transparences ou Rainbow Warrior, et à qui l’on doit d’avoir entamé — et gagné — le combat contre la loi relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles. Je n’oublierai jamais notre longue conversation lors de la première édition des Utopiales, en 2000.

J’étais alors un jeune éditeur, co-directeur de Pocket Terreur. Nous publiions aussi bien des auteurs étrangers (comme Stephen King, Thomas Harris ou Anne Rice), que français (Pierre Pelot, Jean-Christophe Chaumette, etc.). La différence de traitement entre les auteurs étrangers (toujours représentés par des agents), et les auteurs français (qui n’en avaient pas) me frappait tout particulièrement. (Je parle à perspectives de ventes égales.)

Cette différence de traitement, imputable à de nombreux facteurs, était bien sûr fâcheuse pour les auteurs non représentés, mais ne me semblait pas non plus si avantageuse que cela pour les éditeurs — du moins à long terme.

Permettre aux auteurs de mieux vivre de leur travail, et de mieux comprendre leurs droits et contrats, constituait pour moi le premier pas vers une meilleure relation entre auteurs et maisons d’édition. Nous avions tous à y gagner — et aujourd’hui encore je continue de penser qu’il est dans l’intérêt des maisons d’édition de travailler avec des auteurs représentés par des agents.
 

Du métier, inséparable de la vocation


Autrement dit, je ne crois pas qu’agent soit un métier — ou simplement un métier. C’est un métier, certes, dans la mesure où il suppose l’acquisition d’une pratique, d’un savoir-faire — et à ce titre, comme je le disais, c’est un « métier de vieux » car on l’exercera d’autant mieux qu’on connaîtra et sera connu des nombreux acteurs du monde de l’édition, dont on connaîtra également l’histoire, les mécanismes, les codes (français et internationaux), les contrats et l’économie.

Mais c’est aussi une vocation, un état d’esprit. La fonction d’agent est pour moi inséparable du « souci de l’autre », qui se passe de tout métier. 

Ainsi, alors que j’étais entre-temps devenu directeur de Pocket SF et de l’imaginaire au Fleuve (chez Univers Poche), certains de mes collègues me rappelaient à l’ordre (« Tu n’es pas agent ! »), parce que je défendais un peu trop telle auteur (Samantha Bailly, en l’occurrence), ou me prédisaient un avenir que je n’imaginais pas moi-même : « Tu vas quitter Pocket et devenir agent. »

Bref, certains avaient mieux perçu que moi ma nature profonde. En février 2015, je décidai de présenter Samantha Bailly à Anna Jarota, dont l’agence (AJA) venait de connaître un grand succès avec Merci pour ce moment, de Valérie Trierweiler. Je pensais qu’Anna — qui était alors également mon agent, et dont j’avais, en tant qu’éditeur, beaucoup apprécié la façon de travailler — pourrait aider Samantha.

Mais ce que je n’imaginais pas, c’était ce sur quoi ce rendez-vous allait déboucher. Car après avoir écouté Samantha, Anna s’est tournée vers moi, et m’a dit : « Mais David, tu es agent ! Pourquoi tu ne viens pas travailler avec moi et comme ça tu pourrais t’occuper de Samantha ? » Et c’est ainsi que s’opéra mon coming-out, que je devins officiellement agent et signai mon premier auteur. 
 
Prochain article : « Qu’est-ce qu’un agent littéraire ? »

Précédemment : Comprendre le métier d'agent littéraire

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu 


Commentaires
Bonjour,



Je suis en train de lire d'un tous les articles du dossier et j'y apprend beaucoup de choses. En plus, je suis agréablement surprise de voir le nom de Samantha Bailly cité moi qui la suit sur Youtube et apprécie beaucoup son engagement en faveur des auteurs. Comme quoi le monde (du livre) est petit! En tout cas elle comme vous m'ont fait prendre conscience de l'importance d'être représenté, chose que je ferai en temps voulu.

Merci pour votre travail!
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