Comment la BnF tente de minimiser les risques liés à l'eau

Antoine Oury - 31.01.2014

Edition - Bibliothèques - BnF - risques - département moyens techniques


Conserver le patrimoine n'est pas chose aisée. L'inondation du 12 janvier, au sein des magasins du Département Littérature et Art de la BnF, a rappelé que le risque zéro n'existait pas. Depuis 2010, le Département des Moyens Techniques tient à jour une cartographie précise des zones à risques de l'établissement, pour prévenir les incidents. 

 

 

BNF

(PHILIPPE BERDALLE, CC BY-ND 2.0)

 

 

Pour le département des moyens techniques de la BnF, chaque jour est un nouveau défi : la BnF est traversée par 172 kilomètres de canalisations, dont une importante part appartient au réseau anti-incendie. Des « sprinklers », ces têtes qui aspergent la pièce d'eau en cas de détection d'un incendie, et qui constituent elles-mêmes un risque, recensé par le service. Il suffirait d'un manutentionnaire un peu maladroit, pour arracher le dispositif et ouvrir les vannes...

 

Le problème, dans « Le Paquebot » qu'est la BnF, c'est que tout semble un peu à risque : le réseau de canalisations, qui passe sur l'extérieur du bâtiment, est un premier obstacle, et le département regrette qu'il ne soit pas autour du jardin. Dommage, c'est un peu tard pour modifier le tout.

 

Entre 2000 et 2013, ce sont 43 grandes opérations qui ont été effectuées sur le réseau des canalisations, sans oublier les actions quotidiennes d'entretien. Au total, sur un peu plus de 10 ans, ce sont 3,4 millions € qui ont été investis pour la maintenance, l'entretien et l'amélioration du système de canalisations. 

 

Les investissements ont été déterminés suite à l'Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et Criticités (AMDEC), une méthode d'évaluation des risques, et de classifications des différentes zones de la BnF. Des examens réguliers permettent de déterminer trois critères, ensuite combinés pour produire une cotation. Plus cette cotation est élevée, plus la zone est à risque.

 

Fréquence (F), Gravité (G) et Détectabilité (D) sont ainsi évaluées, sur une échelle de 1 à 4. Ensuite, les trois critères sont multipliés pour obtenir une cotation de 1 à 64, 1 étant le moins élevé et 64 le plus risqué.

F x G x D = cotation du risque

Lancée en 2007, cette cartographie a été achevée en 2010, et est depuis régulièrement mise à jour. Une démarche de prévention des risques d'inondation, où comme le signalait une présentation de celle-ci, le principal obstacle, outre logistique, est budgétaire. 

 

Mais revenons auparavant sur les inondations du 12 janvier : la zone incriminée était non cotée comme zone à risque, souligne la direction de l'administration et du personnel. Pas de risque zéro, bien sûr... Mais voilà qui apporte de l'eau au moulin des partisans d'une enquête indépendante, extérieure et régulière relative aux infrastructures de la BnF. 

 

Les éléments ennemis du patrimoine

 

Faut-il considérer que l'AMDEC mis en place par la BnF est un échec ? 12.000 livres touchés, malgré une politique de prévention des risques, le chiffre reste inquiétant. Les parallèles historiques valent ce qu'ils valent, mais revenons quelques siècles en arrière, vers une bibliothèque écrin du patrimoine, comme la BnF.

 

La destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, et la perte d'une bonne partie de la mémoire mondiale sur rouleaux, n'est pas véritablement datée : les chercheurs et historiens n'ont cessé de se quereller sur les causes de sa destruction, des batailles entre voisins à la conquête arabe. L'année dernière, Heather Phillips proposait une autre forme de déliquescence : l'austérité budgétaire, et l'abandon progressif de l'établissement.

 

Les coupes budgétaires à répétition effectuées par le Ministère de la Culture et de la Communication, ou le récent dégel de crédits, finalement alloués aux travaux de réparation plutôt qu'à l'amélioration des infrastructures, n'augurent rien de bon pour l'établissement qui renferme « toute la mémoire du monde ». Car, si la zone où l'eau s'est infiltrée était à risques 0, quels souvenirs sont encore à l'abri de la disparition ?