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Comment la censure chinoise déteindrait sur l'édition américaine...

Gariépy Raphaël - 29.05.2020

Edition - International - Edition societe - international Chine Etats-Unis - censure liberté expression


Propriété de Thinkingdom Media Group, géant de l’édition chinoise particulièrement ambitieux, Astra Publishing a récemment ouvert ses portes. Cette nouvelle maison d’édition installée à New York pose la question de l’influence chinoise dans le milieu de l’édition américaine. 
 
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Jusqu’à très récemment, la relation littéraire entre les États-Unis et la Chine était au mieux ténue. Selon la base de données de traduction de Publishers Weekly, seulement 25 livres en provenance de Chine ont été publiés en anglais en 2019 et moins de 20 sont prévus pour cette année. Parmi eux, aucun best-seller et une attention plutôt mesurée de la part de la presse spécialisée.

L’une des raisons pour laquelle les échanges littéraires entre les deux pays sont si rares est qu’une grande partie de la production de textes chinois se fait en ligne, seul espace de liberté où les auteurs peuvent développer une littérature jugée dynamique et critique. Les éditeurs conventionnels du pays sont en effet étroitement surveillés par l’État, qui contrôle le processus d'obtention des ISBN (numéro international normalisé, qui permet d'identifier le titre), sans lesquels un livre ne peut pas être légalement publié.  
 
Le Journal de Wuhan de la romancière chinoise Fang Fang — qui a commencé une série de billets de blog sur la situation au jour le jour durant l’épidémie — a par exemple été intégralement censuré par le gouvernement chinois alors qu'il sera publié en anglais et en français très prochainement. Cet ouvrage est représentatif de la tension qui existe entre la Chine et l’Occident à propos de la liberté d’expression. 

Mais, malgré ces relations tendues, des liens de travail se nouent. Un important investissement chinois au sein de l’édition américaine se profile ainsi...  
 

Le débarquement 


Astra Publishing représente à ce jour le plus important, opéré par une entreprise chinoise. Il a été lancé par Thinkingdom Media Group, un éditeur basé à Pékin qui édite déjà de prestigieux auteurs étrangers comme Paulo Coelho, Alice Munro ou encore Haruki Murakami. Thinkingdom avait précédemment attiré l’attention en versant un million de dollars pour les droits chinois de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Cet éditeur, ambitieux et puissant, vient nourrir la question de l’influence de la Chine dans le milieu éditorial américain. 

Il semble pourtant qu’Astra sera dirigée par des talents américains locaux : l’éditeur et directeur d'exploitation, Ben Schrank, a récemment été élu président et éditeur de Henry Holt, quand Maria Russo, qui dirigera les publications jeunesse de la maison, a exercé en tant que rédactrice en chef, responsable des livres pour enfants pour le New York Times.

L’investissement chinois annonce-t-il davantage d’autocensure? Le Los Angeles Times rappelle que l’argent chinois qui a inondé Hollywood a apporté des changements visibles à certains films : plus de héros et de décors chinois, moins de scènes riches en dialogues et, peut-être plus important encore, moins de critiques envers la Chine. Les écrivains et les producteurs seraient parfois obligés de signer des accords pour ne pas dénigrer le gouvernement chinois, même en privé. 

Des première parutions rassurantes 

Les premières publications d’Astra, prévues pour l’année prochaine, devraient apaiser les inquiétudes des plus ardents défenseurs de la liberté. Cette liste comprend en effet L’art à l’ère de la culture annulée, de Farah Nayeri, qui couvrira les controverses du monde de l’art, et The Biuty Queens, de l’écrivain chilien Iván Monalisa Ojeda, un recueil d’histoires sur la communauté trans Latino de New York. Deux livres qui couvrent des sujets que les autorités de Pékin pourraient trouver inconvenants. 
 
Il semble que l’appel du marché passe avant la censure. D’autant que l’édition américaine est coutumière des investissements étrangers, et bien plus. De fait, presque tous les plus grands groupes américains sont des filiales d’entreprises étrangères : Penguin Random House et Macmillan sont allemands, Hachette Book Group est français et HarperCollins fait partie de News Corp, qui a des racines australiennes... Le rêve américain a de beaux jours devant lui. 

Photo par Actualitté : CC BY SA 2.0


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