Comment la lecture influence les systèmes de valeurs des lecteurs

Nicolas Gary - 13.05.2013

Edition - International - lecture - Canada - investissement social


Au Canada, la National Reading Campaign a publié la semaine passée une étude qu'elle avait commandée. Réalisée par Sharon Murphy, professeure agrégée à l'université de York à Toronto, elle porte sur les moyens à mettre en oeuvre pour encourager la lecture dans le pays. Towards Sustaining and Encouraging Reading in Canadian Society reflète d'ailleurs nombre de recommandations de la NRC.

 

 (CC by SA 2.0)

 

L'auteur pointe tout d'abord les « nombreux avantages sociétaux à long terme, que de disposer d'une nation composée de grands lecteurs, y compris au travers d'un plus important investissement civique, une empathie vis-à-vis des autres, et une amélioration du développement cognitif et scolaire ». En somme, la lecture, c'est bon dans tous les secteurs de la société. 

 

Si la NRC chercher à promouvoir la lecture dans tous les pans de la société, et quel que soit l'âge des personnes, les enfants sont un réservoir essentiel. Dans son étude, Sharon Murphy montre que notre rapport au livre s'instaure dès le plus jeune âge. Ainsi, les habitudes des parents deviennent chez l'enfant des repères fondateurs. Et à ce titre, les mères sont les principaux vecteurs de partage de la lecture. L'identification de l'enfant serait alors un élément expliquant que les garçons, voyant moins leur père lire, finissent par délaisser les livres - contrairement aux filles. 

 

Dans le cadre du système éducatif, la lecture est également interrogée : on assiste à un déclin net du plaisir de lire à mesure que les enfants avancent dans leur scolarité. Manifestement, le milieu pédagogique ne tire pas assez profit des ressources fictionnelles ou des éléments tels que des articles de journaux ou des magazines. Mais également des ressources en ligne. 

 

Or, l'une des principales conclusions de l'étude serait de parvenir à diversifier les sources de lecture. De fait, l'obligation de lire des oeuvres inscrites dans le cadre d'un programme scolaire montre que les étudiants ne s'intéressent pas - pas assez - aux autres oeuvres que celles qui leur sont imposées. « Si vous avez plus de choix, vous serez plus motivé, parce que vous allez lire ce qui vous intéresse. C'est un cercle vertueux. Si vous êtes démotivé et contraint de lire, vous serez davantage pris dans le cercle de démotivation. » 

 

De l'activité solitaire à l'interaction sociale

 

Toutefois, la lecture, montre-t-elle, est bien une activité solitaire. Les gens apprécient de se retrouver devant un livre, et d'en parler par la suite. Mais le temps de la lecture se fait seul devant le livre. Reste que le développement des outils de partages, des réseaux sociaux du livre sont autant d'éléments qui montrent combien le partage de ces lectures compte pour les gens.

 

L'interaction sociale prime désormais, permettant de revenir sur la question civique, et le développement d'une conscience culturelle collective. « La lecture, et la participation à un groupe réuni autour d'un auteur particulier, ou d'une collection de livres, possèdent des avantages sociaux directs grâce à l'interaction sociale », souligne l'étude.

 

À ce titre, les lecteurs voient l'utilisation d'internet comme un objet complètement différent de l'ouverture d'un livre, même si la lecture sur ordinateur peut impliquer de longues périodes de concentration. 

 

L'ensemble des résultats conforte la NRC dans sa vocation, démontrant qu'il est urgent d'encourager la lecture dans la société canadienne. Assurer le plaisir et le goût de ce loisir mène « à une plus grande compréhension de soi, la valorisation des relations sociales, un plus grand bien-être, l'amélioration du développement cognitif, et une plus grande disposition à s'impliquer dans la vie sociale ».