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Comment Le Mur invisible​ réapparut sur instagram

Auteur invité - 08.04.2020

Edition - Société - mur invisible instagram - Marlen Haushofer - internet livre instagram


Si Le Mur invisible, roman d’anticipation écoféministe de Marlen Haushofer (trad. Liselotte Bodo), a toujours connu des ventes stables (Actes Sud en vendait quelque 200 exemplaires par mois), il a soudainement rencontré un succès éclatant en 2019 suite à une chronique littéraire sur Instagram, au point de pousser à la réimpression. 


 

Prolonger la durée de vie des livres sur les étagères des librairies, généralement limitée à 6 mois, est un enjeu de taille en édition. Penchons-nous sur le cas de la réimpression du Mur invisible 56 années après sa publication. Diglee est une illustratrice et une autrice féministe qui partage des morceaux de son quotidien sur son blog depuis 2007, puis plus récemment sur son compte Instagram. La lecture a pris une place considérable dans ses publications. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

J’ai dû attendre un jour avant de faire ma chronique de ce livre, tellement il m’a secouée. Je vous l’ai déjà dit en Story, mais pour celleux qui l’ont loupée,voilà ce qui s’est passé. Au cours d’une balade à la Fnac je suis tombée sur ce roman dont je ne savais rien: la couverture m’a attirée (et le fait que ce soit une autrice) et j’ai lu une page au hasard. Les larmes me sont montées immédiatement. J’ai rapidement parcouru le dos, mais je savais déjà qu’en rentrant, j’allais le lire. Résultat: quatre jours de lecture avide. Ce livre est une fine réflexion sur l’humain, sur la guerre, sur la nature, sur la solitude, sur le silence, sur les animaux... et il est si dur à décrire! Le pitch: une femme part en vacances à la forêt chez des amis. Mais un matin, un mur invisible s’est érigé dans la forêt, et tout ce qui est de l’autre côté du mur semble mort. Elle se retrouve donc seule, sans savoir ce qui s’est passé, accompagnée d’un chien qui n’est pas le sien. Commence la survie... et la liberté, aussi. • C’est indescriptible parce que le ton oscille entre tension, angoisse, et plénitude, douceur, sérénité. J’avais envie de franchir le papier et d’être avec elle dans cette clairière. Je ne pensais QU’À ÇA, nuit et jour. Le texte date de 1963 et porte les stigmates d’une époque qui craint l’arme nucléaire. La peur d’une arme nouvelle, qui détruirait le monde, palpite en filigrane. La menace plane, qui ternit la douceur d’une vie au rythme des saisons et de la lumière. • Bref: c’est une sorte de mélange entre « La Route » de Mc Carthy et « Walden, la vie dans les bois »de Thoreau... mais écrit par une femme. Et ça ajoute à la puissance du récit parce qu’en plus, ça brise les codes du genre. Pas d’homme protecteur ou de femmes faire valoir. La figure de l’ermite est revisitée. • Je sais déjà que jamais, jamais je n’oublierai cette lecture. Elle m’a meurtrie, elle m’a nourrie, elle m’a marquée au fer. Impossible d’enchaîner tout de suite, je suis encore trop remuée. . Bon sang, lisez ce livre! (Il y a aussi eu un film Allemand qui paraît-il, vaut le détour!) . . #digleelectures2019 #lemurinvisible #digleelectures

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Elle s’attache à mettre en avant des autrices effacées de l’Histoire, en discutant régulièrement de ses lectures sur son compte @diglee_ glittering_bitch. Le 15 janvier 2019, elle fait part de l’émotion vive que lui a procurée sa dernière lecture, en 13 stories vidéos. Il s’agit d’un livre qui l’a attirée « au cours d’une balade à la Fnac je suis tombée sur ce roman dont je ne savais rien : la couverture m’a attirée (et le fait que ce soit une autrice) et j’ai lu une page au hasard. Résultat : quatre jours de lecture avide », écrit-elle dans un post le lendemain. 
 

Mais, mais, mais...


Pendant plusieurs semaines, Diglee partage les dizaines de posts qui s’accumulent et s’enthousiasment au sujet du roman qu’elle a fait découvrir à ses abonné-e-s (au nombre de 56.700 en octobre 2019). Le Mur invisible provoque un engouement de taille en France. Bibliobs rapporte alors que « sur le site de la Fnac, le titre se classe dans le top des meilleures ventes livres, sur Amazon.com dans les meilleures ventes de littérature de langue allemande. » La maison d’édition a réimprimé 5000 exemplaires au début du mois de février 2019

Mais prudence, il serait hâtif d’estimer que le remède (entre autres) à la courte durée de vie des livres reposerait sur le recours aux influenceurs sur les réseaux sociaux. Les partages des innombrables stories que Diglee publiait dans sa story se faisaient avant tout le reflet de la confiance qu’elle sait inspirer aux personnes qui la suivent. L’illustratrice a toujours montré un intérêt vif pour la lecture, son billet de blog le plus ancien à ce sujet datant de 2009

Difficile de douter de sa sincérité, sa passion pour la réhabilitation des écrits d’autrices et la régularité avec laquelle elle aborde la littérature sont un gage de confiance. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Parfait livre pour m’accompagner pendant ce périple envoûtant dans le Finistère gris pluvieux et sauvage. « Rebecca », c’est l’histoire d’une jeune mariée gauche et naïve, fraîchement débarquée dans l’immense manoir de son mari et de son ex femme, morte il y a peu. Plane dans ce domaine des côtes anglaise l’ombre mystérieuse et magnétique de la défunte épouse. Je suis... partagée. La narratrice m’a beaucoup BEAUCOUP agacée (et son histoire d’amour encore plus, mais j’ai essayé de remettre dans le contexte: le texte date de 1939) Si l’histoire m’a saisie dès les premières pages, la lenteur d’esprit et la naïveté CRIANTE de l’héroïne m’ont vite agacée. Je me sentais ralentie dans l’avancée de l’intrigue, j’aurais aimé qu’elle soit plus curieuse, plus futée, moins empotée. Certaines scènes sont frustrantes tant on sent venir la catastrophe avant le personnage principal. Mais malgré tout, l’intrigue se dénoue, et j’ai été agréablement surprise par la fin: j’ai lu les 60 dernières pages d’une traite, sourire aux lèvres. J’ai même eu plaisir à relire le début ensuite. Je lis très peu de thriller ou de roman de ce type (celui ci a été adapté par Hitchcock, et l’autrice est aussi celle qui a écrit la nouvelle « les oiseaux »), et l’expérience a quand même été très agréable, ne serait ce que pour l’ambiance gothique pleine de brume, de roches grises et de secrets. Surtout en vacances, et dans un cadre aussi semblable à celui du récit. Passion Bretagne et cotes sauvages! . . #digleelectures #digleelectures2019

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Ce phénomène exemplaire pourrait inciter des maisons d’édition à envoyer des exemplaires de leur catalogue à des personnalités qui ont une communauté autour d’eux sur les réseaux sociaux ; à condition d’avoir à cœur de faire des choix pertinents. Dans le cas de Diglee, il serait ainsi malvenu d’envoyer le livre d’un-e politique, bien qu’elle soit une personne pleine de curiosité, cela ne ressemble ni à ses lectures ni à ses centres d’intérêt. 

Il est facile d’avoir les dents qui grincent quand le marketing s’empare de phénomènes spontanés pour reproduire superficiellement ce qui ne correspond pas de toute manière à une recette exacte. Le cas du Mur invisible est surtout révélateur du meilleur outil de promotion : le bouche-à-oreille. Les réseaux permettent de regrouper les lecteurs voraces autour d’une communauté. Sur une plateforme interconnectée, ils échangent et se conseillent.

Qu’il ait lieu sur un réseau social l’amplifie, mais cette chronique avait pour unique ambition de conseiller un livre qui a laissé Diglee hébétée : « Je sais déjà que jamais, jamais je n’oublierai cette lecture. Elle m’a meurtrie, elle m’a nourrie, elle m’a marquée au fer. » 
 
par Elise Frénois 

Article réalisé et publié dans le cadre des travaux menés avec les élèves du Master 1  Commercialisation du livre Apprentissage de l’université de Villetaneuse — Paris 13, spécialité Commercialisation du livre. Les étudiants sont invités à écrire sur un sujet lié au monde de l'édition, suivant des consignes de rédaction journalistique.  


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