Comment trouver l'esthétique littéraire de l'ère virtuelle ?

- 21.05.2013

Edition - Société - geek - écrire - genre littéraire


Comment écrire des textes contemporains sans s'appuyer sur l'omniprésence de l'écran, du clavier et des réseaux sociaux ?

 


 

À la façon de la biologie et de l'hérédité pour Zola, les technologies d'aujourd'hui sont de nouveaux champs narratifs à travailler. Plus difficile, trouver une esthétique des univers virtuels, des séances de tchat et du téléchargement. Le techno-punk a évolué suite à Neuromancer de Gibson et les peurs robotiques de l'ère Matrix. L'espace internet n'est plus un continent vierge, mais une destination quotidienne généralisée. Trop immatériel pour créer un vrai support romanesque ?

 

Des auteurs comme Cory Doctorow, ont démontré le contraire. En 2006, avant l'émergence des smartphones, l'auteur technophile écrit sur les existences éclatées entre ici et le monde. Plus que le village monde, le concept de glocalisation (association du local et global), qui commence à se définir dans la géopolitique, entre timidement dans la littérature.

 

Le journaliste geek Quinn Norton dramatise les questions autour d'une "crise esthétique rédactionnelle" : "comment pouvons nous écrire avec émotion les scènes qui impliquent des ordinateurs ? Comment rendre concrètes ou du moins, retranscrire dans l'esprit de nos lecteurs les vraies, terribles passions qui filent le long des lignes téléphoniques ?"

 

Plus postmoderne que Cyber Punk

 

À la manière dont il pose les questions, on peut se dire que les réponses ne sont pas si lointaines. Déjà la question de l'amour via les sites de rencontres et la barrière de l'écran a été saisie par la télévision et les auteurs tous publics, comme dans Demain de Musso où une grande part de l'intrigue, doucement fantastique, prend le cadre d'un vieux Macbook. Les dialogues, quant à eux, sont développés et mis en forme à la manière d'une conversation de messagerie instantanée. De son côté Austin Grossman, dans You, mêle sentiment et téraoctet.

 

Si le net, n'est plus cet océan inconnu et libre d'entraves, la popularisation des mondes en ligne ajoute de nouveaux décors à l'imaginaire. Dans ce même livre, Grossman utilise les mondes numériques comme terrain de jeu foisonnant comme un nouveau Tour du monde en 80 jours. D'autres lui ont emboîté le pas, comme l'ovni littéraire le Jeu continue après ta mort de Jean-Daniel Magnin, qui livrait l'an dernier un premier livre, d'abord numérique, un thriller poético- geek d'un univers où tous les grands acteurs du net ont été hackés et fusionnés pour formé une nouvelle matrice. Multiple, cosmopolite, foisonnant, une esthétique post-moderne plus que de science-fiction. Les prémisses sont là, et le quotidien enrichi crée plus de relativisme dans nos perceptions que d'utopies.

 

Mais dans la recherche de nouveaux canons esthétiques, entre lithium et affichage LED 3D, les anciennes formules fonctionnent toujours. Neuromancer de Gibson, prédit un univers cyber punk trente ans avant qu'il ne se fasse jour tel que nous le connaissons entre conglomérats transnationaux, réseaux d'informations mondiaux et pirates locaux. Après les Google Glass, avec lesquelles l'auteur s'extasiait, les écrivains pouront plancher à des scénarios incluant les voitures autopilotées de la même marque.