Comment trouver un agent littéraire : apprendre à travailler à deux

David Pathé Camus - 20.09.2019

Edition - Société - agent littéraire - histoire littérature édition - métier agent littéraire


DOSSIER – Pour mieux comprendre le rôle de l’agent littéraire, ActuaLitté vous propose un dossier animé par David Pathé-Camus, écrivain, traducteur et agent lui-même. Parce que l’on ne “prend” pas un agent — cela reste une rencontre partagée — il importe de cerner au mieux ses propres attentes. Comment chercher un agent, voici le second volet de cette réflexion.


 

Il faut le rappeler et insister : un agent n’est rémunéré qu’à la commission, il n’est pas payé en amont. Il se rémunère en prélevant un pourcentage (allant de 10 à 20 %) des revenus qu’il génère pour ses clients. Il ne peut donc pas se permettre de passer dix heures, ou vingt heures, ou plus, sur votre manuscrit sans espoir de retour. Il s’agit d’un métier excessivement difficile.

À ce titre, je dis souvent que les sept premières années sont impossibles — pour des questions de trésorerie. Et même après, les journées ne sont pas faites que "de lait et de miel", pour reprendre une expression chère à nos amis anglo-saxons... Ceux qui l’exercent savent qu’il implique de prendre des risques, qu’il est nécessaire de savoir identifier et doser. 
 

Écrivez, écrivez, écrivez. Et lisez aussi. Surtout


C’est pourquoi je vous invite — vous, auteur — à prendre le temps. Vous n’avez droit qu’à un seul envoi. Ne commencez surtout pas à faire suivre votre premier envoi d’un second quelques jours après, en expliquant que vous avez « retravaillé votre manuscrit », et qu’il est maintenant bien meilleur « que le précédent ». L’agent sait qu’il aura droit à un troisième, quatrième, cinquième email de votre part, avec les mêmes explications. Écrivez. Révisez. Laissez reposer et revoyez encore. Et quand c’est envoyé, patientez. Écrivez autre chose ou partez vous changer les idées. 

N’oubliez pas qu’un agent ne vous doit rien. S’il n’a pas sollicité votre manuscrit, il n’est pas tenu de vous répondre ou de vous lire. (Pas plus qu’un éditeur, soit dit en passant.) Et s’il vous répond, même par la négative, remerciez-le d’avoir pris la peine d’étudier votre manuscrit. Son temps n’est pas moins précieux que le vôtre. 

Parlez aux auteurs publiés. Interrogez-les. Posez-leur la question : « Combien de manuscrits avez-vous écrits, envoyés, avant d’être publié ? » Vous verrez que leur premier roman (ou essai) publié est rarement le premier qu’ils ont écrit. Souvent, il s’agit du quatrième, ou cinquième, voire plus. (Dans mon cas, ce fut le huitième, mais je suis particulièrement lent.) 

Non seulement parce qu’il n’est pas rare, pour un auteur, d’avoir écrit un premier roman dès l’âge de 16 ou 17 ans, mais aussi parce qu’il faut une certaine maturité, et de nombreux retours d’expérience, avant d’arriver à produire un manuscrit publiable. 
 

Apprendre à travailler ensemble


Les choses se font graduellement. Ce n’est pas toujours ou « tout oui » ou « tout non ». Quand un auteur a du talent, mais que son manuscrit n’est pas encore au point, l’agent (ou l’éditeur), prend son téléphone pour l’appeler, ou envoie un email, afin d’en savoir un peu plus sur cet animal étrange qui a réussi à pondre un manuscrit « presque » publiable. 



 
Il encourage l’auteur, lui prodigue des conseils. Lui suggère des pistes de réécriture. Parfois, cela n’aboutit pas. Mais ce travail n’est jamais en vain. Il permet d’apprendre, et de nouer des liens — si bien que, lorsque vous aurez enfin un manuscrit « publiable », vous connaîtrez quelqu’un : l’agent, ou l’éditeur, qui vous aura appelé quand vous ne connaissiez personne. 

Si vraiment l’écriture est en vous, il y aura bien un autre livre. Il suffit d’un. 

Et puis, si votre manuscrit n’est pas pris, n’en veuillez pas à celui qui l’a refusé. Comme je le disais, cette personne a pris de son temps pour regarder votre manuscrit et vous répondre. Son temps est compté. Elle exerce un métier difficile et est constamment débordée. Remerciez-la.

Et n’oubliez jamais qu’un refus n’est pas forcément une mauvaise nouvelle : votre manuscrit est refusé parce qu’il est mauvais. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Non, c’en est une bonne — on vous évite le ridicule d’avoir publié un torchon. Votre manuscrit est refusé parce qu’il ne correspond pas à cette fameuse « ligne éditoriale » des éditeurs. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Non, c’en est une bonne — car si l’éditeur l’avait pris, il n’aurait pas su vous défendre et vous auriez subi un échec, dont il n’est jamais aisé de se remettre.

Le pire qui puisse arriver à un auteur n’est pas que son manuscrit soit refusé par tout le monde, mais, au contraire, qu’un de ses mauvais manuscrits soit accepté. Prenez le temps, donc. Quitte à se faire retoquer un manuscrit, autant que ce soit pour de bonnes raisons plutôt que faute de deux, ou trois, ou quatre révisions supplémentaires. 

Un jour viendra où vous trouverez un agent. Et ce jour-là — après le champagne, ou le verre de vodka —, il vous faudra apprendre à travailler avec votre agent. Car oui, avoir un agent, c’est aussi un travail. 
 

Précédemment : Comment trouver un agent littéraire : la confiance, une absolue nécessité

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu 


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