Condamnation de Renaud Camus pour provocation à la haine

Julien Helmlinger - 11.04.2014

Edition - International - Renaud Camus - Islam - Provocation à la haine


L'écrivain Renaud Camus, proche de l'extrême droite et adepte de la théorie alarmiste et controversée du « grand remplacement », a été condamné ce jeudi pour provocation à la haine ou à la violence. En raison de certains propos qu'il avait tenus lors des Assises internationales sur l'islamisation de l'Europe, sorte de sommet de l'islamophobie revendiquée, il écope de 4000 euros d'amende. Il devra en outre reverser 500 euros de dommages et intérêts au plaignant, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).

 

 

 

 

 

L'écrivain n'en est pas à sa première controverse, ayant notamment pointé ce qu'il percevait comme une surreprésentation de journalistes juifs dans les émissions de France Culture. En 2012 il avait rallié la bannière Bleu Marine pour les élections présidentielles, et désormais ce sont ses propos énoncés au cours des Assises internationales sur l'islamisation de l'Europe, le 18 décembre 2010 à Paris, qui ont suscité la plainte de l'organe anti-racisme et sa condamnation par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

 

Tandis que Renaud Camus se fait théoricien du grand remplacement, il imagine que face à l'immigration et l'augmentation du nombre de musulmans à travers l'Hexagone, la civilisation française risquerait de se voir rayée de la carte. Lors des Assises, il aurait notamment qualifié les musulmans de « voyous », « soldats », « bras armé de la conquête », ou encore de « colonisateurs cherchant à rendre la vie impossible aux indigènes, à les forcer à fuir, à évacuer le terrain », « ou bien, pis encore, à se soumettre sur place ». 

 

Le pays serait donc en guerre ? La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris aura plutôt estimé que ces propos litigieux « constituent une très violente stigmatisation des musulmans », « sans mesure ni réserve autre que de pure forme » dans sa manière de dépeindre les membres de la communauté islamique « comme des guerriers envahisseurs dont le seul objectif est la destruction et le remplacement du peuple français et de sa civilisation par l'islam ».


Malgré la teneur de ses théories et la nécessité selon lui d'appeler les choses par leurs noms, pour sa défense face au tribunal, Renaud Camus a nié être « particulièrement islamophobe », ainsi que tout appel à la violence. Le tribunal a relevé que l'écrivain prônait le recours à une « action politique, mais sans aucunement expliciter et développer le contenu et les modalités d'une telle action ».

 

Finalement, les juges ont estimé qu'il a incité « d'une manière aussi évidente qu'irresponsable l'auditoire à résister à l'envahisseur qui veut le soumettre et à assurer lui-même et par ses propres moyens sa survie, dans l'urgence et sans attendre l'hypothétique action politique vaguement annoncée ». 

 

Luc Roche, professeur de philosophie dans un lycée du centre de la France, a également écopé de 2000 euros d'amende, ainsi que 500 euros de dommages et intérêts au Mrap. Les deux hommes devront verser solidairement 1000 euros à l'organe pour ses frais de justice.