Condamner Erri De Luca à la prison ferme, "un petit peu excessif"

Cécile Mazin - 05.03.2015

Edition - International - Erri de Luca - Fleur Pellerin - saboter liberté


Si la ministre de la Culture répond avec un sourire « No comment », quand on lui demande si, depuis le temps, elle a pu lire une œuvre de Modiano, elle est moins pudique sur le sort d'Erri De Luca. L'écrivain italien risque d'être condamné par la justice italienne. Son tort : avoir incité au sabotage de la ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin.

 

 

 Erri De Luca

aeneastudio, CC BY 2.0

 

 

Une pétition appelant le gouvernement français à soutenir l'écrivain a été déployée cette semaine, et de nombreux auteurs, éditeurs et politiques, dont l'ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, ont signé l'appel. On parle de poursuites injustes contre un auteur, menacé dans sa liberté d'expression même. 

 

« Il y a une mobilisation pour Erri De Luca qui est effectivement un grand écrivain », mais « en tant que représentante du gouvernement, je ne signe pas de pétition de cette nature ». Et pour cause : le problème diplomatique poindrait rapidement le bout de son nez avec l'Italie. 

 

« Effectivement, un écrivain qui se mobilise et exprime une position par rapport à de grands travaux, par rapport à un projet d'infrastructure de cette nature... Penser qu'il peut risquer de la prison ferme, ça me paraît un petit peu excessif. » La France n'a pas été tendre non plus avec les zadistes, mais Fleur Pellerin échappera à la comparaison, au cours de l'entretien.

 

Liberté d'expression, certes, et politique également, mais la ministre constate les difficultés que l'on rencontre aujourd'hui avec un certain nombre de mobilisations contre certains grands projets. « Nous sommes toujours à la lisière du trouble à l'ordre public, mais en l'espèce, je crois qu'on ne peut pas soupçonner Erri De Luca d'avoir appelé à des actions terroristes. Ni des actions qui conduisaient à des manifestations violentes. »

 

« La France, avec le verbe saboter, a ajouté un nouveau mot au dictionnaire du monde, et une forme de lutte au répertoire des démocraties », a commenté l'écrivain sur son Facebook. « Le verbe saboter est noble ! Gandhi lui-même l'a utilisé », avait-il expliqué.