Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Confession : Comment j'ai édité un authentique pavé de Paris

Nicolas Gary - 05.04.2017

Edition - Les maisons - Pavé Paris histoire - Trocadéro Déclaration droits Homme - éditeur pavé Paris


Plus jamais on ne parlera de Beaux livres, ou de Livres-objets, après ça. Depuis bientôt 24 heures, la rédaction est l’heureuse détentrice d’un authentique morceau de l’histoire parisienne – le cachet en atteste. Et ce projet résulte de l’association entre un courtier en immobilier et un éditeur.

 

 

 

François Rivelois et David d’Equainville ont donc décidé de s’associer pour acheter directement à la Mairie de Paris les véritables pavés qui se trouvaient sur la place du Trocadéro, pour en faire des livres. Ou presque. L’idée est en réalité de constituer un coffret insolite, réunissant un des pavés avec le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme.

 

Chaque pavé certifié de l’édition limitée Pavé de Paris — Place du Trocadéro est marqué à la cire par un sceau dédié à cette édition, et placé dans une caisse en bois gravée, en plus de l’édition bilingue (français, anglais) du texte de la déclaration universelle des droits de l’Homme.

 

Avec la participation de l’imprimeur la Manufacture d’Histoires Deux-Ponts, cette édition présentée sous la forme d’un livre objet, signe le besoin de souligner de quelle histoire et avec quelle pierre sont bâtis les symboles de notre liberté. Rappelons-nous que, place du Trocadéro, les Nations Unies adoptèrent en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

 

Ce que les Parisiens mêmes ignorent, c’est que les pavés sur lesquels ils roulent, courent ou marchent connaissent un sérieux turn-over. « Ils sont enlevés par les services de la mairie, puis portés dans un centre de tri pour être nettoyés et revendus », nous explique David d’Equainville, l’éditeur du projet.

 

Toute la difficulté dans son entreprise fut d’arriver à remonter l’origine des pavés dont il a acheté un lot, pour garantir leur provenance. « L’idée d’un pavé de Paris patrimonial n’était pas séduisante en soi : en revanche, trouver ceux du Trocadéro, un lieu parisien avec une force symbolique, ça valait bien une histoire, ça valait bien un livre. »

 

Un geste d’édition qui s’inscrit « dans un État d’urgence dont on n’arrive plus à se souvenir depuis quand il est instauré ». Et comme tout ouvrage, il en existe donc un exemplaire, déposé à la BnF...

 

Produire le texte de la Déclaration avec un pavé de la place du Trocadéro, « c’est produire un objet éditorial avec un vrai message : le tourisme se mêle à l’histoire, tout en rappelant les éléments fondamentaux des nos libertés. Bien sûr, le projet est un peu dingue, mais il repose sur quelque chose de très sérieux : comprendre que les territoires sont des éléments où l’art de vivre ensemble se fabrique. Qu’à travers l’histoire, les idées se partagent des manières les plus inattendues : des textes, des mots... ou des morceaux urbains. »

 

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Quelques dates à propos des pavés de Paris

 

IXᵉ siècle – Sous le règne de Charlemagne, la nécessité de paver les routes apparaît comme un indispensable facteur de prospérité favorable au commerce.

 

1186 – Philippe-Auguste initie le pavage des artères principales de la capitale.

 

1388 – Charles VI ordonne que les pavés soient entretenus par les riverains.

 

1539 – François Ier précise par édit que « toutes personnes quelconques, de quelque état qu’ils soient, fassent paver en pente raisonnable et entretenir le pavé en bon état et les rues nets. »

 

1608 – Le Bureau des Finances ordonne à la suite de nombreux accidents, le remplacement des cailloux utilisés pour aménager les rues de Paris par des pavés de grès.

 

1832 – Insurrection républicaine au mois de juin décrite par Victor-Hugo dans Les Misérables : « De quoi était faite cette barricade ? (…) C’était la collaboration du pavé, du moellon, de la poutre, de la barre (…) » L’écrivain présente ici le cœur du roman, « la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l’homme, l’instruction pour l’enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l’égalité, la fraternité, le pain pour tous, l’idée pour tous, l’édénisation du monde, le progrès. »

 

1945 – Henri Rol-Tanguy, chef des FFI (forces françaises de l’intérieur) pour l’Ile-de-France, fait afficher dans la capitale le mot d’ordre de la libération : « tous aux barricades ».

 

1948 – Au palais de Chaillot, sous le parvis du Trocadéro, fut adopté par l’Assemblée générale des Nations unies, le 10 décembre, la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dont le premier article stipule : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. ».

 

1968 – « Sous les pavés, la plage », écrivaient les manifestants sur les murs parisiens lors des événements de mai 68.

 

2017 – Première édition de Pavé de Paris. Retrouver le site de l'éditeur.