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Confinement et librairie : “Avons-nous basculé vers un régime totalitaire ?”

Nicolas Gary - 12.11.2020

Edition - Librairies - Librairie Cannes fermeture - auteurs éditeurs pandémie - librairie vente internet


De passage sur l’antenne d’Europe 1, Alain Griset, le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargé des Petites et Moyennes Entreprises, n’a pas manqué le coche. Interrogé par Florence Kammermann, libraire à Cannes (Autour d’un livre), il a malhabilement botté en touche. La demande n’appelait pourtant aucune malice.


 

« Comment peut-on justifier la fermeture des librairies alors que l’on sait qu’aucun risque sanitaire n’y est pris ? Devais-je sacrifier ma librairie à ce titre ? » Simple, clair, immédiat. Mais Alain Griset n’a pas fait dans la dentelle : « Au même titre que les autres commerces qui sont fermés, il y a une décision qui a été prise qui est liée à la question sanitaire. »
 
Et de rappeler qu’une mesure pour aider les librairies à faire de la vente à distance avec une réduction des frais de port intervenait. Avec cette conclusion : « Je dis à la libraire, même si c’est difficile à entendre, que le fait de ne pas fermer ne peut pas être accepté et qu’elle risque une fermeture administrative et qu’effectivement, nous souhaitons voir respecter les décisions qui ont été prises pour aboutir au résultat et au bout du compte diminuer ce temps de confinement. Il faut que l’on fasse respecter le confinement. »
 

“Ordres incohérents, illogiques... injustifiés”


La libraire avait eu cette réponse en travers de la gorge, et promettait qu’elle n’en resterait pas là. Elle vient de mettre en ligne tout ce qu’elle avait sur le cœur et dans la tête, avec une terrible lucidité.

Car passées la frustration et la colère devant une réponse de politicien, sont venues la tristesse et l’inquiétude. « Rassurez-moi, sommes-nous toujours en démocratie ou avons-nous basculé vers un régime totalitaire ? » Qu’il faille, en cette période, une obéissance, cela s’entend. « Mais doit-on obéir, les yeux fermés, à des ordres incohérents, illogiques, injustes et surtout injustifiés ? »

L’interrogation est revenue ces derniers jours : une librairie pose-t-elle plus de risques en termes sanitaires qu’un supermarché ? Dans sa librairie, de 100 m2, 4 à 5 personnes sont autorisées « masquées, mains dument lavées, se tenant à distance les unes des autres. Franchement, trouvez-vous cela dangereux pour notre sécurité sanitaire » ? 

Si le moindre danger se présentait, « j’aurais sacrifié ma librairie, sans hésiter ». En revanche, fermer avec pour seule alternative la vente à emporter « n’aurait pas suffi à la faire survivre à cette crise. Je l’ai tenté lors du premier confinement, nous avons livré tout le bassin cannois ». Pour preuve, le CA de 20 % récolté, qui n’aura représenté qu’un quart du loyer — sans que les fournisseurs ne soient remboursés.
 

Quant aux aides ! nous n’avons quasiment rien perçu si ce n’est une fois une aide d’urgence de 1500 euros, le chômage partiel de nos employés et pas le nôtre puisque non-salariés. Une aide de la région promise fait état de 7000 euros que nous n’avons toujours pas perçue. Une bien maigre somme comparée à nos frais mensuels et vaste investissement, comparée aux sommes allouées aux plus grands de la profession dont nous ne faisons pas partie. Fin octobre, nous étions au point mort.
Si nous vous avions obéi, la librairie aurait fermé définitivement sa porte fin novembre. Je n’avais donc pas d’autre choix que de désobéir pour sauver ma librairie. Vous savez comme moi que nous avons constitué nos stocks de fin d’année et que les échéances sont lourdes. Les reporter, emprunter, me suggérerez-vous ? Ce serait reculer pour mieux sauter ! Des sommes dues sont dues et pour poursuivre notre activité, nous devons les régler. Tôt ou tard. Rien ne rattrape le temps perdu. Vous avez été chef d’entreprise, vous le savez. 



Et les frais de port, les libraires ne sont « pas dupes ce sont des miettes, un effet d’annonce pour répondre au boulevard que vous avez ouvert à Amazon ». D’ailleurs, de même que les librairies, « la population commence sérieusement à se demander si le gouvernement n’œuvre pas en faveur des plus grands » ? Cette idée pourrait, toutefois, être démentie par les chiffres : le géant du net a enregistré une baisse de son activité depuis le début du confinement.
 

Une industrie “fragilisée”


Alors oui, la notion de sacrifice n’a rien d’abusif. « Et si fermeture administrative il y a, sur vos ordres, fermeture définitive il y aura. Je vous convierai, vous, Monsieur le Ministre, qui devez défendre les intérêts des petits commerces, aux funérailles de mon entreprise. » Autour d’un livre ne se pose pas en exemple, la librairie n’exprime qu’un avis global, tant de commerçants que de particuliers. 

« Après avoir interdit la vente du livre, on observerait que vous faites clore des librairies… Quelle image cela donnerait-il de notre gouvernement ? » Des lecteurs punis, une activité culturelle en rade, des auteurs dont les ouvrages disparaissent. La conclusion s’impose : « Le pilon serait un autodafé que votre gouvernement aurait allumé ! » Et toute la chaine du livre est alors pénalisée, « fragilisée ».
 
Florence Kammermann poursuit : « Ce serait ouvrir la voie à l’obscurantisme en réduisant notre culture à néant et en ouvrant une faille dans laquelle s’engouffreraient les intégristes. Car nous libraires, auteurs, sommes gardiens de notre culture et de notre liberté d’expression. »

Bien entendu, le gouvernement fait face à une crise sans précédent, et personne n’envie la place que les dirigeants occupent. « Personnellement, je suis libre, indépendante et réponds à ma seule conscience. Vous ne me culpabiliserez pas en sous-entendant que ma librairie fait courir des risques à mes lecteurs », reprend-elle.

Et de conclure : « Pour quelle raison valable, concrète et JUSTE souhaitez-vous que je ferme mes portes ? Voilà une question cruciale à laquelle nous désirons tous que vous répondiez. »


Commentaires
Bravo il en va de la réelle survie de nos vies plus que le covid19 ça tue moulte et moulte
Je suis tout à fait d'accord avec cette libraire à croire que ce gouvernement favorise tous les géants du CAC 40 et veut faire des français des moutons de Panurge...quand vous vous apercevez que la plupart des gamins ne connaissent même pas les petites librairies proche de chez eux mais Amazon ils connaissent. Stop au développement de l'obscurentisme et au totalitarisme de ce gouvernement .Dans d autres pays européens les librairies restent ouvertes !
En tant que libraire je compatis..En tant que citoyenne je ne peux que déplorer cet individualisme forcené et incompétent....toucher.feuilleter en librairie est absolument impossible à contrôler...transmission virale assurée. ..on veut quoi ? Rester confinés jusqu'au vaccin ou bien ?
On veut nous priver de nos droits et de notre liberté. En tant que commerçante je suis à l’agonie et on attends l’aide qui n’est toujours pas là, car en dehors des frais il faut aussi manger et se loger !! A cette politique qui privilégie les plus riches qui seront encore plus riche!! Il nous manque plus que la puce sous la peau !! On se croirait dans un mauvais film de science-fiction. !!
Je compatis pleinement, autant pour vous que pour d'autres commerçants dans la même situation. Mais l'objectif du gouvernement est bien d'eviter l'affluence urbaine: d'un point de vue purement sanitaire, si vous vous permettez d'ouvrir, les autres librairies aussi, et pourquoi pas les cordonneries, les coiffeurs, les fleuristes, etc. Car chacun a mis en place des modalités respectueuses des gestes barriere dans leur boutique, tout comme vous. Mais si on prend un peu de hauteur, vous ne voyez donc pas à quoi on s'expose ? La foule et les flux dans les rues, les centres ville, les centres commerciaux ? Si vous vous êtes un peu baladé cet été et à la rentrée, vous aurez compris. Et si vous passez une fois dans les urgences d'hopital, vous comprendrez aussi. Courage.
@Mario2020 et Metropolitan



Le confinement est adopté dans une minorité de pays - dont, hélas, la France - qui ne sont pas capables de mener une politique efficace : c'est l'arme du pays européen pauvre, arriéré et incompétent, plombé par un surdéveloppement cancéreux de l’administration et des prélèvements obligatoires. Pas vraiment efficaces sur le plan médical, ces mesures s’avèrent en revanche assurément catastrophiques du point de vue économique.



Comme souvent, les médias grand public ne font pas leur travail : ainsi, il n'y a aucun suivi (par opposition à un article ou à un sujet, souvent bâclé, tous les 2 mois) sérieux de ce qui se passe dans les pays qui font (beaucoup) mieux que la France : Corée du Sud, Japon, Taïwan, Allemagne, ... et je ne cite pas les pays de profil (très) différent (Hong Kong, Singapour, Suède, ...) ni, par principe la Chine, régime mensonger dont on ne peut contrôler la véracité des informations... ce qui n'empêche pas les médias de les relayer aveuglément.



Le Gouvernement porte la responsabilité d'un manque de préparation à la crise au début de 2020 et, surtout, de l'absence de correction sérieuse des graves lacunes constatées des février-mars : non-coopération avec le secteur de santé privé, effectifs administratifs trop nombreux dans les hôpitaux, dysfonctionnement des ARS (Agences Régionales de Santé), décisions et communication stupides, contradictoires, voire délirantes sur les masques, alors que ceux-ci sont utilisés efficacement depuis des décennies par les Coréens et les Japonais pour se protéger et protéger leur entourage en cas de grippe ou autre maladie contagieuse par voie aérienne.



Au lieu de cela, continuant à ignorer ce qui se passe à l'étranger, les gouvernants français se lancent dans une fuite en avant, fermant les petits commerces et laissant ouvertes les grandes surfaces, restreignant gravement la liberté essentielle d'aller et venir mais laissant fonctionner les transports en commun dans lesquels la promiscuité reste grande, etc. Tout cela d'abord pour rassurer une population d'autant plus paniquée qu'elle est mal informée, voire désinformée, et qui subit avec résignation des propos moralisateurs sur son « inconduite » : il ne manque plus que la dénonciation de « l'esprit de jouissance » et on sera revenu aux discours de Pétain sous Vichy ! Et nous voilà régis par des fonctionnaires, ignorant les vraies réalités économiques et l'interdépendance étroite des différents secteurs d'activité, mais qui déterminent souverainement ce qui est essentiel et ce qui ne l'est pas... pendant que, livres à part, tous les rayons des grandes surfaces sont ouverts. Vous ne voulez quand même pas que je respecte ces gens-là et leur mauvaise politique ?!!!



Pour revenir aux librairies et autres commerces dans lesquels les clients sont amenés à toucher les produits (ce qui est, au passage, LA RÈGLE dans les grandes surfaces qu'il n'est pourtant pas question de fermer), pourquoi ne pas imposer l'usage des gants « chirurgicaux » (latex...), tout simplement ? Dans les petits commerces, il est facile de vérifier en permanence que ces précautions, comme toutes celles qui existent déjà, sont respectées… ce qui n’est pas faisable dans les grandes surfaces (qu'il n'est pourtant pas question de fermer). Et puis, pourquoi les librairies restent-elles ouvertes en Belgique, en Italie et en Suisse, entre autres pays, sans que cela pose problème ?



Plus que jamais, il faut faire sien le propos de Kant : « Ne rien accepter sans examen ».
Vous, moi, ce sont les livres qui vous manquent ! Même si quand je vois ma pile, je peux attendre un peu... Ma voisine de droite :c'est le coiffeur qui lui manque, celle de gauche c'est son fleuriste...

Régime autoritaire !! Dit le titre de votre article, vos mots me semblent quelque peu mal choisis!

Pour un amateur de lectures
Bravo à Liger dont j'approuve totalement l'intervention.

CHRISTIAN NAUWELAERS
@ Christian NAUWELAERS



Merci ! Cela fait plaisir de vous « revoir » !



À celles et ceux qui lisent l'allemand, je recommande la lecture de l'article « Autoritäres Absurdistan » paru dans l'excellentissime hebdomadaire « Die Zeit » le 12 novembre 2020 : sans exagération, leur constat est cruel et je m'y retrouve pleinement.



Ce Gouvernement incompétent qui « fait quelque chose » d'abord pour rassurer les pétochards mais sans se soucier sérieusement de l'efficacité ni de la nocivité de ces « mesures » me fait penser :



- aux médecins de Molière proclamant fièrement leur meurtrier savoir à la fin du Malade imaginaire : il suffit de remplacer « Primo saignare, deinde purgare, postea clysterium donare » par « Primo incarcerare, deinde castigare, postea taxare »



- aux Shadocks : « Et ils pompaient, pompaient, ... »



Il y aurait de quoi rire si les agissements de ces dirigeants n'étaient pas aussi calamiteux avec des conséquences catastrophiques pour notre économie car des pays concurrents qui font mieux nous rattraperont ou nous dépasseront et nous évinceront de certains marchés). Sans parler de :

- l'avenir incertain des futurs chômeurs (car l'emploi existe d'abord dans les PME qui sont massacrées par cette politique imbécile)

- de la démoralisation de maintes personnes recluses à domicile

- et de la progression du cynisme : par exemple, le système des 3, 4, 5… (ou le diable sait combien) autorisations amène beaucoup de personnes à contourner cette obligation : ce système de demande de permission pour élèves d'école élémentaire qui fait hurler de rire nos voisins est une école d'incivisme, tout comme les âneries proférées pendant des semaines sur les masques.
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