Confinement : l'édition soutient la librairie, à bonne distance sanitaire

Antoine Oury - 13.11.2020

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Dès l'hypothèse d'un deuxième confinement posée, accompagnée par la fermeture des commerces, le Syndicat national de l'édition s'est manifesté aux côtés du Syndicat de la librairie française pour réclamer une dérogation pour les libraires. Mais la mobilisation conjointe des deux syndicats patronaux n'aura pas suffi, et voilà les librairies fermées au public pour deux semaines supplémentaires, au moins.

Paris : des librairies au marché


Une mobilisation sans précédent : depuis le début de ce deuxième confinement, il y a deux semaines, le monde du livre paraît unanime. Il faut rouvrir les librairies – qui ne sont d'ailleurs pas véritablement fermées –, indiquent plusieurs communiqués et tribunes, publiés tour à tour par le Syndicat national de l'édition (SNE), le Syndicat des Loisirs Culturels (SDLC) ou encore le Syndicat de la Librairie française (SLF).

Une réouverture au public urgente, plaident les signataires, qui alertent sur une situation économique difficile : « Non, les divers expédients imaginés dans l’urgence ne compenseront pas ce qui s’annonce comme une catastrophe économique et culturelle », indique ainsi une tribune publiée le 9 novembre dernier.

En effet, les librairies et le monde du livre en général comptent beaucoup sur la période des fêtes de fin d'année, propice aux cadeaux, dont les livres, qui restent un choix très populaire en la matière. Le click & collect, ou clique et rapplique, ne couvrirait de son côté qu'un tiers, en moyenne, du chiffre d'affaires habituel – les données divergent parfois, atteignant 40 à 50 %. Elles varient selon les librairies, bien sûr, leur clientèle et leur emplacement : à Paris, il peut atteindre 70 % du CA habituel, mais s'arrête généralement autour du tiers du montant normal.

Ouvrir au public serait donc un moyen de rattraper l'activité normale observée pendant cette période. Toutefois, les conditions de cette réouverture font encore l'objet de discussions : les libraires ne pourraient accueillir d'un client pour 4 m2, voire 8 m2, et feuilleter les livres dans la boutique aurait des chances d'être tout simplement interdit, selon les déclarations récentes de Roselyne Bachelot-Narquin, la ministre de la Culture.
 

Réouverture sous conditions


Les demandes de réouverture au public, largement diffusées par les médias, avaient un point commun : elles émanaient souvent d'auteurs, de syndicats professionnels ou patronaux, de dirigeants de chaînes de librairies et, parfois, de libraires indépendants. Cependant, difficile de ne pas remarquer une certaine sous-représentation des libraires salariés, ou même de libraires ne souhaitant pas rouvrir leur commerce au public pour le moment, en pleine crise sanitaire.

« Ce qui est intéressant dans cette période, c'est que les situations de crise ont le mérite de clarifier les discours, de révéler les intentions », remarque Rémy Frey, libraire et délégué syndicat CGT chez Gibert Joseph. À l'heure des négociations pour les conditions de la réouverture, il ne peut que déplorer la faible présence des syndicats de salariés dans la profession.

Le 9 novembre dernier, le Syndicat des Distributeurs de Loisirs Culturels (SDLC) signait une autre tribune pour appeler à la réouverture, accompagnée de 4 mesures pour garantir la sécurité de tous. Parmi ces mesures, « Proposer des horaires élargis pour donner le choix de venir tôt le matin ou plus tard le soir », a intrigué.

« Sur novembre, nous observons déjà un trafic supérieur à la normale. Si les librairies rouvrent début décembre, cela fera beaucoup de monde », nous explique Jean-Luc Treutenaere, directeur des Relations Extérieures de Cultura et président du SDLC. « Toutes les enseignes tendent à étendre leurs horaires à l'approche de Noël : si on ne fait pas quelque chose au niveau des horaires, il sera difficile de gérer les conditions sanitaires. » Selon lui, la mesure serait assez simple à mettre en œuvre dans une librairie indépendante, et nécessiterait bien sûr « du travail avec les partenaires sociaux, les négociations habituelles avec les personnels » pour les structures plus importantes.

« La tribune semble plutôt tendre à la déréglementation horaire, au prétexte de préserver l'économie », analyse de son côté Rémy Frey. « Il y a souvent des extensions d'horaires, ainsi que des demandes de dérogation du SLF en fin d'année, pour pouvoir ouvrir les dimanches avant Noël. Ces ouvertures supposent toutefois pour les salariés une majoration de 50 % et une journée de récupération. Ici, on souhaite peut-être une ouverture sans majoration, ou avec une majoration négociée avec les partenaires sociaux, et non réglementaire. »

Pour le secteur de la librairie, en tout cas, les 4 mesures proposées dans cette tribune n'ont « rien de révolutionnaire, c'est même l'habitude en période de fin d'année ». Pour Jean-Luc Treutenaere, la prochaine échéance, très attendue, reste le mois de décembre : « Si on loupe ce mois, ce serait catastrophique pour l'ensemble de la filière », plaide-t-il, « pour tous ceux qui font un maximum de leur chiffre d'affaires sur la période ».
 

En bloc contre Amazon ?


Après un premier confinement difficile au printemps, suivi toutefois par une période d'accalmie, les librairies entament cette deuxième période de fermeture au public dans l'ombre d'Amazon, particulièrement actif dans le domaine de la vente de livres malgré un fléchissement remarqué récemment. 

Ce 12 novembre, des acteurs du monde du livre, éditeurs et auteurs embarquaient sur une péniche, à Paris, pour une « croisière poétique » destinée à mettre en lumière le nécessité de rouvrir les librairies. L'événement aura finalement été avorté par la police fluviale, pour vérifier les attestations de déplacement des participants. Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition, interrogé par l'AFP à cette occasion, a commenté : « C’est deux fois pire [que le confinement du printemps, NdR] quand on réfléchit au fait que c’est l’époque où l’on vend le plus de livres, et où les éditeurs ont investi intensément, les auteurs aussi, les libraires. »
 
Toujours très présent aux côtés du Syndicat de la Librairie française et des libraires, pour plaider leur réouverture, le SNE reste plus discret sur la place qu'occupe Amazon dans la vente de livres, en France. Dans ses différents communiqués, il n'évoque jamais ouvertement le profit que pourrait tirer la firme américaine de la fermeture au public des librairies (seul un message de France Creative, plateforme des acteurs des industries culturelles et créatives à dont le SNE est membre, le mentionne).

Courageux, pas téméraire, le Syndicat national de l'édition n'a pas souhaité répondre à nos questions sur les mesures concrètes de soutien à la librairie qu'il pourrait suggérer à ses membres. Depuis quelques jours, plusieurs dizaines de maisons d'édition indépendantes ont pourtant entamé un large mouvement de boycott de la plateforme américaine, en retirant leurs livres de cette dernière. De plus gros acteurs de l'édition sont attendus, mais se passer d'Amazon semble aussi difficile que se passer des librairies.

Un engagement qui dépasserait pourtant la simple signature de tribunes, et les croisières sur les flots les plus agités...


Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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