Conflit ouvert entre éditeurs japonais et Amazon : le top100 payant ?

Clément Solym - 29.08.2014

Edition - Economie - Japon Amazon - livres Top 100 - classement payer


Nouvelle crise, opposant des éditeurs à Amazon : le conflit qui avait débuté aux États-Unis, avait étendu ses ramifications à l'Allemagne, et continue de s'internationaliser, avec le Japon. Alors que la société de Jeff Bezos s'est imposée comme le plus important détaillant en ligne, pour les ouvrages papier, numériques et les médias, les éditeurs crient au scandale. 

 

Danbo mini

Ryoku KASINN, CC BY NC ND 2.0

 

 

La situation semble légèrement différente de ce que l'on a pu découvrir avec Hachette Book Group et l'éditeur Bonnier : ici, c'est le classement des ventes qui est mis en cause. Mais le fond ne change pas vraiment. Le nouveau système de Top100 d'Amazon semble favoriser les éditeurs qui payent une taxe à la société. Autrement dit, selon que l'on mette la main à la poche ou non, son ouvrage pourra être plus ou moins bien classé.

 

Une logique qui va à contre-sens du service de qualité centré sur le consommateur, que revendique la firme américaine. En trafiquant son propre classement des ventes, Amazon se positionne comme un acteur capable de flouer ses propres clients, contre monnaie sonnante et trébuchante.

 

mise à jour 1 : selon d'autres sources, le conflit tourne bien autour d'un modèle de rétribution de la part des éditeurs pour Amazon, mais cette fois, pour disposer d'une publicité pour leurs ouvrages. La société s'engage à fortement promouvoir « les livres des éditeurs qui ont accepté les termes d'un contrat plus favorable, ce qui affecte directement la manière dont un livre se vend », explique l'Associated Press.

 

Pour l'instant, les informations du magazine Asahi, selon lesquelles le Top100 serait alors manipulé ne sont pas confirmées. Cela dit, s'il ne s'agit pas d'acheter directement un meilleur positionnement, dans le classement, payer pour une promotion qui fait augmenter les ventes, découle d'une logique assez similaire. Les ouvrages pour lesquels un investissement financier aura eu lieu auront en effet plus de chance de se vendre, et se retrouveront plus facilement dans le Top des ventes.

 

De nombreux éditeurs, y compris dans les grands groupes éditoriaux, ont protesté contre cette nouvelle politique, estimant qu'il y a là un véritable chantage exercé. Amazon est accusé d'exploiter sa position dominante dans l'industrie du livre, et de pratiquer des méthodes commerciales peu scrupuleuses.

 

« Les autorités antitrust commencent à se demander si Amazon Japon profite de sa situation monopolistique sur le marché », explique Bungeishunju Ltd, qui avait donné l'alerte en juin dernier. Les négociations sont en cours avec les éditeurs japonais, mais les responsables d'AMZ se refusent à tout commentaire. « Il est difficile de commenter parce que la question porte sur des contrats individuels », assure un porte-parole.

 

Des remises abusives

 

Déjà en juillet, certains éditeurs avaient décidé de suspendre les ventes de leurs livres sur le site en ligne, alors qu'Amazon Japon exigeait de leur part de meilleures réductions – une opération destinée à favoriser les étudiants japonais. « Une guerre des prix féroce pourrait contraindre les petits magasins et les éditeurs de livres à quitter le commerce. Suspendre les ventes sur Amazon était une décision difficile, mais nous avons estimé que nous n'avions pas d'autre choix que de montrer ainsi notre détermination », expliquait Jiro Takasu, président de Ryokufu Shuppan, début mai.

 

À cette époque, le représentant de Nihon Shuppansha Kyogikai, comité d'éditeurs réunissant 95 entreprises avait protesté contre cette campagne estudiantine, démarrée en août 2012. Cinq éditeurs, en mai 2014, avaient choisi de ne plus livrer leurs ouvrages – 2700 titres en tout – et trois d'entre eux maintiennent aujourd'hui encore l'embargo. 

 

« De nombreux éditeurs sont en discussions avec Amazon pour renouveler leur contrat de deux ans, mais cette fois ils sont confrontés à de lourdes exigences de la part du groupe qui a rapidement grossi ici », commente aujourd'hui un éditeur japonais, sollicité par l'AFP. « Les plus petits se voient demander d'accepter une augmentation des honoraires, ou alors leur contrat est tout simplement résilié. »

 

Le risque pour les petites structures est évident : ne pas pouvoir payer la gabelle du Top100 entraînera une disparition dans les abîmes des classements – avec l'impossibilité de ressortir devant les yeux des lecteurs. 

 

Le péril du classement payant

 

En décembre 2013, 13 acteurs montés en consortium, réunissant des acteurs numériques, Rakuten ou Sony, des libraires et des éditeurs, tentaient de mettre en péril l'entreprise américaine, avec pour objectif de mieux occuper l'espace internet. Leur projet est tout à la fois d'occuper l'espace internet, mais également d'enrayer dans la mesure du possible, les baisses de fréquentation dans les librairies physiques. Amazon est arrivé à l'automne dernier sur le territoire, et s'est déjà déployé au point d'occuper la plus grande partie du marché de l'ebook japonais. 

 

Pour ce faire, l'idée d'une connexion entre les magasins et le monde dématérialisé passerait par un principe de cartes-cadeaux, assez classiques, que la société Livrada fabriquerait. Le tout serait muni d'un code de téléchargement, qui permettrait de récupérer le livre numérique ultérieurement. Aucune information supplémentaire n'est encore donnée sur les modalités de mise en place de cette expérience pilote, pas plus que le nombre de librairies qui y prendraient part. 

 

mise à jour 2 : Rappelons qu'un service de modification du Top100 des ventes, en France, pour les livres numériques, avait été mis en place, MyKindex. « C'est un outil destiné à aider les auteurs à obtenir plus de visibilité sur Amazon », nous expliquait le fondateur, qui demandait aux auteurs/éditeurs de payer une somme de 149 € HT. Grâce à cette cagnotte, des internautes étaient invités à acheter le livre promu, et donc le faire monter dans le Top. 

 

Évidemment, Amazon n'empochait pas directement d'argent, avec cette pratique, mais l'offre était apparue en avril 2013, il Amazon n'y avait mis un terme que deux semaines après la publication de notre article, en juillet 2013. Certes, nous avions tardé, mais durant toute cette période, le Top avait été passablement modifié, par l'achat de meilleurs placements.