Confondue avec Daesh, une librairie baptisée ISIS est vandalisée

Cécile Mazin - 19.11.2015

Edition - Librairies - librairie vandalisme - Daesh ISIS - attentats terrorisme


La colère s’est propagée bien au-delà de Paris, avec des conséquences tragiques, et des dommages collatéraux sinistres dans le cas de cette librairie américaine. Le groupe Daesh, aussi appelé État islamique, est dénommé ISIS aux États-Unis. Or, à Denver, une librairie a fait les frais du nom qu’elle a pu choisir : Isis Books & Gifts. 

 

Librairie ISIS, à Denver

 

 

Une méprise tragique est survenue : durant le week-end, juste après les attaques du 13 novembre, la librairie ISIS a été vandalisée. Karen Charboneau-Harrison, propriétaire de l’établissement, est navrée : elle avait baptisée son établissement du nom de la déesse égyptienne, qui représente les femmes, le mariage, la guérison et la magie. Un nom censé refléter toutes les vertus des livres – et son catalogue particulièrement large couvre des textes chrétiens, hindous, amérindiens, païens.

 

Mais pour l’imbécile qui a jeté une brique sur la vitrine, Isis la déesse est devenue ISIS, pour Islamic State of Iraq and Syria. « Nous sommes tous désolés des attentats de Paris, et je ne sais pas si quelqu’un marchant dans la rue a vu notre nom sur l’affiche et a perdu l’esprit pendant un moment, au point d’y jeter une pierre », explique-t-elle. Ou bien si ce vandale a pensé une seconde qu’il s’agissait d’une librairie destiné aux intégristes. (via KDVR)

 

C’est la quatrième fois que l’entreprise subit des actes de vandalisme, en seulement quelques mois. La propriétaire est lasse de ces dégradations, d’autant plus, souligne-t-elle, qu’elles sont coûteuses, à force. 

 

Pourtant, elle refuse de changer de nom, ce qui serait certainement la plus simple méthode pour que cela s’arrête. Au contraire, elle aimerait que les autorités, comme le président Obama, cesse d’employer l’acronyme ISIS pour lui préférer ISIL, Islamic State of Iraq and the Levant, ou encore le terme Daesh, l’acronyme de ad-Dawla al-Islāmiyya fi al-ʿIrāq wa-š-Šhām.  

 

Dans un post, elle a tenté de s’expliquer : « Ne leur accordez pas de légitimité ni leurs aspirations en les appelant État. »

 

Dear friends, this happened to us over the weekend. We humbly request that you send protective energy to us, as this is...

Posté par Isis Books & Gifts sur mardi 17 novembre 2015

 

En 2014, Laurent Fabius avait déjà évoqué ce problème, devant l’Assemblée nationale : « Le groupe terroriste dont il s'agit n'est pas un État, il voudrait l'être, mais il ne l'est pas », expliquait le ministre des Affaires étrangères. « Je vous demande de ne plus utiliser le terme d'État islamique, car cela occasionne une confusion entre islam, islamistes et musulmans. Il s'agit de ce que les Arabes appellent Daesh et que j'appellerai pour ma part les égorgeurs de Daesh. »

 

 

 

Les partisans de Daesh sont en revanche intraitables, et menacent sur les territoires où ils sévissent, des représailles funestes contre ceux qui emploieraient ce terme, vu comme péjoratif. 

 

En introduction de son roman, Le nom de la rose, Umberto Eco rappelait « nomen est omen », le nom est présage. Alors que Daesh vient de battre sa propre monnaie, le dinar or, le groupe a décidé de consolider son aspiration à être considéré comme un véritable État. Depuis une année déjà, les terroristes avaient affirmé qu’ils finiraient par frapper leur propre monnaie. (via Les Echos)

 

Dans la guerre déclarée par le Président de la République, les mots auront un sens. Si la France a décidé d’employer Daesh depuis un an maintenant, l’administration Obama est également attendue sur ce sujet. Et si Daesh a quelque chose de péjoratif, après tout, ce n’est qu’une réponse de plus à opposer. 

 

Déjà en 2014, Barack Obama, cité par l’AFP, avait souligné : « Ce groupe se fait appeler “État islamique” mais il faut que deux choses soient claires : il n’est pas islamique. Aucune religion ne cautionne le meurtre d’innocents et la majorité des victimes de l’Isil sont des musulmans. Isil n’est certainement pas un État. Il était auparavant la branche d’Al-Qaïda en Irak. »