Conseil d'administration ou petit meurtre entre amis - Zalbac Brothers

Cécile Mazin - 08.07.2013

Edition - Les maisons - Zalbac Brothers - Karel de la Renaudière - Thriller


Toute la semaine les éditions Albin Michel, en partenariat avec ActuaLitté vous a proposé de découvrir le premier roman de Karel de la Renaudière, Zalbac Brothers. Toutes les bonnes choses ont une fin, et voici que s'achève cette publication d'extraits d'un polar en jonction avec le thriller. 

 

 

Neuf heures moins deux minutes. Dans les étages inférieurs de Zalbac, le stress est palpable. Les employés restent terrés dans leur bureau. Ils le savent, la banque est à un tournant. Elle peut vaciller. Au skyfloor, dans l'immense salle de réunion, les cafés et viennoiseries sont prêts. Les bouteilles d'eau ont été déposées devant chaque fauteuil, les micros vérifiés et le niveau d'opacité de la baie vitrée qui parcourt tout le mur extérieur a été réglé pour adoucir le soleil du matin.

 

Neuf heures précises, Charles DeJarnette entre le premier et prend place au bout de la table immense. À sa gauche, sa secrétaire personnelle organise devant elle quelques documents, et à sa droite, s'installe un homme en costume gris cintré, cheveux gominés, plaqués en arrière. La secrétaire appuie sur un bouton discret et, inséré dans la table, un écran d'ordinateur se déplie lentement. Elle est prête à tout prendre en sténo, en plus de l'enregistrement audio obligatoire de la réunion.

 

Comme de vieux sages, les managing partners entrent en file indienne. Sam Welsh, Elias Bernstein, Joseph Wytcliff, Marcus Hannah, George Morensky et enfin le plus jeune, Paul Donovan, qui ferme la marche. Son regard passe sur chacun des visages, tentant une dernière fois de prendre la température et de vérifier leur soutien. Il s'arrête un instant sur l'homme en costume cintré, le seul qu'il ne connaît pas.

 

Celui-ci s'entretient avec la secrétaire personnelle du président par intérim et Paul n'a pas le temps de se poser plus de questions. DeJarnette lance la réunion.

– Bonjour messieurs.

Chacun lui renvoie la politesse. Marcus se sert un café et Morensky engouffre un croissant en deux bouchées.

– Aujourd'hui, nous allons procéder à la nomination du nouveau président de Zalbac Brothers, suite à la disparition tragique de Bruce Zalbac.

Au même moment, c'est Donovan que Chuck fixe plus particulièrement.

– Toutefois, comme les grandes idées, Zalbac Brothers dépasse les hommes qui l'ont créée. Et aujourd'hui, s'ouvre une nouvelle page de notre banque, qui, pour la première fois depuis sa création, sera dirigée par un homme qui ne portera pas son nom.

Donovan s'installe dans son fauteuil un peu plus confortablement. Il boit d'un coup son café. DeJarnette poursuit.

– Chacun peut évidemment proposer sa candidature, notre règlement est clair sur ce point. Malheureusement, l'un de nous va devoir se retirer de la course.

Surpris, Donovan lève un sourcil intrigué.
– De quoi parlez-vous, Charles ?
– De qui, plutôt. Nous venons malheureusement d'apprendreque la société Hermitage a décidé d'engager une action pénale contre Zalbac Brothers.

 

En un instant, une chape de plomb s'abat sur le conseil d'administration. Les dirigeants de l'institution se scrutent, cherchant à comprendre. Donovan s'emporte.

– Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Je suis en relation quotidienne avec eux, j'aurais été prévenu !

– Vous êtes surtout le premier visé, Paul. Incitation et organisation d'un réseau de contrefaçons de produits de luxe. Hermitage Group vous accuse d'avoir inondé à grande échelle le marché avec des faux.

Donovan se lève et ses yeux trahissent une haine palpable. Il se tourne vers chacun des associés, têtes baissées.

– C'est une machination !

Accusateur, il pointe maintenant du doigt le président par intérim.

– Vous avez monté tout ça dans mon dos, Chuck ! Uniquement pour m'écarter. Je ne vous laisserai pas faire !

L'ordre du jour vient de changer. Il n'est plus temps de se demander qui va diriger la maison, mais si celle-ci a les reins suffisamment solides pour supporter cette accusation. Marcus Hannah, l'un des plus anciens, tente de dépasser les intérêts personnels de chacun.

– Et comment pourrait-on sortir de cette impasse ?

 

DeJarnette prend une inspiration. Tous sont pendus à ses lèvres, sauf Paul, qui détourne le regard, la bouche pincée.

– Si la plainte est effectivement déposée et que notre banque est mise en cause, nous pourrions être gravement sanctionnés. En principe, cent fois le montant de la contrefaçon, soit, à vue de nez, plus d'une centaine de milliards de dollars. Une somme absurde, que nous contesterons évidemment. Mais nous serons salis... et risquons même de perdre notre licence bancaire. Ça, c'est inadmissible ! Aujourd'hui, notre choix est donc simple : la prison ou la faillite.

 

Un murmure s'élève. La même question est sur toutes les lèvres.

– Est-ce qu'il y a un moyen de s'en tirer ? Sans doute, rétorque Charles. On pourrait entamer des négociations.

– Et on négocierait quoi ? s'enflamme Morensky. DeJarnette annonce, comme une sentence :
– Donovan.
La pression fait littéralement exploser ce dernier. Dans son

esprit, s'affichent des images de Chuck traversant la baie vitrée et s'écrasant cent mètres plus bas. Il hurle.

– Voilà ! Voilà, où tu voulais en venir, vieux salopard !

– Reprends-toi, Paul. C'est juste du business. Si on t'écarte de la course, on rassure Hermitage Group et on peut éventuellement sauver la banque. Ça vaut la peine d'essayer, non ?

– Avec toi à la tête de Zalbac, n'est-ce pas Charles ? 

– Tu n'y es pas du tout.
DeJarnette se tourne alors vers sa droite.
– Maître, si vous voulez bien.

L'homme aux cheveux plaqués en arrière toussote, se lève et, calmement, prend la parole.

– Bonjour à tous. Je représente les intérêts de Bruce Zalbac dans la transmission de ses actions. Initialement léguées à Susan Klapper, elles sont, depuis hier à dix-sept heures trente et avec l'accord de cette dernière, devenues la propriété [...]