Consternation : Les supermarchés Aldi censurent Roald Dahl

Julien Helmlinger - 29.08.2014

Edition - International - Roald Dahl - Censure - Langue


Le recueil de contes parodiques Revolting Rhymes, par Roald Dahl, s'est vu bannir des rayons australiens de la chaîne de supermarchés Aldi en raison d'une plainte de sa clientèle concernant l'usage du mot « slut ». Un qualificatif que l'auteur fait prononcer à son prince charmant de fiction qui tombe nez à nez avec une Cendrillon en haillons, au moment de chercher la mystérieuse propriétaire de la chaussure de verre perdue au bal du palais.

 

 

 

 

Revolting Rhymes, publié en 1982, est un recueil de poèmes qui détourne six contes de fées bien connus en leur donnant un sens comique plus moderne. Voilà que, ce mercredi, paraissait une nouvelle édition du titre en tant que livre d'images. Le jour même, la page Facebook de la chaîne de supermarchés a fait l'objet de plaintes pour le mot qui ne serait « pas acceptable pour la jeunesse ».

 

Dans l'environnement de la grande distribution, les chiffres passent probablement avant les lettres, et l'on aura immédiatement réagi à la plainte en supprimant l'ouvrage des rayons. Un porte-parole d'Aldi assurant toutefois que les autres livres de l'incontournable romancier britannique resteraient disponibles.

 

Consternation chez les spécialistes de la langue de Shakespeare. Car si le mot « slut » est régulièrement utilisé aujourd'hui comme un équivalent de notre « salope » il serait dommage d'oublier qu'à l'origine celui-ci désignait plutôt notre « souillon », personne vivant dans un environnement malpropre.

 

L'éditrice de dictionnaires Susan Butler invite donc les décisionnaires en la matière de censure à mieux évaluer ces plaintes. Car si en matière de censure l'on cède à « une réaction instinctive, plutôt qu'une réaction intellectuelle, alors vous avez perdu le contrôle ».

 

En effet, quelques heures après l'officialisation de la décision de censure, d'autres internautes se sont insurgés, cette fois les défenseurs de la littérature. Les amoureux de Roald Dahl se déclarent parfois « consternés », trouvent « pathétique de céder à une telle plainte », fustigeant encore « la brigade des puritains ».

 

Les plus ironiques se seront contentés de demander à la chaîne si elle comptait arrêter de commercialiser les dictionnaires. C'est qu'on y trouve presque tous les gros mots...