Construire le lecteur-citoyen, ou les politiques publiques du livre

La rédaction - 01.04.2017

Edition - International - Tunis France Chili - regards croisés édition - salon livre Tunis


Plus de 15 éditeurs de 6 pays du monde arabe, du Chili et de France, se sont réunis le jeudi 30 mars 2017, à la Foire du livre de Tunis (Tunisie) dans le cadre d’une journée dédiée aux politiques publiques du livre. Politiques publiques du livre dans le monde arabe, tel était le thème proposé par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, qui organisait cette rencontre.

 

 

 

Des panoramas des politiques publiques du livre en Algérie, au Liban, au Maroc et en Tunisie ont été dressés par les professionnels du livre arabophones. Ils ont été enrichis par un dialogue avec des éditeurs chilien et français, apportant un regard croisé – source d’inspiration et d’échanges.

Au cours de ces échanges très riches, permettant de confronter les points de vue entre éditeurs, libraires et représentants d’associations professionnelles, des thématiques sont apparues récurrentes et similaires entre les différents pays. Les participants ont ainsi souhaité inviter les pouvoirs publics de leur pays respectif à agir sur les points suivants :

  • Achats publics de livres : il est nécessaire de favoriser une présence majoritaire de livres publiés par des éditeurs locaux dans les acquisitions publiques de livre. Dans cette optique, il apparaît nécessaire de définir clairement ce qu’est un livre « national » (c’est-à-dire des livres produits par des entreprises aux capitaux majoritairement locaux) à l’exemple de la définition utilisée par les politiques publiques au Québec, au Chili, en Côte d’Ivoire.
  • Dispositifs de soutien à l’édition (aides financières à la traduction ou à l’édition, soutien à la présence des éditeurs sur des foires du livre, etc.) : de tels dispositifs d’aide existent dans certains pays ; pour être efficaces, ils doivent être transparents, et répondre à des critères objectifs d’attribution.
  • Circulation du livre dans le monde arabe : la circulation des livres entre les différents pays du monde arabe est quasi-inexistante (y compris entre pays frontaliers, par exemple entre les pays du Maghreb). Pour pallier les problèmes structurels (complications douanières, cherté du transport…), les processus de cessions de droits et/ou de coéditions entre éditeurs de différents pays représentent une solution. Afin de renforcer ces collaborations entre éditeurs du monde arabe, il est essentiel de mettre en place des fonds de soutien à ces partenariats éditoriaux transfrontaliers, permettant une meilleure circulation des ouvrages et des idées.

 

 

Plus généralement, et afin que ces politiques s’inscrivent dans la durée et participent du développement culturel mais aussi démocratique d’un pays, les participants ont insisté sur la nécessité d’inscrire ces dispositifs, et d’autres non présentés ici, dans une politique générale et systémique englobant les différents acteurs de la chaîne du livre (libraires, bibliothécaires, auteurs, traducteurs, illustrateurs…) et plaçant le citoyen-lecteur au cœur de cette politique.

 

Enjeux pour l'édition d'Amérique latine avec l'essor du numérique 

 

Pour ce faire, les professionnels du livre doivent être force de propositions dans la construction et la mise en œuvre de politiques du livre, en dialogue avec les pouvoirs publics, afin de consolider et favoriser l’existence d’un écosystème du livre et de la lecture.

 

 

 

Au-delà de cette nécessaire action des pouvoirs publics, les participants rappellent leurs responsabilités dans la construction du citoyen-lecteur, notamment en multipliant les espaces de rencontre et d’échanges avec le lecteur et particulièrement les nouvelles générations.

Enfin, les professionnels réunis ont appelé à davantage de dialogues et croisements d’expériences et de pratiques au sein du monde arabe, mais aussi entre différentes régions du monde (Amérique latine, monde arabe, Europe…).

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La politique du livre mise en place récemment au Chili, suite à une collaboration fructueuse entre les professionnels du livre et le gouvernement chilien, a par exemple interpellé et inspiré les éditeurs présents – montrant que le croisement de pratiques et d’expériences entre professionnels du Sud sont une source d’inspiration.

Pour favoriser ces croisements, l’Alliance internationale des éditeurs indépendants mène actuellement un travail de cartographies des politiques publiques du livre en Amérique latine, dans le monde arabe et en Afrique subsaharienne. Il s’agit de récolter des données, de les analyser et les comparer afin que les professionnels du livre aient, dans chaque pays concerné, des outils de dialogue avec les pouvoirs publics – permettant la mise en œuvre de politiques publiques du livre garantes de la bibliodiversité.

 

 

Cette journée a été organisée par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants grâce au soutien de la Fondation de France, et à un partenariat avec la Foire du livre de Tunis, l’Union des éditeurs arabes, les Instituts français de Tunisie et du Liban.

 

 publication en partenariat avec

l’Alliance internationale des éditeurs indépendants