Contrat d'agence : 'L'industrie du livre se nourrit de la diversité'

Clément Solym - 07.04.2012

Edition - International - libraires - contrat d'agence - Apple


Le ministère de la Justice américain serait finalement parvenu à réunir trois des cinq éditeurs internationaux concernés dans l'entente avec Apple. Cet accord aurait permis une hausse des prix dans la vente des livres numériques, ainsi que l'instauration d'un contrat d'agence, par lequel les éditeurs fixent un prix de vente, unique, pour l'ensemble des revendeurs.

 

Au grand dam d'Amazon, qui y perdit son monopole. Pourtant, l'enquête en cours et le début de pourparlers entre la justice et certaines des parties concernées, pourraient dénouer le conflit dans les semaines à venir. Impliquant que les États-Unis retournent à une situation de libre commerce, identique au marché du livre imprimé, où les éditeurs n'auront plus du tout la main. Contrairement à Amazon.. 

 

Le président de l'Assoication des libraires américains, Oren Teicher, vient néanmoins, à la suite de la Guild des Auteurs, d'apporter son soutien au contrat d'agence. Suite à une rencontre avec les représentants du ministère de la Justice, ce dernier a plaidé en faveur de son maintien, à l'occasion d'une réunion qui s'est déroulée en mars. « Nous avons fait très clairement comprendre au DoJ que nous avions foi en ce modèle d'agence, qu'il a corrigé une distorsion dans le marché, favorisée par les grands revendeurs en ligne, qui ont cherché à éliminer la concurrence, tant sur le plan de l'édition qu'en ce qui concerne la distribution. »

 

On s'assoit tous et on discute ?

 

 

De fait, ce n'est pas la légalité du procédé qui est mis en cause, mais plutôt la manière dont il a été instauré. Raison pour laquelle on parle d'une entente entre Apple et les grands éditeurs. De fait, les avocats des plaignants avaient justement fait valoir qu'au lancement du Nook, les éditeurs n'avaient pas été sollicités pour l'instauration d'un contrat d'agence. (voir notre actualitté) Ce n'est que la super puissance Apple, bientôt valorisée en bourse à mille milliards de dollars, qui aurait permis cette contractualisation. 

 

Ainsi, l'ABA a défendu devant le DoJ qu'il ne fallait pas mettre un terme à ce contrat d'agence, « qui a favorisé un marché plus concurrentiel ». Et s'il est avéré que sa mise en place entre les acteurs relève de l'infraction, alors très bien, mais surtout qu'on ne revienne pas sur ce modèle. Car non seulement le marché du livre numérique est devenu plus concurrentiel, mais surtout, il a engendré une meilleure compétitivité. Du côté des revendeurs, tout d'abord, puisque tout le monde peut trouver sa place ; du côté des éditeurs, qui organisent des campagnes de promotion régulière.

 

Or, avant ce contrat d'agence, seul un acteur détenait le marché, pratiquant des tarifs qui empêchaient toute concurrence, le tout avec un écosystème propriétaire et des pratiques déloyales. Un retour à cet état de fait ne se ferait qu'au détriment de l'ensemble de la chaîne du livre, redonnant le pouvoir d'un monopole nuisible et néfaste, donc. « L'édition se nourrit de la diversité », souligne le président. Et les revendeurs en ligne pour leur part se nourrissent de la mort progressive des librairies, avec des politiques commerciales impossibles à challenger quand on est un indépendant - ou encore, en refusant de payer les impôts auxquels ils devraient être assujettis... 

 

« À ce stade, impossible de savoir ce que le ministère de la Justice va entreprendre. Mais étant donné l'ampleur de cette question, je voulais que vous sachiez quelles sont les mesures que l'ABA a prises pour entrer en relation avec le DoJ et expliquer à quel point le contrat d'agence est essentiel à la santé de notre industrie. »

 

Voir la lettre de l'ABA à ses membres