Contrat signé entre Amazon et Simon & Schuster

Nicolas Gary - 21.10.2014

Edition - Economie - Simon Schuster ebooks - Stephen King - Amazon Jeff Bezos


Le contrat liant le revendeur à l'éditeur vient d'être signé, confirme une source proche du dossier. Alors que Hachette Book Group ne parvient pas à sortir de l'impasse Amazon, Simon & Schuster a signé pour un accord de commercialisation de plusieurs années. Aucun des deux acteurs n'a publiquement commenté l'information, mais les sources assurent que l'accord permettrait le retour du contrat d'agence, par lequel l'éditeur fixe le prix de vente de ses ebooks.

 

 

Frankfurt Book Fair 2013

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La vente des livres de Hachette chez Amazon est nettement ralentie depuis bientôt un an : pour faire pression sur le prix de vente des livres numériques, Amazon applique des restrictions sur les ouvrages papier. Ainsi, ces derniers sont proposés sans remise, avec des délais de livraison étonnamment longs, et l'impossibilité de précommander. Or, les sources évoquées affirment que pour Simon & Schuster, l'accord passé concerne les ebooks et les livres imprimés.

 

Les auteurs publiés par S & S continueront de percevoir 25 % de droits d'auteur, indexés sur 70 % du prix de vente public. Autrement dit, on reviendrait à la situation de 2010, avec de fortes contraintes sur le revendeur, et ses possibilités d'appliquer des remises. 

 

La directrice générale du groupe éditorial, Carolyn Reidy, assure dans un courrier que cet accord « est économiquement avantageux, à la fois pour Simon & Schuster et ses auteurs, puisqu'il maintient la part des revenus pour l'auteur, sur les ventes de livres numériques ». À quelques exceptions près, souligne-t-elle, ce nouveau contrat assure une maîtrise tarifaire à l'éditeur sur ses ebooks.

 

Trouver un accord, rapidement, pour garder les auteurs ?

 

Les négociations avaient début dans les premiers jours de l'été. Leslie Moonves, PDG de la maison mère CBS Corp, assurait mi-juillet : « Nous sommes en négociations avec Amazon, au moment où nous parlons. » Il promettait même qu'après une discussion avec Jeff Bezos, ce dernier avait « un point de vue sur ce qui devrait être fait dans l'industrie du livre ». Près de six mois, donc, pour parvenir à un compromis.

 

Carolyn Reidy, dans le courrier adressé aux auteurs, poursuit : « Notre nouvel accord assure que vos livres seront disponibles en permanence à la vente chez ce grand détaillant de livres, pour la saison des vacances cette année, et bien après. » On lirait presque, en plat, que Hachette n'est pas en mesure d'arriver à cet accord. 

 

Dans le cadre du nouveau contrat, les titres seront bien promus, en version papier ou numérique, assure Simon & Schuster. Mais inutile de se voiler la face : le fait qu'Amazon ait trouvé un arrangement avec S & S mettra immanquablement la pression sur Hachette dans ses propres discussions. Un partenaire de l'agence littéraire InkWell Management LLC, Richard Pine, souligne : « Je pense que cela va rendre Hachette encore plus frustré de leur incapacité à conclure un accord, en sachant qu'un de leurs concurrents y est parvenu. »

 

Et le risque est grand. En portant l'accent sur les revenus maintenus des auteurs, Carolyn Reidy montre que l'éditeur fait particulièrement attention à eux, et l'on pourrait très bien voir des transferts d'écrivains intervenir dans les prochains temps. Quitter Hachette Book Group pour Simon & Schuster ferait sens pour un auteur soucieux de protéger ses œuvres et s'assurer d'une bonne diffusion de ses livres. Reidy, dans son courrier, insiste d'ailleurs sur le fait que le contrat « répond à nos préoccupations mutuelles sur la préservation de la valeur de la propriété intellectuelle dans notre secteur ».

 

Finalement, on ne boude pas son plaisir

 

Une déclaration d'Amazon est intervenue dans la nuit, pour commenter l'aboutissement de ces discussions : « Nous sommes très heureux de cet accord, car il nous permet de développer nos activités avec Simon & Schuster, et d'aider les auteurs à toucher un public toujours plus vaste. Mais surtout, cet accord propose un contexte financier spécifique pour que Simon & Schuster offre des prix plus bas pour les lecteurs. »

 

Il faudra attendre janvier 2015 pour que les nouvelles modalités entrent en vigueur, mais, d'ores et déjà, certains se demandent pourquoi diable le ministère de la Justice américain était parti en guerre contre le contrat d'agence. Lorsqu'Apple avait posé son iPad dans le marché de l'ebook, le deal était de 30 % pour le revendeur et 70 % pour l'éditeur. En conséquence de quoi, le prix de vente public des ebooks avait augmenté. 

 

Mais forts de ce que cette solution donnait aux éditeurs la possibilité de maîtriser le prix de vente public, ils avaient généralisé ce contrat aux autres revendeurs. Pour le ministère de la Justice, c'était là un cas typique d'entente entre les éditeurs et Apple – alors qu'il s'agissait surtout d'une manière de freiner les appétits gloutons d'Amazon. Simon & Schuster comptait parmi les éditeurs incriminés, qui durent alors tous s'acquitter d'une amende pour éviter le procès. Ce dernier est d'ailleurs toujours en cours, mais seule Apple reste face à la Justice.

 

Stephen King, la star de Simon & Schuster

 

Simon & Schuster est manifestement le premier des éditeurs du Big Five à clore les négociations avec Amazon – son précédent contrat devait expirer dans deux mois. Au cours de l'année 2015, il faudra encore que Penguin Random House, Macmillan et HarperCollins trouvent une solution pour ne pas subir le même sort que Hachette. 

 

Pour soutenir Hachette Book Group, plusieurs auteurs se sont dressés contre Amazon, et notamment l'une des meilleures ventes de Simon& Schuster, Stephen King. Le romancier soulignait que, dans ce conflit, Jeff Bezos n'était certainement que peu angoissé, du fait « du peu de recours que les éditeurs ont, parce qu'Amazon domine le marché du livre ». 

 

« Si Hachette renégocie les termes des contrats (qui restent inconnus) en faveur d'Amazon, il est probable que tous les éditeurs devront lui emboîter le pas » : en somme, Amazon s'est directement attaqué à l'éditeur le plus puissant, afin de faire comprendre aux collègues que la lutte était inutile. Le fait que S&S ait signé a-t-il des implications que l'on ne mesure pas encore ?

 

La stratégie « d'instillation de peur » d'Amazon touchait même les auteurs, assurait King. Ces derniers hésiteraient à prendre la parole contre Amazon, « de peur que le site ne retire le bouton d'achat sur leur livre ». Et quand on sait qu'Amazon compte pour près de 60 % des ventes de Hachette, les effets seront immédiats... 

 

Fin septembre, ces mêmes auteurs ont réclamé au ministère de la Justice qu'une enquête antitrust soit déclenchée pour examiner les bases du conflit entre Amazon et Hachette. Dans leur courrier au conseil d'administration, les auteurs avaient souligné que les sanctions d'Amazon « ont entraîné une baisse des ventes pour les auteurs de Hachette, sur Amazon.com, d'environ 50 %, et dans certains cas, jusqu'à 90 % ». Plus de 2500 auteurs seraient concernés par cette situation, et 7000 titres ont été impactés.