Contre Amazon, Alexandre Bompard dresse les barricades avec Darty

Clément Solym - 20.05.2016

Edition - Economie - Amazon Fnac Darty - Kindle Alexandre Bompard - livre numérique Fnac


Depuis quelques jours, Fnac a officiellement déposé son offre de rachat auprès de Darty. Ce pourrait être la fin d’un long périple, qui fut ponctué de diverses annonces, et notamment l’arrivée de Vivendi au capital de l’entreprise. Le rapprochement, plus que stratégique, allait apporter 159 millions € d’augmentation de capital, de quoi prévoir les investissements impératifs pour Fnac. Avec plus d’un milliard d’euros posé sur la table, il fallait avoir les reins solides.  

 

Kindle tactile d'Amazon déballage

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Pour Alexandre Bompard, la démarche est claire : dans un entretien accordé au Monde, l’actuel PDG rappelle qu’il devra encore convaincre l’autorité de la concurrence avant de se lancer définitivement. Mais la démarche initiale reste avant tout celle de prendre et conforter une position. 

 

« Il faut prendre en compte la pression exercée par des acteurs d’e-commerce, et notamment celle d’Amazon, le faiseur de prix dans nos activités. Au terme de l’opération, nous aurons la capacité de lutter contre Amazon, d’offrir des services nouveaux, de nous développer, mais le rapprochement avec Darty est d’abord, dans son essence, défensif », souligne-t-il.

 

Et un peu plus loin, le PDG de Fnac revient sur ce point : l’entrée de Vivendi est avant tout un moyen pour « résister à Amazon », alors que le cybermarchand annonçait ses propres perspectives en matière de vidéo à la demande. Les enjeux sont cruciaux, en effet, et l’association entre Fnac et Canal +, sur ce point, apporterait des réponses ? C’est ce qui est escompté. 

 

Encore faudra-t-il venir à bout d’un autre sujet, celui du travail le dimanche, que le PDG porte à bout de bras depuis des mois, contre l’avis de syndicats minoritaires, précise-t-il. « Nous offrons ainsi l’accord le plus avantageux de la distribution et les syndicats qui l’ont signé ont bien compris son intérêt pour les salariés ». 

 

Travailler avec celui qui oeuvre à vous achever ? Hmm...

 

Depuis des années, le PDG de Fnac est entré en guerre ouverte contre Amazon, et l’on comprend facilement comment l’Américain se retrouve de manière si forte dans le discours. Si le rachat de Darty s’opère, l’un des premiers à être éjecté pourrait d’ailleurs être le Kindle, encore vendu dans les magasins et sur le site internet de Darty. 

 

À la manière de ce que les librairies britanniques Waterstones avaient pu faire, Alexandre Bompard exclura probablement l’appareil des étals. James Daunt, le grand patron de la chaîne britannique avait finalement décidé d’arrêter la commercialisation, constatant que les résultats économiques étaient pour le moins dérisoires.

 

De son côté, Pascal Vandenberghe, PDG des librairies suisses Payot, assurait à ActuaLitté : « Personnellement, je n’ai jamais compris que les libraires acceptent de vendre les produits de celui qui veut les occire, enfin : ce n’est pas logique. Virgin l’avait fait – et il est mort. Darty peut à ce titre faire ce qu’il veut, c’est un vendeur d’électronique. Un libraire qui accepte de vendre les produits de la société qui cherche à le détruire, je trouve cela paradoxal. »

 

Nul doute qu’Alexandre Bompard trouvera aisément comment venir à bout de ce paradoxe...

 

Au début du mois, le groupe de distribution s’était séparé de son SAV au profit d’un nouveau prestataire. Un délégué Unsa, Daniel Skimoski, s’en inquiétait : « La Fnac a mis plus d’un milliard sur la table. Il faut donc qu’elle fasse des économies ailleurs. [...] Ça commence avec nous. Mais à mon avis, d’autres services vont suivre. » Une fausse interprétation, selon le groupe, qui promettait des ajustements. Ce qui n’empêche pas les salariés de craindre une « situation de surendettement des deux enseignes Fnac et Darty », ainsi qu’une vague de plans sociaux en cas d’échec de la stratégie Fnac.