Contre le Printemps français, Filippetti défend les bibliothèques

Cécile Mazin - 11.02.2014

Edition - Bibliothèques - théorie du genre - bibliothèques publiques - Printemps français


Depuis plusieurs semaines, des groupes extrémistes, regroupés autour du blog Le Salon beige, réclament le retrait de certains ouvrages en bibliothèques. Ces derniers sont accusés de promouvoir une théorie du genre. Et les établissements se retrouvent mis sous pression, dans différentes communes de France. C'est que le Printemps français entend faire régner le politiquement correct dans ces lieux publics, mettant à l'index des livres qui ont parfois plusieurs années…

 

 

Aurélie Filippetti - Voeux 2014 Ministère de la Culture et de la Communication

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La ministre de la Culture est sortie de ses gonds hier, pour condamner fermement ces « pressions exercées par des extrémistes sur les bibliothèques publiques ». Pour l'heure, ce n'est qu'un communiqué, qui a été diffusé. Mais Aurélie Filippetti, à l'occasion de ses voeux, avait assuré que 2014 serait l'année des bibliothèques, et pas question de laisser des groupes obscurs, obscurcir ce projet. 

 

Au cours des derniers jours, note la ministre, « près d'une trentaine de bibliothèques publiques ont fait l'objet […] de pressions croissantes ». Des actions menées par des « groupuscules fédérés sur internet par des mouvements extremistes ». Ces derniers, s'indigne la ministre, en appellent en effet à la lutte contre des « bibliothèques idéologiques ». Et de souligner :  

Ils se rendent dans les bibliothèques de lecture publique, exercent des pressions sur les personnels, les somment de se justifier sur leur politique d'acquisition, fouillent dans les rayonnages avec une obsession particulière pour les sections jeunesse, et exigent le retrait de la consultation de tout ouvrage ne correspondant pas à la morale qu'ils prétendent incarner.

Il est temps d'en appeler à Voltaire, à l'esprit des Lumières, pour dénoncer ces atteintes scandaleuses à la démocratie et à la liberté dans notre pays. La lecture est l'un des meilleurs outils de lutte contre les fanatismes, contre l'intolérance.

 

C'est, précisément, ce que, à Saint-Germain-en-Laye, le directeur de l'établissement avait directement répondu aux militants : « Toutes les bibliothèques ont pour vocation de promouvoir la création contemporaine dans une pluralité des approches et sans aucun parti-pris. Il suffit de lire les livres que vous citez, comme nombre de nos usagers l'on déjà fait, si l'on en croit les statistiques de prêt, pour se rendre compte qu'ils ne prônent aucune "théorie" mais vont simplement à l'encontre des stéréotypes et des préjugés, ce pour quoi ils ne sauraient être condamnés. »

 

Pour Aurélie Filippetti, la France ne saurait tolérer la moindre tentative de censure « de ces lieux-phares de la République », pas plus que l'on n'acceptera des « attaques contre les professionnels irréprochables dont les règles d'éthique professionnelle sont d'ailleurs inscrites dans le Manifeste de l'UNESCO sur la bibliothèque publique ». Et d'assurer aux personnels des établissements publics, autant qu'aux élus locaux, son plein soutien « face à ces agressions ».

 

Jean-François Copé, peut-être malgré lui, a également apporté son soutien... mais cette fois au Printemps français, en dénonçant un ouvrage, Tous à poil « Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour. Ça vient du centre de documentation pédagogique, ça fait partie de la liste des livres recommandés aux enseignants pour faire la classe aux enfants de primaire. »