Copenhague : La caricature à nouveau ciblée par les attentats

Julien Helmlinger - 16.02.2015

Edition - International - Copenhague - Terrorisme - Liberté d'expression


Un mois à peine après les attentats perpétrés dans les locaux de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, un scénario similaire s'est déroulé à Copenhague samedi dernier : une atteinte à la liberté d'expression suivie d'une attaque à caractère antisémite. Le caricaturiste suédois Lars Vilks, plusieurs fois menacé de mort depuis la publication en 2007 d'un dessin du prophète Mahomet avec un corps de chien, l'ambassadeur de France au Danemark François Zimeray ainsi que la militante Femen, Inna Shevchenko, étaient sur les lieux de la fusillade.

 

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Copenhague - CC by SA 2.0 par Sigfrid Lundberg

 

 

Samedi vers 16 h, dans le centre culturel Krudttønden à Østerbro, au nord du centre-ville historique de Copenhague, se tenait un débat en hommage à Charlie Hebdo, intitulé « Art, blasphème et liberté d'expression ». Inna Shevchenko était en train de déclamer son discours, quand une longue rafale de coups de feu a été tirée depuis l'extérieur. Une personne de 55 ans est décédée et trois membres de la sécurité ont été blessées.

 

À la manière des attentats parisiens, quelques heures plus tard une synagogue de la ville était prise d'assaut. Une personne assurant la sécurité des lieux a été tuée. La capitale danoise se retrouve sous le choc à son tour, les réseaux ont vu apparaître le hashtag #jesuiscopenhague. L'affaire aurait été déclenchée par la publication de caricatures en septembre 2005 dans le Jyllands-Posten.

 

L'auteur présumé des deux attaques terroristes de samedi a été identifié comme étant un Danois âgé de 22 ans, Omar El-Hussein. Ayant ouvert le feu après une sommation, il a été abattu par la police dans la nuit de dimanche. Il était sorti de prison deux semaines auparavant, après avoir purgé une peine pour une agression.

 

La liberté d'expression, mise à prix

 

Lars Vilks, âgé de 68 ans et dont la tête a été mise à prix à hauteur de 100.000 $ par Al-Quaida, était protégé par ses gardes du corps et n'a pas été touché par les coups de feu. L'artiste pense toutefois qu'il constituait la principale cible de l'attaque. Le terroriste présumé n'était âgé que de 14 ans lors de la publication de la caricature controversée de Vilks.

 

Selon Thierry Capezzone, dessinateur français vivant au Danemark depuis 21 ans, à propos des caricatures du Jyllands-Posten : « Ils ne se sont absolument pas doutés du phénomène et de l'ampleur que prendraient ces dessins... Pour eux c'était tout à fait normal, la liberté d'expression est très forte ici. Cela dit, le Jyllands-Posten commence maintenant a reculer après tous ces événements et ne désire plus publier de dessins. »

 

Charlie Hebdo les avait publiées en 2007, ces caricatures. Thierry Capezzone explique : « Cela n'avait pas eu de retentissement particulier, mais aujourd'hui, après ces différents événements, les Danois ne peuvent s'empêcher de se sentir coupables. C'est pourquoi lors des derniers attentats parisiens, le soutien a été particulièrement important ici avec une couverture médiatique 24 h sur 24 et une grande manifestation de soutien, malgré le froid. »

 

Suite au drame, la Première ministre danoise, Helle Thorning, explique que le pays ne changera pas sa politique concernant la liberté de la presse. Certains craignent pour la sécurité de celles et ceux qui assisteront à d'autres débats sur la liberté d'expression, d'autres s'inquiètent de la possible récupération de l'événement par les partis extrémistes.