Copyright : Sherlock Holmes fera ses rapports au domaine public

Antoine Oury - 17.06.2014

Edition - Justice - Sherlock Holmes - ayants droit - Conan Doyle


Le détective Sherlock Holmes déménage : lié depuis des années aux ayants droit d'Arthur Conan Doyle, le créateur du génie des indices, le personnage relève désormais du domaine public. Un tribunal américain a en effet statué contre les ayants droit, qui réclamaient des licences d'utilisation aux auteurs désireux de poursuivre les enquêtes du résident de Baker Street.

 

 

Holmes!!...

(dynamosquito, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'ensemble des oeuvres rédigées par Arthur Conan Doyle et mettant en scène le détective ne est pas concerné, mais ce sont néanmoins 46 nouvelles et 4 romans, publiés avant 1923, et avec elle le personnage, qui appartiennent désormais au domaine public. Ou y retournent, plutôt : la querelle autour de Holmes a commencé en 2011, lorsque l'auteur Leslie Klinger et l'éditeur Random House s'apprêtaient à publier une anthologie d'histoires inédites, intitulée A Study in Sherlock: Stories Inspired by the Sherlock Holmes Canon.

 

Les ayants droit de Conan Doyle avaient alors réclamé 5000 $ pour une licence d'exploitation du personnage, dont l'éditeur s'était acquitté. Quelques mois plus tard, au travail sur une autre anthologie, In the Company of Sherlock Holmes, Klinger s'est de nouveau heurté au racket des ayants droit, quand bien même il avait pris garde de ne pas faire référence aux 10 histoires du détective encore sous droit.

 

Les ayants droit, comme moyen de pression, avaient sorti la carte des canaux de vente : « Si vous poursuivez la publication de Study in Sherlock II, ne vous attendez pas à le voir vendu par Amazon, Barnes & Noble ou d'autres revendeurs. Nous travaillons au jour le jour avec ces sociétés pour éviter les utilisations illicites du personnage, et n'hésiterons pas à faire de même pour votre livre », avait lancé le Conan Doyle Estate.

 

L'auteur a cette fois répliqué, en attaquant les ayants droit. Ces derniers avaient défendu leur position en expliquant que la récupération du détective par d'autres auteurs aurait eu pour effet de créer « plusieurs Sherlock », brouillant le personnage original, pensé par Conan Doyle. « La position du plaignant créerait de nombreuses personnalités à Sherlock Holmes : une version "domaine public" du personnage qui n'utiliserait que des éléments de son existence tombés dans le domaine public, à côté du personnage créé par Sir Arthur Conan Doyle », expliquaient-ils dans leur défense.

 

La première décision de justice donnait raison à Leslie Klinger, et confirmait l'expiration du copyright sur les 50 histoires concernées. Les ayants droit avaient fait appel, mais se sont heurtés au même verdict. « Nous ne comprenons pas comment un copyright expiré sur un personnage de papier pourrait être étendu », a simplement écrit le juge. Autant dire que les manoeuvres des ayants droit n'ont pas trouvé de soutien à la Cour, qui va jusqu'à conclure que le Conan Doyle Estate est plus préoccupé par le paiement des licences que par l'intégrité du personnage...

 

Leslie Klinger, évidemment, est tout sourire, et espère publier sa deuxième anthologie en novembre. Les ayants droit ne se sont pas encore prononcés sur un éventuel recours, suite à la décision du juge. Il est certain que la décision pourrait avoir des effets plus vastes, notamment vis-à-vis des exploitations cinématographiques, par Warner Bros., ou télévisuelles, par la BBC, qui s'étaient acquitté des licences d'exploitation.