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Corée du nord : les mémoires d'un poète repenti

- 02.05.2013

Edition - International - corée - dictature - poète


Le livre ne pouvait que créer l'évènement à la Foire de Londres. Crossing the Border, publié ce printemps par une filiale de Random House plonge dans l'envers de la dictature nord-coréenne, des palais des cadres du système à la fuite à travers la Chine.

 

 


Yeowatzup (CC BY 2.0)

 

 

Né dans le cercle des princes de la révolution, Jang Jin-Sung commence sa carrière avec l'aisance des apparatchiks. Étudiant de piano puis de littérature, il poursuite ses travaux rédactionnels au sein du comité central du syndicat des écrivains nord-coréens avant de travailler au ministère de la réunification entre les deux Corées. Un poste clairement dévolu à la prose propagandiste pour que le voisin capitaliste rejoigne le giron communiste.

 

Au sein de cet organe d'influence, Jang collabore à la création du grand mythe national qui démarre un certain 15 avril 1912 avec le naufrage du Titanic « en occident et l'éveil du soleil – Kim-Il-Sung – à l'est ». Séide du leader national, jugé personne de confiance, il rencontre le dictateur par deux fois. Des entrevues qui octroient « une immunité sacrée » à la poignée de personnes qui a passé vingt minutes avec l'autocrate. Un laissez-passer qui empêche toute procédure judiciaire et policière sans décision d'en haut.

 

La première fois, le poète raconte dans ses mémoires, « le bouleversement émotionnel » de la rencontre qu'il explique par le lavage de cerveau. Mais aussi le décalage entre l'image publique et celle dans l'intimité du tyran. Lors cette entre vue « Kim a donné au poète une Rolex en or d'une valeur de 11.000$ », relate Marysia Juszczakiewicz, son agent. Par la suite, il assiste à une performance artistique où le dictateur « n'a cessé de pleurer en le regardant ». Il assimile cette apparente émotivité à « une aspiration à devenir humain ».

 

L'écart entre la caste de privilégiés de la révolution à la misère ambiante finit par avoir raison du mirage. L'homme de Lettres commence par composer des pamphlets et faire circuler sous le manteau des ouvrages bannis de Corée du Sud. Au point de devoir fuir. Il passe la frontière naturelle avec la Chine en 2004 et parvenu dans l'autre Corée, il publie son premier roman j'ai vendu ma fille pour 100 won, écoulé à 80.000 copies et dirige aujourd'hui New Focus, média web de la diaspora du nord dans la république du sud.

 

Par le passé, d'autres textes ont donné un éclairage sur l'intérieur du dernier bastion communiste comme l'Orphelin de Maître Son d'Adam Jonhson, prix Pulitzer 2013, et Les Aquariums de Pyongyang, écrit par le Nord-Coréen Kang Chol-hwan. (Via the Guiardian)