Corée du Nord : une réalité moins sombre que celle racontée

Cécile Mazin - 19.01.2015

Edition - International - Corée Nord - réfugié torture - témoignange ONU


Le trait aura été volontairement noirci, et le tableau brossé de la Corée du Nord devenait bien plus sinistre qu'il ne l'était en réalité. Shin Dong-Hyuk, témoin clef dans une enquête de l'ONU, vient de reconnaître une imposture : certains éléments de son récit étaient faux. Au risque de poser quelques gros problèmes. 

 

 


 

 

Le journaliste Blaine Harden, auteur d'un best-seller sur le jeune Shin, s'est retrouvé embarrassé. En écrivant Escape From Camp 14, il racontait la vie du garçon, qui avait pu s'échapper à deux reprises, en 1999 et 2001, de camps nord-coréens. Il avait également affirmé avoir été torturé à l'âge de 13 ans. Des faits réels, peut-être, mais modifiés, certainement, pour rendre le récit plus poignant. 

 

Depuis sa page Facebook, Shin a officiellement avoué qu'il avait modifié la réalité. « J'ai voulu cacher une partie de mon passé », reconnaît-il, demandant pardon pour cette erreur.

 

 

 

 

Sauf qu'avec la parution du livre, Shin était devenu un symbole des conditions de détentions en Corée du Nord, incarnant les injustices et violations des droits de l'Homme que perpétue le pays. Harden assure qu'au moment de leur rencontre, Shin était particulièrement perturbé par ce qu'il avait vécu. Pourtant, force est de constater que ni les dates ni les lieux ne sont justes. Ce qui n'empêcherait pas les séances de tortures d'être réelles. 

 

« J'ai modifié quelques détails dont je pensais qu'ils ne seraient pas importants. Je ne veux pas dire exactement ce qui s'est passé, afin de ne pas revivre ces moments douloureux et tout recommencer. »

 

Plusieurs personnalités sont intervenues pour affirmer que la détention dans un camp, quel qu'il soit, n'avait aucune importance : Camp 14, Camp 18, Auschwitz, Dachau ou Birkenau, tout cela relève de traumatisme puissant et de sévices horribles. Kim Young-soon, survivant des camps, prenait la parole pour affirmer que plusieurs anciens réfugiés avaient tendance à modifier le récit de leur expérience. « Nous ne devrions pas les blâmer, mais nous devons nous montrer prudents, lorsque certains parlent de façon incohérente, des récits et des mensonges qui peuvent sembler plus utiles pour les ventes. » (via Washington Post

 

Pour l'heure, le journaliste travaille, avec son éditeur Penguin Books, pour recueillir les informations nouvelles et plus justes, qui permettront de modifier le livre.