Corée du Sud : les appareils de Samsung ont tué la lecture ?

Clément Solym - 24.06.2013

Edition - International - Corée du Sud - appareils numériques - lecture de livres


Ce n'est plus un secret pour personne : les plateformes numériques se développent fortement dans les régions d'Asie, avec déjà plusieurs acteurs qui sortent leur épingle du jeu. La librairie Ookbee, présente en Thaïlande, s'est dernièrement affranchi des frontières territoriales, pour explorer le Vietnam, la Malaisie, la Thaïlande. Et d'autres pays viendront bientôt. Et des milliers d'utilisateurs recourent aux services de vente d'ebooks des prestataires, dans les différents territoires. Au secours !

 

 

Baek Je Cultural Festival, Bu Yeo-Gun, South Korea - 111007

Plus que temps de sonner l'alarme ?

USAG-Humphreys, CC BY 2.0

 

 

C'est dans Publishing Perspectives que l'on entend le cri d'alarme, lequel a résonné alors que la Foire internationale du livre de Séoul a été lancée ce 23 juin. Inaugurée par le président, Park Geun-hye, en personne. Dans un pays où la présence technologique est particulièrement forte, avec un métro qui diffuse abondamment un WiFi très correct, les consommateurs sont particulièrement férus de nouveautés technos. 

 

Et de même que personne ne niera l'influence nuisible de la télévision sur la lecture, de même, le directeur de l'association des éditeurs coréens, Seung Hyun Moon, s'est ému de ce que le marché du livre dans le pays se dégrade. « Les éditeurs sont confrontés à des problèmes liés aux smartphones. Presque tout le monde dit que par le passé, on voyait les gens lire des livres en attendant le métro. Maintenant, ils rattrapent tous leur retard sur les épisodes de séries qu'ils ont manqués. »

 

Bien entendu, directement sur leurs appareils : smartphones, phablettes, tablettes, rien ne manque dans cette liste noire. C'est qu'avec Samsung en maître des lieux, on trouve plus facilement des jeunes le nez rivé à l'écran, que sur un format imprimé. D'ailleurs, pas question de croire qu'ils consultent des oeuvres de l'esprit sur leur appareil : « Les éditeurs coréens sont très conservateurs », explique Seung Hyun Moon.

 

 

Il y a une loi pour que chacun fasse un dépôt légal du fichier numérique

à la Bibliothèque nationale de Corée, mais les éditeurs sont réticents à le faire.

 

 

Il ajoute : « Ils ont peur des ebooks. Ils ont assisté à l'effondrement de l'industrie de la musique, et sont réticents à donner un contenu, parce qu'il peut être facilement contrefait. Il y a une loi pour que chacun fasse un dépôt légal du fichier numérique à la Bibliothèque nationale de Corée, mais les éditeurs sont réticents à le faire. »

 

Or, constate l'agent Joseph Lee, le secteur du livre coréen connaîtrait une certaine croissance... à l'étranger. En charge de plusieurs titres, de différents auteurs, il constate combien la traduction est de plus en plus simple, et à quel point les éditeurs étrangers se préoccupent de découvrir les oeuvres et auteurs du pays. Pour lui, c'est d'ailleurs vers ces marchés que les créateurs doivent se tourner : il a dernièrement vendu un best-seller local dans 14 pays, dont la Chine, le Japon, la France et la Hongrie...

 

« Je dis à mes auteurs que les lecteurs sont partout, que la littérature est un art universel pour tous les goûts. Et que nous devons vendre à l'étranger, parce que le marché coréen est trop petit. » Trop étroit, et menacé par les appareils électroniques : voilà de quoi faire froid dans le dos. 

 

Pour les éditeurs présents sur la Foire, la venue du président du pays était un signe d'intérêt fort, et surtout, un symbole d'intérêt particulier pour l'économie et la création dans le pays. « Un message très positif. Le président Park est intéressé par la promotion de la culture coréenne », explique Joseph Lee. Mais peut-être, pour assurer cette valorisation, faudrait-il se tourner vers le chanteur Psy, qui avec le Gangam Style est devenu l'idole du net.

 

Ah, mince, oui : du net...

 

On se souviendra qu'en mars dernier, éditeurs et libraires tiraient d'ailleurs la sonnette d'alarme, assurant qu'un certain moteur de recherche, Naver, posait de sérieux problèmes. Le 23 septembre dernier, Naver ouvrait sa librairie contenant des BD épuisées. C'est qu'avec l'adoption généralisée des smartphones et tablettes, le marchand s'est décidé à amorcer un virage pour proposer une publication et une commercialisation directe d'un nouveau produit, le webtoon. Un projet qui a vu le retour de certaines oeuvres sous droit, et une forme de concurrence déloyale...