Cormac McCarthy : l'art délicat de la ponctuation minimaliste

Nicolas Gary - 14.08.2013

Edition - International - Cormac McCarthy - ponctuation - style


Le romancier américain venu de Providence, cela ne s'invente tout de même pas, dans l'Etat de Rhode Island, s'est souvent revendiqué comme un disciple de William Faulkner, et sa prose ne trahit pas cette ascendance. Mais à l'occasion d'une interview accordée à Oprah Winfrey en 2008, il cite deux autres écrivains érigés en modèles : James Joyce et MacKinlay Kantor, auteur aujourd'hui oublié.

 

 

The Road: Cormac McCarthy

CC BY ND 2.0

 

 

Pourtant, c'est bien l'influence de Joyce que l'on retrouve le plus dans la ponctuation qui anime ses romans. Une approche minimaliste, qui recherche une clarté maximum. D'ailleurs, chez Joyce, c'est presque l'aridité. McCarthy fixe ainsi trois consignes pour l'écriture : 

 

Pas de guillemets

Cette manière d'ouvrir les dialogues ne lui convient par, et Kantor fut l'un des premiers à rompre avec cette méthode. Cette approche nécessite des aménagements, pour éviter toute forme de confusion. Mais elle reste plus naturelle dans la lecture. 

 

Les virgules et les points-virgules

Autant le premier est important, si l'on s'apprête à réaliser une énumération, ou étayer ce que l'on vient d'écrire, autant les points-virgules, jamais. « La virgule, pourrait-on dire, c'est une génuflexion devant un développement logique, une énumération », assurait-il. Mais le point virgule, sûrement pas dans ses livres.

 

Le reste des signes de ponctuation

Ils sont quasiment inutiles, estime le romancier. Un bon rationnement vis-à-vis des virgules, c'est largement suffisant. L'anglais moderne est notoirement encombré de ponctuations perturbantes, assure McCarthy, épris de la prose des écrivains britanniques néoclassiques, qui étaient pourtant dépendants de ce point-virgule. 

 

Le dépouillement, en matière de ponctuation, c'est le point (d'orgue ?). D'ailleurs, s'il fallait un exemple de cette ponctuation minutieuse, on pourrait reprendre La Route (Ed. L'olivier, 2008), qui ne contient que très peu, voire pas du tout, de ponctuation, ni même de chapitres. Et pour illustrer l'absence de guillemets, on se rendra compte que les dialogues sont très peu nombreux. Probablement à l'image des paysages que père et fils traversent... 

 

via Open Culture