Coronavirus : double peine pour les librairies physiques

Nicolas Gary - 18.03.2020

Edition - Librairies - vente internet livraison - livres libraires concurrence - gouvernement coronavirus


« Pour le moment, ils les livrent, ce qui est scandaleux. » Ce message d’un libraire indépendant est à l’unisson de la situation actuelle. En effet, les grands groupes continuent de livrer des grandes surfaces culturelles ou encore sites de vente en ligne. Or, les libraires indépendants, eux, n’ont plus accès aux réassorts, l’opérateur Prisme qui les fournit ayant cessé toute activité. De quoi alimenter les tensions déjà palpables.


La Maison du livre à Rodez fermée


Suivant les groupes de distribution, les réassorts et prochains offices sont soit arrêtés, soit le seront la semaine prochaine. Mais en fonction du point de vente, deux règles s’appliquent, s’étrangle un libraire de l’est : « On nous indique que les clients, les libraires donc, qui disposent d’un site internet, seront encore livrés. C’est insensé ! »

Insensé, ou non, la réalité est là : « Nous sommes fermés, sans site internet. Nous avons redirigé les appels vers la librairie sur nos lignes portables avec mon mari. Mais cette permanence téléphonique n’aboutit qu’à une seule chose : les clients sont déçus, annulent leurs commandes et nous disent qu’ils se tournent vers Amazon. »
 

La profession mise en péril ?


Douloureux à entendre en temps normal, quand la concurrence est déjà âpre, inaudible en période de pandémie. « Il est en effet scandaleux que d’une part ces sites profitent de la situation sans vergogne, et que d’autre part nos fournisseurs acceptent de les livrer au risque de déstabiliser toutes les librairies physiques », reprend un autre, depuis le sud-ouest.

« Qu’Amazon vende ce dont il dispose dans ses entrepôts est une chose, mais qu’il y ait des réassorts, non », reprend-il.

Un autre, au nord de Paris, nous indique : « Que collectivement les éditeurs nous laissent dans la détresse et se jettent dans les bras des “pure players” me laisse en désarroi. Sommes-nous vraiment déjà hors course ? À l’heure même où les évènements pourraient remettre le local, les territoires, la solidarité au cœur de toutes nos stratégies, de toutes leurs stratégies... »

Et heureusement, soulignent-ils toutes et tous, « que certains clients nous font passer de vrais messages de sympathie ».
 

Les librairies à la hauteur de leur rôle social


Le Syndicat de la librairie française a en effet diffusé une information délicate ce 17 mars. Ce même jour, le portail LibrairiesIndépendantes.com décidait de cesser la prise de commande. Il était suivi d’autres, comme Libraires.fr ou Place Des libraires. 
 
« Ces décisions représentent un crève-cœur pour beaucoup de librairies qui souhaitent maintenir un minimum d’activité. Mais, en période d’épidémie aussi inédite que celle que nous vivons, les librairies doivent être à la hauteur du rôle social qui est le leur en ne faisant pas prendre de risques à leurs salariés, aux transporteurs ou à leurs clients », commente le SLF.

En outre, éviter le retrait de livres ou la livraison permet de limiter les contacts qui risquent de favoriser la propagation. « C’est au nom de cette responsabilité sanitaire et sociale, mais également de l’équité entre l’ensemble des circuits de vente, que nous nous érigeons contre la décision du gouvernement d’autoriser les livraisons de commandes en ligne pour des produits qui ne sont par ailleurs pas considérés comme “essentiels” à la vie de la nation », reprend le syndicat. 
 

Des entrepôts...


D’autant, nous signale une libraire de l’Est parisien, que « les risques sont partagés pour les personnes qui travaillent à la manutention dans les entrepôts des distributeurs. Personne ne songe donc que, elles aussi, devraient cesser leur activité » ? De fait, la CGT Interforum lançait hier un appel réclamant la suspension immédiate de l’activité pour les salariés de la filiale de distribution d’Editis. Toute cette journée du 18 mars, des négociations menées à distance sont en cours entre la direction et les organisations syndicales pour trancher...

Le point est d’ailleurs fort bien résumé par le SLF : en quoi la vente d’un livre en librairie n’est pas essentielle à la nation, alors que la vente depuis Amazon ou dans un hypermarché le deviendrait ?

Et de conclure : « Nous avons demandé à l’ensemble des distributeurs de faire preuve de la même responsabilité que les libraires en stoppant la livraison des réassorts pour l’ensemble des circuits. Toutes nos entreprises vont souffrir de cette crise, les libraires, les diffuseurs, les distributeurs et, bien sûr, les éditeurs, sans compter les auteurs. Soyons solidaires aujourd’hui pour stopper l’épidémie et soyons solidaires, demain, pour relancer l’ensemble de notre filière. »

...aux dernières ventes

Face à tout cela, rares sont les éditeurs sollicités par la rédaction qui acceptent de réagir ouvertement. « Il faudrait donc empêcher de réaliser le dernier chiffre d’affaires qu’il est encore possible d’effectuer », déplore l’un d’eux ? « Et que comptent faire les libraires ? Boycotter les distributeurs, quand les autorisations d’ouverture reviendront ? »

Un autre nous indique comprendre le dilemme qui se pose : « J’ai même appris que certains distributeurs proposaient aux libraires de les livrer en ouvrages, mais à leurs frais. Si la crise sanitaire, qui ne manquera pas de déboucher sur une crise économique, se double d’une colère nourrie par un sentiment d’injustice, je ne vois pas comment nous nous en relèverons tous. Il faut vraiment que les millions d’euros promis par le gouvernement arrivent rapidement. » Et avec aigreur : « Encore que je comprenne mal en quoi cette somme aidera… »

Lors de son allocution, Emmanuel Macron a répété à l’envi : « Nous sommes en guerre. »  Peut-être n’avait-il pas mesuré toute la portée de son propos. 

 

mise à jour 19 mars - 9h30 : 


A retrouver, l'intervention de Bruno Le Maire, évoquant la possibilité de réouvrir les librairies.


Commentaires
Je n'achèterai jamais de livres sur Ce site marchand Amazon

Les stocks des librairies sont assez importants pour satisfaire nôtre nourriture, demander à nos libraires des conseils au téléphone

Les classiques sont bon à découvrir

Bon courage
Résumons: en somme, si les librairies indépendantes ferment, alors tout doit s'arrêter: pas seulement Amazon mais aussi bien la Fnac, Gibert Jeune, Chapitre.com, les groupes type Calligramme et autres, les librairies des grandes surfaces p ex Super U, Leclerc, etc.etc. Et donc, si les librairies indépendantes ferment, tant pis pour les auteurs, tant pis pour les distributeurs, les diffuseurs, les éditeurs, tous les salariés de ces secteurs et finalement, tant pis... pour les lecteurs! Qu'ils regardent la télé, c'est moins cher qu'un livre en somme? Bref, si les librairies indépendantes ferment le Livre doit s'arrêter: à cause du Covid-19! A cause du covid-19?? Oui mais pas seulement: à cause,aussi et au choix, de l'incompétence, de l'imprévoyance, du manque de vision, du refus du progrès technologique - ou de tout cela en même temps- de nombre de librairies indépendantes aux méthodes obsolètes, qui ne veulent ou ne savent pas s'adapter. Le refus d'internet en 2020 passe par tous les handicaps que l'on vient de citer: on peut à la rigueur le comprendre quand il s'agirait de bouquinistes du siècle dernier, mais quant il s'agit de librairies de création récente, c'est inadmissible. Aujourd'hui, créer un site internet marchand, voire une boutique en ligne, exige un budget annuel de moins de 500 euros! Sa gestion est peu contraignante et s'il y a beaucoup de commandes, qui s'en plaindra? - et ne demande aucune compétence en informatique, quand on sait déjà utiliser les moyens actuels de commandes et de gestion d'une librairie. Dans ces conditions, hurler au voleur parce que les distributeurs réservent leurs livraisons aux librairies disposant d'un site en ligne relève du poujadisme de petit épicier des années 60. Quant à organiser un système de livraison dans le quartier, ou d'enlèvement des livres par ses clients habitués (qui ne demandent que ça, et ne se tournent vers les sites internet que faute de mieux), les plus petites librairies peuvent s'y adapter, tout en respectant le confinement: on cesse d'ouvrir la librairie à la clientèle pour se limiter à lui remettre la ou les commandes passées et réglées via leur site. Alors que confinés, les français n'ont jamais été aussi nombreux à chercher un bon bouquin, il faut croire que pour ces librairies-là, le livre n'est en effet, pas un bien "indispensable"!
Bonjour, que de haine dans votre message et de méconnaissance (ou mauvaise foi) d'un domaine que visiblement vous ne maîtrisez pas. Je suis responsable de librairie pour un grand groupe de produits culturels. Si créer un site ne coûte pas "cher", administrer un site visible et rentable nécessite des investissements colossaux. Généraliser en traitants tous les libraires indépendants de passéistes est ridicule. Ils sont une force d'animation culturelle et de lien social en local que les Amazon et autre ne combleront jamais. D'une modernité qui n'a jamais été aussi importante. Les libraires ne demandent qu'à être durant cette crise sur un pied d'égalité avec les grands groupes. Amazon tire profit de toutes les opportunités et cela au mépris de la santé de ses employés. Non il n'est pas possible de filtrer avec des ouvertures ciblées, c'est nier l’essence même de la librairie qui se veut un lieu de flânerie et de découverte. De nombreux libraires se refusent à l'idée de réouverture par soucis de leurs équipes et de leur public. leur trésorerie souvent tendue risque de bien plus les pénaliser qu'un Amazon qui peut faire le dos rond quelques mois. A crise exceptionnelle, civisme exceptionnel et tous le monde logés à la même enseigne.
Que d'ignorance (ou de mauvaise foi) dans votre commentaire: non, un site ou une boutique marchande ne coûte pas des "investissements colossaux": j'ai écrit 500€ par an pour un simple site de commande d'ouvrages, newsletter, avec paiement par carte bancaire intégré, largement suffisant pour une petite libraire de quartier. Et non, je n'ai pas dit que tous les libraires sont des "passéistes" mais votre réaction agressive et erronée en est un bel exemple. Reste que l'actualité met en évidence que la réouverture des librairies n'est pas raisonnable, alors que l'on parle d'un confinement renforcé par qu'insuffisant en l'état actuel de l'épidémie en France.
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