Coronavirus : la crise en librairie gagne le Québec

Clément Solym - 06.04.2020

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Le président du groupe Renaud-Bray, première enseigne de librairies au Québec tire la sonnette d’alarme. Comptant une cinquantaine d’établissements, la société souffrirait lourdement du confinement, manifestement très respecté par les habitants. Alors que la période est prolongée jusqu’au 4 mai, les libraires du pays serrent les dents.

Renaud Bray by night
ActuaLitté CC BY SA 2.0
 

Il est rare que le patron de Renaud-Bray intervienne dans les médias : selon La Presse, les revenus ont diminué de 75 % ces dernières semaines. Première mesure : demander un report des loyers pour les 50 établissements (Renaud-Bray en compte 35, et Archambault, acquis en septembre 2015, 15 autres). Le tout pour 2,6 millions $ CA de dépenses locatives. 
 

Des retours sans destinataire ?


Cependant, le risque véritable serait ailleurs : dans la faillite des maisons d’édition. Dans l’hypothèse la plus sombre, en effet, le libraire n’est plus en mesure de renvoyer les ouvrages au distributeur, et donc de se faire “rembourser” les livres en question.

À ce jour, Renaud-Bray/Archambault représente 40 % des ventes sur le territoire québécois. Il possède également le distributeur Prologue, qui compte près de 30 millions $ CA de stock (livres à retourner ou invendus). 

De son côté, l’Association des Libraires du Québec, forte de 170 membres, s’est tournée vers le gouvernement, pour que ce dernier garantisse les invendus. Une mesure de 60 millions $ CA qui n’a pour le moment pas été suivie. Au contraire, la solution envisagée serait, estime Renaud-Bray, presque pire que le mal : passer par des prêts. 

Or, ces derniers ne feront qu’alourdir l’ensemble de la trésorerie déjà mise à mal des librairies, qui vont opérer des retours en masse. Avec pour conséquence de peser sur l’économie des maisons d’édition. 

« Ce serait un cercle vicieux. Une fois qu’une telle réaction à la chaîne commence, c’est passablement difficile à arrêter. Les gouvernements ont investi des sommes d’argent importantes au fil des années [dans l’industrie du livre] parce qu’on reconnaît que les industries culturelles sont des industries avec une très faible rentabilité », analyse Blaise Renaud.  

Alors que la crise sévit, cesser le soutien à l’industrie reviendrait à nier les millions de dollars injectés depuis 20 ou 30 ans. L’entreprise a d’ores et déjà suspendu 1250 des 1500 salariés qu’elle compte. « Mais à court terme, le problème [le plus urgent] n’est pas les loyers, mais bien les créances entre les différents acteurs de la chaîne du livre. Si eux ferment leurs portes dans deux semaines, c’est compliqué pour Renaud-Bray de survivre tout seul », conclut-il.
 

Sale temps, définitivement


L’ALQ faisait état ce 31 mars, citant les données de la BTLF, d’un recul « de 14,1 % des ventes au détail au cours des deux dernières semaines par rapport à la même période l’an dernier ». Sur la seconde semaine examinée, la chute atteignait même 26,7 % — soit 12,7 % de moins pour les ventes auprès du public, et 42 % de baisse pour celles aux collectivités. La vente en ligne par le site LesLibraires.ca se poursuit, avec une hausse de 313 % des ventes d’ouvrages parascolaires apprend-on, et le prêt numérique connaît des envolées incroyables

Des initiatives comme #LireEnChoeur tentent pourtant de maintenir un lien entre les clients et les établissements. Mais la situation reste complexe, partout dans le monde.

D’autant que les Québécois font preuve d’un fort respect du confinement : selon les données de géolocalisation produites par Google à travers 131 pays, la Province arriverait première sur le territoire nord-américain. « Fier des Québécois, fier de voir ces résultats, je veux dire bien sûr bravo et merci à tous les Québécois. Puis ce qui est surtout important, c’est que je suis convaincu que ça va sauver des centaines de vies. Alors bravo, bravo, bravo », saluait le Premier ministre François Legault. (via RFI)
 


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