Correcteur et droit du travail : la précarité est toujours la règle

Clément Solym - 18.09.2012

Edition - Justice - correcteur - Berger-Levrault - procès


Au Conseil de Prud'hommes de Paris, il y a « Jean-Michel Jarre vs Anne Parillaud » et l'homonymie paraît  peu probable, mais la voix patronale nous a conseillé - à juste titre - un litige entre les éditions Berger-Levrault, spécialisées dans le droit et le matériel informatique, et un de leurs lecteurs-correcteurs, qui s'estime lésé quant à ses droits de travailleur et de futur retraité, soutenu par le Syndicat des correcteurs.

 

 

 

 

En 2003, après une reconversion professionnelle, Jean-Marc devient lecteur-correcteur : il rejoint la cohorte de petites mains, et de bons yeux, qui relisent les épreuves, traquent les coquilles et prennent parfois la plume pour procéder à « une unification éditoriale » selon l'expression de l'avocat du plaignant, Me Sylvain Roumier. En 2008, un licenciement, « sans causes réelles et sérieuses » puisque le correcteur avait passé un « entretien individuel d'évaluation positif, en plus » ajoute l'avocat.

 

Entre 2003 et 2008, il y a eu 5 années de collaboration entre Jean-Marc et les éditions Berger-Levrault, et une vaste période rétrospectivement marquée du sceau de l'irrégularité : le correcteur est payé en droits d'auteur et cotise donc pour l'AGESSA, la sécurité sociale des auteurs. Sauf qu'en 2004, comme le rappellera chacune des parties - un véritable hommage - les éditions Gallimard sont traînées en Justice pénale pour le même traitement.

 

Le cas fait jurisprudence : attribuer ce régime aux correcteurs est illégal. Même Me Dany Marignale, qui représente la maison d'édition, est formel : « Mea culpa, Berger-Levrault est d'accord pour l'indemnité. »

 

Outre ce faible consensus (chaque partie a évidemment son idée personnelle du montant qu'il convient de régler en dédommagement), demande et défense s'affrontent sur les suites de cette jurisprudence : Me Roumier s'insurge du recours au CDD pour trouver un « statut pénalement moins répréhensible », ce que la défense, Me Marignale, nomme « habillage juridique », après la jurisprudence Gallimard. Berger-Levrault, « fleuron de l'édition et de l'imprimerie française », ne veut pas payer « les pots cassés des choix de carrière » de son ancien correcteur, qui comme beaucoup de ses confrères a alterné périodes de travail et de chômage depuis un peu moins de 10 ans, et se retrouve aujourd'hui avec une protection sociale réduite à peau de chagrin.

 

Pour Me Marignale, le CDD s'est imposé face au « vide juridique » qui entoure l'activité : le CDI à temps partiel est peu adapté à une activité « où il est impossible de savoir combien de livres vont être corrigés et produits, d'autant plus que l'édition de livres représente une part de plus en plus faible du CA de Berger-Levrault ». Faux, rétorque Me Roumier, pour lequel l'édition de livres continue sous la couverture Sofiac.

 

L'affaire révèle surtout une absence de directives claires sur le statut des lecteurs-correcteurs : travailleurs ponctuels dans l'industrie du livre, où le travail est plus difficilement quantifiable, ils font les frais de l'équivoque de textes de loi (les conventions collectives « imprimerie » et « édition ») qui mériteraient bien quelques correc...

 

Sérieux, personne pour relire ma chute ?

 


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