Correcteurs : Anne-Soazig Brochoire, le souci du détail

Auteur invité - 05.04.2018

Edition - Société - correcteurs souci détail - Anne-Soazig Brochoire - relecture correction manuscrits


PORTRAIT – Rouage essentiel de la production littéraire, le métier de correcteur — ou de correctrice en l’occurrence — demeure un métier de l’ombre. Un métier qui ne se voit pas et ne doit pas se voir. Anne-Soazig Brochoire, grande lectrice depuis toujours, le pratique avec passion et rigueur. Mais aussi une curiosité, qui ne s’interdit aucun genre.


50 ans de L'école des loisirs - Le correcteur, par Yvan Pommaux
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Une faute d’accord, une erreur de syntaxe, une virgule mal placée, rien n’échappe au regard laser d’Anne-Soazig Brochoire, correctrice indépendante depuis 2013. À 44 ans, cette femme amoureuse des mots, qui consacre ses journées à passer au crible des millions de signes, exerce en effet un métier dont l’exigence n’a d’égale que le plaisir des lectures débarrassées de toute anomalie. « Nous sommes là pour fignoler la mariée », résume-t-elle. 
 

Avant d’être correctrice, c’est toutefois un chemin quelque peu tortueux qu’a suivi cette native de Vannes qui a grandi à La Roche-sur-Yon. Même si toute petite déjà, Anne-Soazig Brochoire se rêvait bibliothécaire. « Mes parents lisaient beaucoup et j’ai toujours aimé lire, raconte-t-elle. À partir du CM2, j’allais une fois par semaine à la bibliothèque et, à la maison, je jouais avec ma sœur en rédigeant des fiches pour les livres de la Bibliothèque Rose. » 
 

C’est pourtant un baccalauréat scientifique qu’elle décroche. Pour s’inscrire aussitôt en fac de lettres à Rennes. Après un mémoire consacré aux contes de Perrault, puis un stage dans une bibliothèque rennaise, elle choisit une option plus spécialisée : documentaliste d’entreprise. Avec un premier poste au Centre d’étude et de valorisation des algues à Pleubian dans les Côtes-d’Armor. Viendra ensuite la création d’un centre de documentation pour le centre de recherche de l’entreprise Spontex à Beauvais, dans l’Oise. 
 

De retour à Rennes avec son compagnon et ses deux enfants, son parcours prend un tournant décisif en 2009 lorsqu’elle est embauchée par un magazine spécialisé dans la construction écologique. D’assistante, elle devient secrétaire de rédaction, relit et corrige les copies, suit une formation au CFPJ*.

Licenciée en 2012 pour raison économique, elle décide de franchir le pas et devient donc correctrice indépendante. Sa tâche ? Chasser sans relâche les fautes de grammaire ou les erreurs d’accentuation. Contrôler l’orthographe des mots et veiller au respect des règles typographiques. Mais aussi vérifier la validité de faits historiques ou traquer les incohérences d’un récit lorsque le Paul des premières pages devient Pascal au cinquième chapitre. 
 

Tribune : “L’édition s’accroche à des
pratiques sociales d’un autre âge”


« Pour faire ce métier, il faut beaucoup de concentration et de méthode. On fait une lecture très technique des textes. » Ses outils ne sont plus toutefois exactement les mêmes que par le passé. Les meilleurs dictionnaires sont désormais en ligne et des logiciels de correction tels Prolexis ou Antidote sont devenus des armes inestimables — même si loin d’être infaillibles — pour débusquer « l’espace insécable » non respecté ou le triplement intempestif d’une consonne. 
 

« Le regard humain restera toujours indispensable, prévient-elle cependant. La particularité de ce métier est aussi de toujours douter. Un correcteur qui ne doute plus laissera des erreurs ». Quant aux cas les plus litigieux, ils restent soumis à l’appréciation de l’auteur ou de l’éditeur. 
 

Anne-Soazig Brochoire n’a pas tardé à se faire une place enviable dans la profession. Parmi ses principaux clients, elle compte désormais les éditions du Rouergue, qui lui ont confié les polars de Peter May puis les livres pour ados de Guillaume Guéraud. Ou encore le tout dernier roman d’Alexandre Seurat, Un funambule, à paraître en ce mois de janvier 2018. Sous son regard acéré sont aussi passés les thrillers des éditions Sonatine ou une biographie d’Henri Dutilleux. 
 

« Ce que j’aime dans ce métier, c’est que j’apprends des choses tous les jours, souligne-t-elle. Y compris dans les polars qui décrivent un univers, une part de la société. Les histoires ne sont jamais construites au hasard. » 

D’ailleurs, Anne-Soazig Brochoire n’a pas limité son champ d’action aux maisons d’édition, mais travaille aussi pour des communautés de communes dont elle corrige les publications ou des agences de communication qui font appel à ses services pour des sites d’entreprises. 
 

Création de l’Association des correcteurs de langue française
 

« En mai dernier, j’ai également été sélectionnée avec neuf autres correcteurs pour travailler sur des textes de la Cour de justice de l’Union européenne », ajoute-t-elle. 
 

Son activité professionnelle lui ménage-t-elle encore le temps de lire pour le plaisir ? Ni plus ni moins qu’auparavant assure cette dévoreuse de romans qui ne dort plus toutefois sans un crayon et un carnet à portée de main. « C’est un grand classique du métier, explique la correctrice. Quand vous revient juste avant de vous endormir un mauvais accord de participe passé que vous avez vu, mais oublié de corriger. » 
 

Anne-Soazig Brochoire représente l’association Correcteurs en Bretagne au sein du comité consultatif de Livre et lecture en Bretagne. 

Pierre-Henri Allain
 

* Centre de formation professionnelle des journalistes 


 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne




Commentaires

Bravo pour ce témoignage qui montre que les correcteurs et correctrices peuvent aussi parfaitement s'épanouir comme indépendants sans brader leurs compétences ! Au contraire, même : variété des missions, diversité des clients, valorisation de compétences complémentaires.

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