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Correction, traduction : des métiers déconsidérés dans l'édition ?

La rédaction - 25.04.2017

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Ils comptent parmi les métiers de l’ombre, pourtant garants de la bonne marche de toute publication. Qu’il s’agisse de transmettre un texte, d’une langue vers une autre, ou d’en assurer l’écriture la plus juste, l’absence de coquilles ou d’étrangetés, leur place est incontestable. Correcteurs.trices ou traducteurs.trices, retour sur ces petites mains du livre.

 

Lego I.T. Guy
Barbara Wells, CC BY SA 2.0

 

 

Comme le rappelle Nadia Chardac : « Être correctrice, aujourd’hui, c’est la plupart du temps travailler dans d’autres secteurs que la littérature. » Elle s’est installée depuis un an comme correctrice, sous le statut de travailleur indépendant. Auparavant, elle travaillait dans le notariat, en tant que formaliste, c’est-à-dire correctrice spécialiste des questions juridiques. L’évolution du secteur, confronté comme bien d’autres à la dématérialisation des documents, l’a poussée à élargir ses compétences. 
 

« J’aime ce travail de correctrice et j’avais envie de le poursuivre, convaincue de l’importance de la relecture, quels que soient la nature du document et le domaine d’activité. J’ai suivi une formation au CEC (Centre d’écriture et de communication), à Paris, puis j’ai obtenu le niveau “Orthographe expert” à l’examen du Certificat Voltaire qui a une validité de quatre ans. Parce que, l’orthographe, ça se travaille, ça s’entretient. » 

 

Si jadis la secrétaire rédigeait les courriers pour son patron ou faisait office de correctrice, les entreprises sont aujourd’hui confrontées à un problème de niveau d’orthographe, alors que leur communication prend de plus en plus d’importance et provient de diverses sources. D’où l’appel à des correcteurs. Le travail de Nadia provient essentiellement d’une agence de communication d’entreprise, avec qui elle est sous contrat, ainsi que d’un éditeur de magazines d’entreprises et institutionnels. Elle corrige des mémoires d’étudiants, notamment grâce à ses compétences dans le domaine juridique. À l’automne, elle commencera à travailler pour un éditeur breton qu’elle a convaincu. 
 

« À l’occasion de mes lectures personnelles et en fréquentant les salons du livre en Bretagne, je me suis aperçue que certains éditeurs faisaient parfois l’impasse sur l’étape de la correction alors que le surcoût occasionné par la relecture ne me semble pas prohibitif en regard de la qualité du produit fini. 
 

Les besoins liés à la vérification orthographique dans divers domaines d’activité sont réels, mais il n’y a pas toujours le budget, la volonté, et – en dehors des métiers de l’édition – cette profession reste méconnue. Quand on veut l’exercer, il faut beaucoup prospecter, expliquer la valeur ajoutée que l’on peut apporter, faire ses preuves. Il faut opter pour une approche humble et qualitative. »
 

Les lecteurs correcteurs manifestent leur colère à Livre Paris


Nadia Chardac a corrigé l’un des derniers guides publiés par Livre et lecture en Bretagne. « Il fallait par exemple faire très attention à la cohérence entre le texte et les divers tableaux récapitulatifs. La tâche du correcteur, ce n’est pas seulement de s’attacher à l’orthographe et à la grammaire, c’est aussi vérifier l’information, intervenir en cas d’incohérence dans un document, qu’il soit littéraire ou technique. » 

 

Le traducteur, cet autre auteur
 

Gagner sa vie en tant que traducteur n’est pas chose facile, encore moins si l’on traduit de la littérature, puisqu’il faudrait, pour s’en sortir, travailler sur au moins six ouvrages par an. 
 

En France, avec des droits qui plafonnent à 1 % en moyenne du prix de vente d’un livre, les traducteurs sont les travailleurs les plus mal payés de la filière du livre. Qu’ils soient payés au feuillet, au mot, au signe, au pourcentage ou au forfait. Et il paraît que c’est encore pire ailleurs ! En tout cas, qu’il travaille pour une agence ou en freelance, le traducteur a du mal à boucler ses fins de mois. 

Seules les aides du CNL à la traduction et les bourses lui permettent de s’en sortir, mais elles sont épisodiques et limitées en nombre. La qualité se dégrade. Les lecteurs remarquent des erreurs ou des fautes dans des traductions de best-sellers comme Millenium. Les traducteurs se plaignent de devoir travailler à toute vitesse, et les éditeurs les accusent parfois de bâcler leur travail, voire de le sous-traiter. En tout cas, on est loin de la reconnaissance du traducteur pour ce qu’il est : un auteur à part entière. 
 

La plupart des traducteurs travaillent donc pour les secteurs les mieux rémunérés, qui ne sont pas la littérature, mais les notices techniques, par exemple, pour lesquelles ils peuvent aller plus vite en s’aidant d’un logiciel spécialisé. 
 

Correcteurs de Bretagne, participe à la relecture du magazine Pages de Bretagne

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne