Corriger les portails de bibliothèques pour en améliorer l'accessibilité

Antoine Oury - 23.12.2014

Edition - Bibliothèques - portails bibliothèques - accessibilité handicaps - étude qualitative


Les bibliothèques et autres établissements d'accès à la culture et à l'information se montrent de plus en plus sensibles aux questions d'accessibilité. Ces dernières concernent l'offre documentaire, bien entendu, les infrastructures, mais aussi les ressources en ligne. Pour améliorer l'accès aux portails des bibliothèques, le ministère de la Culture dresse d'abord un état des lieux.

 

 

not really handicapped

(greg, CC BY-ND 2.0)

 

 

Une première partie de l'étude, qualifiée de « quantitative », rassemblait 133 portails d'établissements divers, des bibliothèques municipales à la BnF, qui avaient subi un examen d'accessibilité en règle. Pour ce faire, l'étude s'appuyait sur le Référentiel Général d'Accessibilité pour les Administrations, qui définit l'attestation de conformité à différentes exigences en la matière. Aucun site n'affichait ce référentiel.

 

Des résultats qui ne sont clairement « pas bons », indiquait l'étude, qui relevait toutefois la présence de quelques fonctionnalités, comme un éditeur de style ou un outil de vocalisation, qui permettent de renforcer l'accessibilité, sur certains sites.

 

La seconde partie de l'étude, « qualitative », a été publiée il y a quelques jours, et s'avère plus pratique, puisqu'elle fournit des exemples concrets de « bonnes » et de « mauvaises » configurations, en s'appuyant sur différents portails testés.

 

Avant le contrôle humain, une analyse mécanique a été effectuée sur 8 portails de bibliothèques, choisis par le ministère de la Culture et soumis à l'approbation du groupe de travail. Cette première analyse, menée par le logiciel Tanaguru, s'impose « comme dans le contrôle technique d'un véhicule », explique Franck Letourné, consultant indépendant, expert en accessibilité du Web, et à l'origine de l'étude avec Tosca Consultants.

 

« Cet examen est un indicateur mécanique et objectif, qui est utilisé comme base de référence et de connaissance. Toutefois, il n'est pas suffisant, car il ne prend en compte que 20 % des critères utilisés dans une analyse d'expert, qui sera, elle, semi-outillée. » En somme, ce logiciel passe en revue différents points des portails, d'après une liste de critères d'évaluation internationale en matière d'accessibilité.

 

« Ce qui est observé de manière automatique se confirme souvent par la suite », signale Franck Letrouvé. Après cette analyse complète, mais mécanique, un second examen, mené par l'expert, suit, afin d'évaluer les éléments dans un contexte. Ainsi, une situation fictive, et un utilisateur fictif, Paul, ont été créés : 

  • Paul n'a pas d'âge (il a 10 ans, 30 ans, 50 ans, 70 ans…)
  • Paul vit partout (à la ville, à la mer, à la campagne, à Paris, en province)
  • Paul est « polyvalent » (voyant, malvoyant, aveugle, sourd, mobilité réduite, daltonien…)
  • Paul est connecté (fixe, portable, tablette, smartphone, 3G, 4G…)

5 situations simples ont été simulées : Paul souhaite lire la page d'accueil du portail, effectuer une recherche dans le catalogue, accéder aux horaires de l'établissement... Autant de situations banales, mais qui permettent de détecter d'analyser les problèmes rencontrés par un internaute. Polices peu lisibles, impossibilité d'agrandir le texte, absence de description pour les résultats de recherche ou les horaires d'ouverture... Les problèmes sont simples, mais récurrents et très dommageables pour l'accessibilité.

 

« Ce sont des problèmes, en fait, qui peuvent souvent être corrigés, ou évités, au jour le jour », explique Franck Letrouvé. « Généralement, le prestataire à l'origine du portail a fourni un produit accessible, mais des utilisateurs non formés ont pu le rendre de moins en moins accessible, inconsciemment. »

 

Des portails à corriger

 

Dans les faits, le Référentiel Général d'Accessibilité pour les Administrations, déjà rencontré dans la première partie de l'étude, est obligatoire pour les collectivités et les prestataires au service des collectivités, « au moins depuis une charte officielle en 2004, équivalent du RGAA, et depuis une quinzaine d'années au niveau international ». Mais ces obligations en la matière sont peu connues, aussi bien des fonctionnaires que des prestataires privés. D'autres chartes, d'interopérabilité ou de sécurisation des données, sont tout aussi méconnues.

 

Une fois les portails mis en ligne, et modifiés à l'envi par les professionnels, difficile de rectifier le tir : « Les portails rassemblent parfois les technologies d'un prestataire pour l'OPAC [le catalogue informatisé, NdR], d'un autre pour le CMS [système de gestion de contenu, NdR], voire d'un garant pour la charte graphique en plus, et il faut synchroniser tous ces participants. »

 

L'idéal aurait été d'installer et de contrôler les normes d'accessibilité dès la réception du portail par les prestataires, mais, si les cahiers des charges des administrations comportent des références d'accessibilités, elles sont écrites de façon si normée qu'il est difficile, pour les fonctionnaires, de vérifier leur respect par les prestataires. Encore une fois, le manque de formation et d'information reste problématique.

 

Pour corriger le tir, « l'État doit prendre ses responsabilités », souligne Franck Letrouvé, ce qu'il a déjà commencé à faire en évaluant le niveau d'accessibilité, très mauvais, des portails de bibliothèques. « Des élus qui ne sont pas sensibilisés ne bougeront pas sur cette question, d'autant plus que le lobby des associations, qui œuvrent sur ces questions de manière désunie, n'est pas des plus puissants », explique-t-il. « Avec la promesse de subventions, ou, à l'inverse, des menaces de sanctions, les mentalités évolueraient plus rapidement... »

 

En attendant, les différents acteurs de l'étude, Braille-Net, Tosca Consultants et Franck Letrouvé, tiennent à en pérenniser la partie quantitative, au moins une fois par an, « afin d'observer la marge de progression au fil des années ». La partie qualitative, elle, est délicate, car plus coûteuse, et ces critères sont contestés par certaines associations. Par ailleurs, elle fait grincer des dents certains établissements choisis, et ainsi exposés pour leur manque d'accessibilité : difficile d'obtenir quelques commentaires sur le sujet, d'ailleurs.

 

À l'avenir, les évaluations pourront également se tourner vers des services plus particuliers, comme le prêt de livres numériques ou la VoD en bibliothèque, explique Franck Letrouvé, ou encore les éditeurs de logiciels à l'origine des catalogues informatisés des bibliothèques. 

 

  Analyse Qualitative : Accessibilité des portails de bibliothèques by ActuaLitté