Corriger Tolstoï pour offrir ses oeuvres numériques à la Russie

Cécile Mazin - 21.10.2013

Edition - International - Leon Tolstoi - crowdsourcing - numérisation


Il reste encore 46.800 pages écrites de la main de Léon Tolstoï à relire, et son arrière-arrière-petite-fille, la journaliste Fyokla Tolstaya en appelait au coeur des Russes. Le Musée d'Etat était en recherche de bénévoles, pour parvenir à corriger lesdites feuilles. Dans ses rêves, d'ici à six mois, son appel aurait suffisamment porté pour motiver les foules.

 

 

 

 

Mais en quelques jours, ce sont près de 3000 concitoyens, ingénieurs, informaticiens, travailleurs, enseignants ou retraités, ou encore une jeune serveuse de vingt ans, qui ont pris part au projet. « Nous étions heureux, et tellement étonnés. Ils ont achevé le travail en quatorze jours », explique-t-elle au New Yorker

 

Et grâce à ces bénévoles, la quasi-totalité des travaux du romancier - journaux intimes, romans, traités philosophiques ou religieux, récits de voyages, souvenirs d'enfance, etc. - seront disponibles en ligne. « Le musée se veut plus ouvert aux gens, notamment aux jeunes, afin d'aider la découverte de l'héritage de Tolstoï. Nous avons décidé de le rendre plus facile à utiliser - avec une compatibilité iPad, lecteurs ebook, Kindle. »

 

On peut ainsi retrouver sur le site du Musée, en russe, bien entendu, une édition de quatre-vingts volumes de Tolstoï, qui avaient déjà été numérisés par la Bibliothèque d'État de Russie. Mais la conversion des fichiers PDF en formats compatibles EPUB et KINDLE nécessitait un réel effort de numérisation nouvelle. « À la fin de sa vie, Tolstoï a dit : ‘Je n'ai pas besoin d'argent pour mon travail. Je veux offrir ce travail aux gens.'. Il était important pour nous de leur rendre gratuit pour tout le monde. C'est sa volonté », explique Tolstaya.

 

Ainsi, la société ABBYY, spécialisée dans la numérisation de documents a offert gratuitement se services, mais ne pouvait pas endurer les frais de relecture. C'est ainsi que l'idée du crowdsourcing est apparue. Faire appel au public pour relire les fichiers transformés depuis du PDF à des ebooks lisibles sur les différents appareils du moment, aux formats adaptés. Un nouvel exercice de numérisation, puis de reconnaissance de caractères, pour finalement aboutir à une lecture mutualisée et partagée entre les bénévoles. 

 

Comme un sens des responsabilités, devant des impératifs culturels. Et qui amène cette réflexion d'Alexander Averin, citoyen ukrainien et marin, qui a pris part à cette relecture : « Franchement, je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant d'admirateurs des oeuvres classiques de Tolstoï dans ce monde de fous. »